‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 30 sur 186 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

ami a été cacher un sénateur et un consul, sa trabée et sa chaise curule, dans les âpres rochers de Bilbilis et de Galagurris :

« Ainsi donc, celui qui fait ma gloire et celle de la patrie, la colonne du sénat, c'est Bilbilis qui le possède, ou Galagurris pendue à ses rochers. C'est là, Paulin , que tu es venu enfouir ta trabée et ta chaise curule ^ . »

Toutefois, on chercherait en vain son nom dans les listes de consuls que nous avons : ce qui a fait conclure justement qu'il a été non pas un des consuls ordinaires, qui donnaient leurs noms à l'année, mais de ces consuls qu'on appelait suffecti-. Qu'était-ce

1 Ergo meum patriœque decus, columenque senalùs, Bilbilis, aut scopulis hœrens Galagurris habebil ! Hic trabeam, Pauline, tuam, Laliamque curulem Constitues.

Epist. xxv, ad Paulinum.

Chifflet insiste avec raison dans son argumentation sur la comparaison faite par Ausone entre la dignité de Paulin et la sienne : Quamvis enim hsec tria apud Romanos (trabea, sella curulis, fasli), Ausonii potissimum fevo, aliis etiam, seu nobilibus seu magistratibus , concessa sint, potiora tamen consulibus fuerunt , atque ornatiora. Est autem Ausonii comparatio inler seqiialia. [Paulinus illv stratus , pars II, c. ii.)

2 II est curieux de remarquer ici par quelles phases a successivement passé la critique relativement à cette question du consulat de Paulin. Forcé donc, par les textes d'Ausone, d'admettre que Paulin avait été consul, et consul avant Ausone, on crut d'abord qu'il avait été consul ordinaire ; et on partit de là pour déterminer l'année de ce consulat. Mais on se trouvait alors en face d'une grave difficulté : c'est que le nom de Paulin ne se lit pas sur les listes des consuls. Pour résoudre cette difficulté, Baronius, suivi en cela par le P. Sacchini, proposa le premier une

que ces consuls? On a cru longtemps que ce n'était autre chose que des consuls nommés pour remplacer

conjecture l'oit ingénieuse, quoique inadmissible aujourd'hui. Ayant remarqué que les fastes de l'an 375 conservent les noms des consuls de l'année précédente, il avait cru trouver là l'explication de l'omission du nom de Paulin dans les fastes, et il avait conjecturé que son consulat pouvait être placé cette année- là même. Mais Baronius, ainsi que l'a fait observer l'auteur du Paulinus illuslratus, le P. Chifflet, n'avait pas pris garde que saint Jérôme, et Prosper dans ses chroniques, expliquent autrement cette lacune; ils disent expressément que de grands ravages ayant été faits à la fin de Tannée 37'i, dans la Pannonie, par les Sarmates, pour ne pas insulter en quelque sorte à la douleur publique par les fêtes solennelles de l'inauguration des consuls, on s'abstint, l'année suivante, d'en nommer*.

C'est pourquoi le P. Chifflet rejeta la conjecture de Baronius et en présenta lui-même une autre encore plus ingénieuse, et vraie en partie : de ce qu'on ne trouve plus le nom de Paulin dans les fastes, il conclut non pas qu'il n'avait pas été consul, mais qu'il n'avait pas été consul ordinaire. Puis, croyant, comme tout le monde à son époque, que les consuls suffecli n'étaient nommés que pour remplacer les consuls ordinaires, le savant critique se mit en recherche pour savoir en quelle année Paulin avait pu être subrogé à un consul ordinaire, et il trouva précisément que Tannée qui précéda le consulat d'Ausone, Tannée 378, au cours de laquelle mourut V^alens, un des deux consuls de cette annéelà, il fut nécessaire de lui en subroger un autre; alors Ausone aurait fait nommer Paulin. Tous les historiens qui ont écrit après le savant jésuite , Lebrun, Tillemont, Muratori, Remondini, le docteur Busé, ont embrassé cette opinion. Elle est juste en ce sens que Paulin a été en effet consul, non ordinaire, mais su/Jerlus : elle n'est pas exacte quant à Tinduction que Thabile criliqué a tirée relativement à Tannée de ce consulat; car cette induction repose sur une notion inexacte de ce qu'étaient les consuls suffecli. En résumé, nous savons que Paulin a été consul, consul avant Ausone, consul suffectus; mais Tannée de ce

' Quia superiore anno Sarmatae Pannonias vastaverunt, iidem mansere consules. (Prosper, in Chronicis.)

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