CHAPITRE DEUXIÈME
les consuls ordinaires quand ceux-ci venaient à manquer. Mais grâce aux progrès de l'épigraphie, grâce surtout aux travaux de l'iliuslre M. de Rossi , C'U sait aujourd'hui que, sous l'empire, outre les consuls ordinaires qui, désignés dès le dernier trimestre de l'année précédente, entraient en charge le l'^'" janvier, le sénat, le 9 du même mois, en désignait d'autres, le nombre en a varié, qu'on appelait suffecti , et qui entraient en charge quand les consuls ordinaires en sortaient. L'amoindri>sement du consulat, qui n'avait plus rien de politique, sans cesser d'être une dignité fort enviée, et aussi le besoin de répartir sur plusieurs les charges nombreuses qui incombaient à cette fonction , expliquent ce partage. Au iv^ siècle, les consuls ordinaires déposaient les faisceaux le 21 avril; à ce moment-là les consuls suffecti entraient en charge. On est dès lors dispensé d'assigner au consulat de Paulin une date précise, qu'aucun texte ne permet de déterminer. Les consuls suffecti étant une institution régulière et étant nommés chaque année, son mérite et la faveur d'Ausone
consulat est restée incertaine; et rien, jusqu'à présent, ne permet do la fixer avec certitude. — Borghesi, qui a consacré, comme on sait, sa vie tout entière et son immense érudition à retrouver les noms des consuls romains, avait dans ses notes manusrriles, et dont nous avons dû la communication à l'obligeance de M. Léon Renier, son éditeur, consigné l'opinion du P. Chifflel sur le consulat de Paulin l'an 378, après la mort de Valens. Celte opinion lui paraissait donc alors de quelque valeur. Mais dans ses Fasli consulares , édités par M. Renier, il ne l'a pas cru assez établie pour mentionner le nom de Paulin après celui de Valens.
34 niSTOlUE DE SAINT PAULIN DE NOLE
ont pu y faire, môme de très bonae heure, arriver notre saint '.
Il est établi de même pour nous que Paulin , avant ou après son consulat, administra en qualité de consulaire la Campanie, où il avait, comme nous l'avons dit, de grands biens. On appelait consulaires, au iv" siècle, non pas seulement ceux qui avaient été honorés du consulat, mais encore ceux qui, même sans avoir été consuls, étaient préposés à une des provinces dites consulaires; la Campanie était du nombre. Muratori le premier, après la découverte du xiii"^ Natale, a proposé cette conjecture, se fondant principalement sur la nature des travaux exécutés à Noie par Paulin au tombeau de saint Félix. Ce tombeau n'était pas à Noie même, mais à un demi- mille de celle ville; la roule qui y conduisait était détériorée; Paulin la fit réparer. Déplus, il fît élever, à côté de la basilique, une longue file de bâtiments, une sorte d'hospice, pour y recueillir les
' Pour éviter la confusion qu'auraient fait naître tant de consuls chaque année, on ne datait que rarement, et au iv<: siècle jamais, par les consuls suffedi, mais par les consuls ordinaires. Ce qui fait que leurs noms n'étaient inscrits que dans les fastes officiels, conservés au Capitole, lesquels ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Nous ne pouvons connaître les suffedi du iv« siècle que par quelque allusion biographique des écrivains, comme il est arrivé pour saint Paulin , ou par les inscriptions honoraires dédiées aux personnages qui avaient obtenu cette dignité. Dans ces inscriptions, ils sont appelés simplement consuls; les autres portent toujours la qualification d'ordinaires. — Voyez M. de Rossi, Inscripl. Christ. Prolegomena. L'opinion de M. de Rossi se trouve résumée dans le Corpus Inscriplionnm lafinnrum de Berlin, t. 1, p. 383 et seq.
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indigents : « C'est vous, disait- il plus tard à Félix, qui m'inspiriez ces pensées : déjà vous faisiez jeter à votre serviteur les fondements de sa future demeure ^ »
Ces travaux, en effet, surtout la réparation de la route, ne semblent pas le fait d'un particulier. Mais le xiii'' Natale nous fournit une preuve plus positive encore de l'administration de la Gampanie par Paulin en qualité de consulaire. Sous les auspices de son saint protecteur, dit-il, jeune encore il a eu l'honneur de voir porter devant lui les faisceaux ; et il le remercie de ce que, grâce à lui, pas une goutte de sang n'a souillé ses haches ^
Il ne s'agit pas ici du consulat, comme l'a cru à tort Muratori*; car les consuls n'ayant pas alors le pouvoir déverser le sang, ce n'est que comme consulaire de la Campanie que Paulin a pu avoir ce droit redoutable, et remercier saint Félix de n'en
1 Te l'undante tui ventura cubilia servi , Cum tacita inspirans curam mihi mente juberes Muniri sternique viam ad tua tecla ferentem, Altiguumque tuis longo assurgere tractu Culniinibus tegimen, sub quo prius usus egentum Incoluit.
2 Te duce, fassigerum gessi primeevus honorem, Teque meam modérante manum, servante salutem, Parus ab humanœ cœdis discrimine mansi '.
Et ailleurs :
Deposui nullà maculatam cœde securim,
3 Uic Ilonor fasciger consulatus est, cujus insigne proprium fuit fascium gestalio. (Diss. ix.)
* Nous adoptons pour ce vers la correction de Muratori.
36 HISTOIRE DE SAINT l'AULIN DE ISOLE
avoir jamais usé. De plus, il est maintenant prouve dans i'Épigrapliie latine que les gouverneurs de certaines provinces avaient le titre de sexfascales, à cause des six faisceaux qui leur étaient altribués, à la différence des consuls, qui en avaient douze. Or, Paulin précisément parle des six faisceaux insigne de sa juridiction :
Ergo iibi bis lerno ditionis fasce levatus '.
1 Natale xiii. — Combien donc se trompe le docteur Busé eu voyant dans les six faisceaux les six mois de son consulat! (Appendice I, p. 629.)
Une inscription dont nous n'avons pas la date précise, mois qui est certainement du iv siècle, mentionne comme consulaire de la Campanie un Pontius Proserius Paulinus, qu'elle appelle Junior. Serait-ce le frère de saint Paulin? En outre, l'inscription le nomme patron d'une ville campanienne, Pouzzoles, ab origine. Cela indiquerait-il une sorte de patronage héréditaire dans cette famille? Il semble résulter de celte inscription une preuve indirecte de l'adminislralion de Paulin de Noie en Campanie ; la voici :
PONTIO PROSERIO
PAVr-lNO IVNIORI. V. C.