CHAPITRE TROISIÈME
plus que la nature, la grâce n'aime à agir brusquement; elle ménage les transitions, elle prépare les voies; ces longues luttes, ce drame intime qui s'appelle une conversion, c'est d'ordinaire la vérité de l'histoire des saints : c'en est aussi l'édification. Par là, nous apprenons que les saints sont des hommes comme nous, et que nous, faibles hommes, nous pouvons devenir des saints comme eux , si nous voulons passer par les mêmes voies généreuses. Mais avant de nous engager dans ce récit, il est nécessaire d'exposer comment Paulin se trouva subitement rendu à la vie privée, et quelle fut sa nouvelle existence en Aquitaine une fois qu'il eut été de retour d'Italie.
L'honneur de Gratien est d'avoir appelé à l'empire d'Orient Théodose , et d'avoir lui - même compris le génie de saint Ambroise, de s'être inspiré de ses conseils dans sa politique. Mais cette politique franchement chrétienne, que le jeune prince accusa dès le début de son règne par le noble refus qu'il fit des ^ insignes du souverain pontificat', agréait peu à la
1 <i L'empereur, dans la pensée d'Auguste, avait dû être le chef du culte, comme de l'armée, de l'administration, de la justice et des finances, pour ne rien laisser en dehors de lui... Assurément le jour où l'empereur eût déserté la vieille religion de Rome, c'en était fait de la réunion des deux autorités divine et humaine sur une seule tète... Mais abdiquer le pontificat suprême, c'était pour un empereur, quelque pieux qu'il fût, une résolution de la plus haute gravité...; c'était mutiler Vimperium, tel que le décernait l'armée et que le révérait le peuple. Les prétextes ne durent pas manquer pour éluder longtemps un tel sacrifice...; mais les situations indécises n'ont qu'un temps,..,
partie païenne, imcore influente, du patricial. Une suite de lois favorables au christianisme, édictées coup sur coup, avait vivement chagriné les partisans du vieux culte'. L'enlèvement nocturne de la statue de la Victoire au sénat, ce vieux symbole de l'idolâtrie romaine et de la fortune de Rome, les irrita encore plus. Malgré les sourds mécontentements suscités par cette conduite, rien cependant ne semblait menacer le jeune empereur, quand tout à coup, au printemps de l'an 383, au moment où Gratien avait quitté Milan pour retourner, selon son habitude, au milieu des légions des Gaules, afin de tenir en respect les barbares qui menaçaient toujours les bords du Rhin , une révolte éclata parmi les légions de la Grande-Bretagne, et Maxime, proclamé par elles empereur, débarqua subitement dans les Gaules. Gratien se hâta de marcher contre lui; mais, trahi par ses généraux, abandonné par son armée, il vint périr tristement à Lyon, le nom de saint Ambroise sur les lèvres; il n'avait que vingt-trois ans.
Ambroise le pleura; Théodose ne le vengea pas; des raisons d'État s'opposèrent alors à ce que ce prince portât la guerre en Occident. Maxime, pendant cinq ans, jouit impunément du fruit de son crime. Il demeura maître de la Bretagne, de l'Es-
la vérité, à un moment donné, se fait jour. Ce moment élail venu quand Gratien monta sur le trône... » (M. Albert de Bruglie, l'Église et l'Empire romain au iv" siècle, t. V, p. 295.)
1 Voir la suite de ces lois dans l'ouvrage de M. Albert de Broglie, ibid.