‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 73 sur 186 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

PAULIN SE DKCIDE A RENONCER AU MONDE ET A VENDRE SES BIENS IL EST ORDONNÉ TRÊTRE

D'ordinaire, le malheur éclaire ceux qu'il n'aveugle pas : le suprême péril auquel la protection divine et l'assistance de Félix venaient de le soustraire avait été, Paulin le reconnut plus tard aux suites merveilleuses de cet événement, un avertissement de la Providence dont il eut le bonheur de profiter. Cette nouvelle expérience des coups de la fortune et des orages du siècle fut décisive ; en lui ouvrant définitivement les yeux sur la fragilité et l'incertitude de ces biens dont les hommes ont tant de peine à se déprendre, elle changea le cours de sa vie \ A ces nouvelles et vives lumières Dieu ajouta, vers le même temps, une grâce plus efficace cn-

1 Nam quo consilio rébus capiliquo nieo lune Christus opem tulerit, Felicis cura potentcr Adfuerit, docuit rerum post exilus ingens, Quo mutata mea est sors, et sentenlia vilœ.

{Natale xiii.)

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core , en frappant un autre coup au point le plus sensible de son àme. Nous* avons vu quel désir il avait d'être père; ce bonheur, si longtemps attendu % lui fut enfin accordé : comme pour mettre le comble à la félicité que Therasia et lui goûtaient dans leur retraite avec une douceur qu'ils n'avaient pas connue dans leur grande vie mondaine , Dieu leur envoya un fils, auquel ils donnèrent le nom de Gelsus-.

Le plus cher de leurs vœux était donc rempli ! Il resterait un héritier de leur grand nom, et un lien de plus les unissait: avec quel soin ils formeraient cette jeune âme! Ils se reprenaient, dans les meilleures joies de cette vie, à des espérances de félicité terrestre. Mais Dieu avait ses vues, et Paulin ne jouit pas longtemps de ce bonheur, d'autant plus vivement goûté qu'il avait cessé d'être espéré; l'enfant mourait huit jours après sa naissance K

Le coup porta profondément. 11 faut avoir vu pleurer des pères et des mères pour comprendre quel déchirement laissent après eux ces chers petits êtres en s'en allant. Paulin et Therasia eurent l'âme

' Exoptala diu soboles.

{De Obitu Celsi ptteri, Poema xxxii.) - Qualis et illc fuit noster, tuus ille beati

Nominis. {Ihid.)

" Quot libi, Ccise, annis, (olidcm illi vila diebus

Hausla. [Ihid.)

L'enfant dont Paulin dit cela avait vécu huit an?; donc le sien huit jours.

brisée; mais ils étaient trop chrétiens pour ne pas courber la tête avec une résignation pleine d'espérance : aux vives clartés de sa foi , Paulin voyait son fils, « cette petite goutte de son sang» », reçu dans le sein de Dieu, grâce à son innocence; et, songeant que lui-même était pécheur, il se disait que ce fils intercéderait là -haut pour son père-. Dans une touchante pensée de foi , ordinaire aux chrétiens des premiers siècles , Therasia et lui voulurent placer la sépulture de ce fils auprès du tombeau de deux martyrs, Justus et Pastor, dont les reliques étaient vénérées à Complutum,' aujourd'hui Alcala, comme pour confier à la protection des deux saints ces dépouilles si chères, et associer les prières du petit innocent à leur puissante intercession 3.

De bien douces espérances, un moment retrouvées, s'évanouissaient donc tout à coup, laissant après leur lueur rapide une nuit plus sombre et un vide plus grand à ce foyer. « Je n'étais pas digne d'être père ', « disait plus tard avec humilité Paulin.

Un plus grand désenchantement suivit ce deuil ;

* Sanguinis hœc nostri guttula.

{De Ohitu Cclsi pueri, Poema xxxii.)

2 Peccata parentum, Infantes, castis vincite suflragiis.

[Ibid.)

3 Quem Complutensi manda vimus uibe, propinquis

Conjunctum tumuli fœdere Martyribus.

(Md.) < Indignis posteritate pia. [Ibid.)

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