LIVRE II. — CHAPITRE IV
et immédiatement après il lui parut un petit globe comme de feu, qui s'élevait de terre et s'alla joindre, en la supérieure région de l'air, à un autre globe plus grand et plus lumineux que les autres ; et lui fut dit intérieurement que ce globe était l'âme de notre digne Mère, le deuxième de notre bienheureux Père, et l'autre de l'Essence divine; que l'âme de notre digne Mère s'était réunie à celle de notre bienheureux Père et les deux à Dieu, leur souverain principe.
« De plus , la même personne , qui est un prêtre , célébrant la sainte messe pour notre digne Mère , incontinent après qu'il eut appris la nouvelle de son heureux trépas , et étant au second Mémento, où l'on prie pour les morts , il pensa qu'il ferait bien de prier pour elle ; que peut-être elle était dans le purgatoire à cause de certaines paroles qu'elle avait dites , il y avait quelque temps , et qui semblaient tenir du péché véniel ; et eu même temps il vit derechef la même vision, les mêmes globes et leur union ; et il lui resta un sentiment intér rieur que cette âme était bienheureuse , qu'elle n'avait pas besoin de prières ; ce qui est demeuré si bien imprimé dans l'esprit de ce prêtre, qu'il lui semble lavoir en cet état toutes les fois qu'il pense à elle.
« Ce qui pourrait faire douter de cette vision, ajoutait saint Vincent de Paul, est que cette personne a une si grande estime de la sainteté de la vénérable Mère de Chantai, qu'il ne lit jamais ses réponses sans pleurer, dans l'opinion qu'il a que c'est Dieu qui lui a inspiré ce qu'elles contiennent, et que cette vision, par conséquent , est un effet de son imagination ; mais ce qui lui faisait penser que c'est une vraie vision est qu'il n'est point sujet à en avoir et n'a jamais eu que celleci. En foi de quoi, j'ai signé la présente de ma main et scellé de notre sceau ^. »
1 Lettres, t. I, p. 384, n» 341.