LIVRE II. — CHAPITRE V
C'est par cette vigueur de pensées, cette vivacité d'expressions, cette ardeur et cette fermeté de doctrine, que saint Vincent de Paul préserva sa congrégation de tout contact avec le jansénisme. Chose admirable ! des trois congrégations qui paraissent suscitées de Dieu pour former l'éducation du clergé de France : l'une , la première, fut malgré elle et d'une manière mystérieuse éloignée de ce ministère et est la seule qui devait être touchée par le jansénisme; les deux autres, celle de saint Vincent de Paul et celle de M. Olier, en furent absolument exemptes. Vierges de toute erreur, aussi pénétrées que pouvait l'être l'abbé de Saint- Cyran de la divinité de Notre-Seigneur, de la grâce de son sacerdoce, de la sainteté nécessaire aux prêtres, mais sans en connaître les exagérations et les excès , elles commencèrent à former le grand clergé français qui fît l'étonnement de la seconde moitié du xvn^ siècle ; qui traversa, sans trop s'affaiblir, l'ignoble et impur xvm® siècle ; qui était encore assez vivant et puissant pour donner, en 1793, des confesseurs et des martyrs ; et qui, revenu de l'exil et des pontons, s'est acquis la réputation du premier, du plus pieux, du plus pur, du plus vénérable de tous les clergés.
Mais ce n'est pas encore là toute la part que prit saint Vincent de Paul à la régénération du sacerdoce. Attendons quelques années, et après l'avoir vu établir les exercices des ordinands, les conférences du mardi, et s'appliquer si heureusement à la fondation des séminaires ; après avoir suivi ces efforts si intelligents pour éloigner du clergé les sèches doctrines qui auraient refroidi son zèle, nous allons voir cet humble prêtre entrer au Louvre dans le palais des rois , s'asseoir au conseil de conscience, en devenir le président, et employer toute son influence à donner à l'Eglise de saints évêques, sans lesquels le renouvellement du clergé eût été éphémère, et la régénération de la France impossible.