‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 127 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

doctrine, est dans cette disposition, et s'est offert de publier lui-même la bulle en son église. Plusieurs des principaux d'entre eux, comme M. et M^^ de Liancourt, disent qu'ils ne sont plus ce qu'ils étaient. Bref, on espère que tous acquiesceront. Ce n'est pas que quelques-uns n'aient peine d'avaler la pilule, et disent même que, quoique les sentiments de Jansénius soient condamnés, les leurs ne le sont pas ; mais ceci, je ne l'ai ouï dire qu'à une personne. Tant il y a. Monseigneur, que cette décision est une grâce de Dieu si grande, que tout le monde en fait fête ici, et ceux qui savent le mal que ces agitations passées ont fait ne peuvent assez reconnaître un tel bien^. »

En même temps il se rendit à Port-Royal, dont on lui avait dit que les solitaires, disciples de Saint-Cyran, étaient décidés à se soumettre entièrement à la bulle. Il passa plusieurs heures avec eux, les félicita tendrement de leur obéissance au Saint-Siège, et leur prodigua tous les témoignages d'estime , d'affection et de confiance. Hélas ! cette soumission absolue au Pape ne devait durer qu'un jour.

On pense bien qu'un homme si zélé pour garantir de l'erreur les chrétiens et les prêtres devait avoir les yeux ouverts sur sa compagnie et sur chacun des membres de la Mission , pour les tenir purs de toute erreur. « Jésus, disait-il, il n'est pas expédient qu'on soutienne diverses opinions dans la compagnie ; il faut que nous soyons toujours unius labii ' autrement nous nous déchirerions tous les uns les autres dans la même compagnie. — Et le moyen de s'assujettir à l'opinion d'un supérieur ! — Je réponds que ce n'est pas au supérieur qu'il se soumet, ains à Dieu et au sentiment des papes, des conciles, des saints; et si quelqu'un ne voulait pas déférer, il ferait bien de se retirer, et la

' Lettres, t. T, p. 554, n" 966.

compagnie de Fen prier. Beaucoup de compagnies de rÉglise de Dieu nous donnent l'exemple de cela. Les carmes déchaussés, dans leur chapitre qu'ils tinrent l'année passée , ordonnèrent que leurs professeurs en théologie enseigneraient les opinions anciennes de l'Eglise, et agiraient contre les nouvelles. Chacun sait que les Révérends Pères jésuites en usent de la sorte ; comme, au contraire, la congrégation de Sainte- Geneviève ordonne à leurs directeurs de soutenir les opinions de saint Augustin , ce que nous prétendons faire aussi, en expliquant saint Augustin par le concile de Trente, et non le concile de Trente par saint Augustin, pour ce que le premier est infaillible et le second ne l'est pas. » Et un jour quelqu'un lui demandant s'il n'y aurait pas moyen de modérer la chaleur avec laquelle on pressait les gens de Port-Royal : « Quoi ! lui disait-on, veut-on les pousser à bout? Ne vaudrait-il pas mieux faire un accommodement de gré à gré ? Ils y sont disposés , si on les traite avec plus de modération ; et il n'y a personne plus propre que vous pour adoucir l'aigreur qui est de part et d'autre, et pour faire une bonne réunion. — Monsieur, se contenta de répondre Vincent, lorsqu'un différend est jugé, il n'y a point d'autre accord à faire que de suivre le jugement qui en a été rendu. » Et encore : « Quelle union pouvons-nous faire avec eux , s'ils n'ont une véritable et sincère intention de se soumettre? Quelle modération peut-on apporter à ce que l'Eglise a décidé ? Ce sont des matières de foi qui ne peuvent souffrir d'altération ni recevoir de composition, et par conséquent nous ne pouvons pas les ajuster aux sentiments de ces messieurs -là ; mais c'est à eux à soumettre les lumières de leur esprit, et à se réunir à nous par une même créance et par une vraie et sincère soumission au chef de l'Eglise. Sans cela, Monsieur, il n'y a rien à faire qu'à prier Dieu pour leur conversion. »

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