‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 209 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE IV

l'église de Saint-Lazare. Là , tourné vers le grand autel et prosterné devant le saint Sacrement , il prenait part à l'élection qu'il croyait se faire en ce moment même , en priant Dieu d'inspirer à sa compagnie un choix qui fût selon son cœur. Les députés lui annoncèrent la décision de l'assemblée; mais, quelque instance qu'on lui fît, il resta prosterné et immobile dans sa résolution. « Je ne suis plus supérieur, répétait-il ; qu'on en nomme « un autre. »

« Ce rapport fait à l'assemblée, tous ses membres en corps se rendirent à la chapelle. A cette distance même, on entend ce débat entre l'humilité du père et le respect, la tendresse des enfants. Gomme des deux parts il était obstiné et interminable, les missionnaires s'écrièrent enfin : « Vous voulez donc absolument que nous procédions à l'élection d'un supérieur? — C'est votre devoir, et je vous en conjure. — Eh bien ! nous allons y procéder. » Et ils revinrent peu après et lui dirent : « C'est vous que nous avons réélu et que nous rééhrons toujours, tant que Dieu vous conservera à nous sur la terre. » Vincent était pris en quelque sorte à son propre piège. Il essaya bien encore de se dégager; mais, voyant tous ses efforts inutiles, il baissa la tête et reprit le fardeau.

« Au moins , Messieurs et mes frères , dit-il en pleurant, priez pour ce misérable ! C'est le plus grand acte d'obéissance que je puisse faire à la compagnie. — Et nous, reprirent unanimement les missionnaires, nous vous renouvelons le serment de vous obéir toujours, et nous jurons devant Dieu de n'oublier jamais le sacrifice auquel vient de vous porter votre amour pour nous^ »

A peine élu , saint Vincent de Paul profita de la présence des supérieurs de maison et des anciens pour

1 Maynard, t. I, p. 387-388.

rég'ler, de concert avec eux, certaines mesures qui avaient été jusque-là un peu flottantes et qui importaient à la bonne tenue de la congrégation. « Nous venons, dit-i], de tenir une assemblée qui a duré dix jours où nous avons revu les règles que nous avons dressées ; avons arrêté les principales , et député MM. Portail, Ducoudray, d'Horgny et Lambert pour examiner et arrêter le reste; avons donné la forme qu'il faut tenir aux assemblées générales et mis en pratique ce qui restait à faire dans la compagnie. Je vous enverrai tout cela, afin que vous nous en donniez votre avis ; nous n'avons rien introduit de nouveau ou fort peu de chose, que de donner des assistants au général , de sorte que me voilà en état de mourir quand il plaira à Dieu*. »

Heureusement l'heure nen était pas venue. Bieii qu'il fût dans sa soixante -sixième année, il lui restait encore dix-huit ans à vivre; et ces dix-huit dernières années allaient être les plus actives et les plus fécondes de cette vie extraordinaire. Libre du côté de sa congrégation, entouré de ses quatre armées de la Charité qu'il avait si habilement créées et groupées autour de lui , ayant au front cette auréole de sainteté qui ne devait plus cesser de grandir, nous allons voir saint Vincent de Paul entreprendre une lutte hardie contre la misère qui prenait chaque jour des proportions effroyables, lui tenir tête sur toute la surface de la France et presque en triompher partout, autant du moins qu'on peut triompher ici-bas de la misère, surtout dans ces tristes temps où elle a pour auxiliaires la guerre, la peste et la famine. \

1 Lettres, t. I, p. 425, n» 368.

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