‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 208 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE IV

tenons humblement dans l'attente et dans la dépendance des ordres de la Providence. Croyez -moi, si la compagnie en use de la sorte, Dieu la bénira. >>

2° A plus forte raison , ne pas retenir ceux qui veulent aller ailleurs. « Que si nous voyons , disait-il, qu'ils aient la pensée de se retirer ailleurs , d'aller servir Dieu dans quelque sainte religion ou communauté, ô Dieu ! ne les en empêchons pas ; autrement il faudrait craindre que l'indignation de Dieu ne tombât sur la compagnie, pour avoir voulu avoir ce que Dieu ne veut pas qu'elle ait. Et dites-moi, je vous prie, si la compagnie n'avait été jusqu'à présent dans cet esprit, les Pères chartreux et autres communautés religieuses nous enverraient-ils, comme ils font, pour faire retraite céans, quantité de jeunes hommes qui demandent d'entrer chez eux 1 Vraiment ils s'en donneraient bien de garde. Quoi donc ! voilà un bon sujet qui a la pensée de se faire chartreux ; on l'envoie ici pour conférer avec Notre -Seigneur par le moyen d'une retraite, et vous tâcheriez de lui persuader qu'il demeurât céans ! Et que serait-ce que cela. Messieurs, sinon vouloir retenir ce qui ne nous appartient pas , et vouloir faire qu'un homme entre dans une congrégation où Dieu ne l'appelle pas, et à quoi même il n'a pas pensé ? Et que pourrait faire ou produire une telle entreprise, sinon attirer la disgrâce de Dieu sur toute cette compagnie ? pauvre compagnie de missionnaires , que tu tomberais en un pitoyable état , si tu en venais là ! Mais , par la grâce de Dieu, tu en as toujours été et tu en es encore bien éloignée î »

3° Ce n'était pas assez : si on était décidé à sortir du monde et hésitant sur le choix d'une communauté , il voulait qu'on indiquât la plus fervente. Et si on venait à désigner la sienne : « Oh ! Monsieur, s'écriait -il en s'humiliant, nous sommes de pauvres gens indignes d'entrer en comparaison avec cette autre sainte com-

pagnie; allez -y, au nom de Notre -Seigneur, vous y serez incomparablement mieux qu'avec nous. » Tout cela est divin. Et qu'on sent bien ici l'esprit de Dieu 1 De tels sentiments si élevés, au lieu de les repousser, attirent les nobles âmes. Les jeunes gens affluèrent, et le Séminaire interne ne put plus les contenir. Ces choses terminées, la congrégation approuvée par toutes les puissances et pourvue d'un moyen de recrutement, saint Vincent de Paul crut qu'elle pourrait se passer de lui. A quoi lui servait -il ? Il lui faisait obstacle en tout par la multitude de ses péchés. Il résolut donc de donner sa démission. Dans ce but, qu'il tint profondément caché, il convoqua une assemblée générale de tous les membres de la congrégation; l'ouverture s'en fit le 13 octobre 1642. Presque tous les supérieurs de la congrégation y assistaient. Saint Vincent les avait pressés de s'y rendre , afin de donner plus d'autorité à l'acte qu'il avait résolu de leur demander. Tous réunis, il se prosterna à genoux devant eux, et, après leur avoir demandé humblement pardon de ses fautes et des scandales qu'il leur avait donnés, il se démit de ses pouvoirs de supérieur, et les pria de procéder à une nouvelle élection. « Là-dessus, et sans attendre de réponse, il sortit pour leur laisser la liberté du choix, leur déclarant seulement qu'il ratifiait par avance celui qu'ils allaient faire, et qu'avec la grâce de Dieu il obéirait comme le moindre d'entre eux au nouveau général.

« La première impression fut d'admiration et de stupeur. A peine revenus à eux-mêmes, les missionnaires, sans même se consulter, s'écrièrent tout d'une voix qu'ils n'acceptaient pas une telle démission, et chargèrent quelques députés de se rendre auprès de Vincent pour le prier de revenir prendre sa place à leur tête. Les députés le cherchèrent longtemps; ils le trouvèrent enfin dans une petite chapelle qui s'ouvrait sur

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