‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 347 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE IV

tombe de notre saint. On en fit d'abord une liste de soixante -quatre des plus frappants. Mais la crainte d'être entraîné dans des discussions interminables décida la congrégation à s'en tenir à huit, qui parurent supérieurs à tous les autres. Leur examen dura deux années. Là on entendit de nouveau l'ardent, opiniâtre et subtil Prosper Lambertini. Là vinrent déposer les médecins les plus célèbres de l'Université romaine. Des huit miracles proposés on en écarta deux, non pas que ce ne fussent des actes certainement au-dessus des forces de la nature, mais parce qu'ils le cédaient en éclat aux six autres et qu'on ne voulait invoquer que des faits absolument exceptionnels. Le Pape en réduisit encore le nombre. Il n'en retint que quatre, sur lesquels aucune objection d'aucune espèce n'était possible ; et après avoir pris quelques jours pour prier et consulter le ciel, le 14 juillet 1729, après avoir dit la sainte messe dans la chapelle de saint Pie V, le jour de la fête de saint Bonaventure , il inscrivit solennellement le nom de Vincent de Paul au catalogue des bienheureux.

Cinq semaines après, le 21 août, Rome s'ébranlait; et les flots d'un peuple immense inondaient la basilique de Saint-Pierre, pour y acclamer le nouveau saint. L'église resplendissait. De riches tentures en couvraient les murailles; des milliers de bannières enveloppaient les autels et faisaient de l'immense basilique comme une chapelle ardente. Un tableau gigantesque du saint, placé à la chaire de saint Pierre et comme porté sur les mains des quatre grands docteurs de l'Eglise , faisait le plus grand effet. Un nombre considérable de cardinaux, d'évêques, de prélats, de princes, assista à la messe solennelle , après laquelle on donna lecture du bref de béatification ; après quoi l'archevêque entonna le Te Deum. Aussitôt les images du bienheureux se découvrirent, les canons du château Saint- Ange tonnèrent;

et au bruit des tambours et des trompettes retentit une immense invocation : Béate Vincenti, ora pro nobis.

Le soir, escorté du sacré collège et d'une cour brillante, à travers les flots d'un peuple encore plus pressé que le matin, le Pape se rendit à la basilique. Après avoir été reçu à la porte par les prêtres de la Mission rayonnants de joie, et s'être agenouillé dans la chapelle du Saint-Sacrement, le Pape vint se prosterner devant l'image du bienheureux et y récita son oraison.

L'année suivante, une solennité semblable eut lieu à Paris en l'église Saint-Lazare. Elle dura trois jours. L'archevêque de Paris, Mg'^ de Vintimille, la présida. Les prêtres de la Mission , les Filles de la Charité , les dames de l'assemblée , les pauvres de l'hôpital , les enfants trouvés se pressaient autour de l'autel du saint, et lui faisaient un triomphe d'un caractère encore plus touchant que celui qu'il avait recueilli à Rome. La même fête se renouvela et, pour ainsi dire, se répercuta pendant toute l'année dans tous les lieux où il avait vécu, dans toutes les maisons de prêtres de la Mission et de Filles de la Charité qu'il avait fondées. Pendant un an, la France entière retentit de sa gloire.

Saint Vincent de Paul se montrait reconnaissant de ces témoignages de vénération et d'amour. Il y répondait par des grâces insignes, des faveurs extraordinaires en si grand nombre et dans un tel éclat, que l'archevêque de Paris s'en émut. Avec l'autorisation du Pape, il réunit une commission, composée de plusieurs évêques, qui entendirent, dans l'espace d'environ deux ans, cent trente -cinq témoins, qui tous déposaient des faits évidemment supérieurs aux forces de la nature. Ces choses, mûrement examinées, déterminèrent Clément XII à ne pas retarder davantage la canonisation de saint Vincent de Paul. La bulle en fut publiée le 16 juin 1737. Nous la donnons tout entière, parce qu'elle est le plus beau panégyrique qui ait été pro-

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