‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 346 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE IV

on retrouver le vénérable serviteur de Dieu? On ouvre le cercueil , et bien que cinquante et un ans se soient écoulés depuis sa mort, le voilà tel qu'il y était aux jours de sa vie mortelle. Tout le monde le reconnaît et pousse des cris de joie. « Quand on ouvrit le cercueil de M. Vincent, dit un des témoins, on le trouva tout entier avec sa soutane et ses bas. Il n'y avait que les yeux et le nez de consumés. Je lui comptai dix -huit dents : neuf en haut, et autant en bas. Comme on ne voulut pas le mettre hors de la bière , crainte que les os ne se disloquassent , et qu'on ne toucha point à la soutane , on ne put pas bien voir toutes les parties du corps, qui semblaient être encore en chair et en os. On leva seulement une palette de l'estomac, qu'on avait ouvert quand on tira le cœur et les entrailles. Ceux qui s'approchèrent de près et y voient mieux que moi, assurent qu'ils ont vu le foie encore tout vermeil. Pour moi, je maniai son bras et sa main droite, qui est en os et en chair, mais desséchée avec les ongles. Ce qui est bien certain, c'est que les vers n'ont jamais été dans son cercueil, puisque la soutane paraissait humide et onctueuse , sans avoir aucune odeur, et était aussi forte que quand on le mit dans le cercueil de plomb. Le médecin et le chirurgien, qui firent leur procèsverbal de l'état du corps et examinèrent soigneusement le tout, dirent qu'il ne pouvait pas s'être conservé en cet état naturellement depuis plus de cinquante ans*.» Les habits qui enveloppaient le corps du serviteur de Dieu n'avaient pas subi l'action du temps. Le cardinal de Noailles froissa dans ses mains sa soutane et dit en souriant qu'elle était de bonne étoffe. Mais le plus ému de tous les assistants était M. Jean Bonnet, supérieur général de la Mission , précédemment guéri miraculeu-

^ Hist. générale mns. de la Congrégation de la Mission, p. 644.

sèment par saint Vincent de Paul. Il était si interdit de tout ce qu'il voyait, qu'il se retira tout effrayé, et ne revint que sur Tordre du cardinal -archevêque contempler d'un œil fixe le corps de son bon père. Ce fut le terme du cardinal ^ .

Restait l'examen des écrits de saint Vincent de Paul, des règles qu'il avait données aux prêtres de la Mission, aux Filles de la Charité, des mémoires qu'il avait rédigés pour différentes oeuvres, etc., examen qui demanda encore plusieurs années, qui subit les assauts plus vifs que jamais de Prosper Lambertini, qui triompha enfin, et après lequel on vota définitivement, et pour la dernière fois, la question solennelle : « Constet-il que le serviteur de Dieu , Vincent de Paul , a pratiqué toutes les vertus, tant théologales que cardinales, dans un degré héroïque?» La Congrégation, après une délibération de cinq heures, répondit oui avec une unanimité sans exemple.

Six jours après, le 22 septembre 1727, le Pape ordonnait d'en publier le décret : Vincent de Paul était déclaré vénérable, après un procès qui avait duré vingtdeux ans.

Mais ce n'était là que le commencement du grand procès de la canonisation. Avoir constaté l'héro'ïcité des vertus, c'est beaucoup pour l'Eglise, et on peut en conclure avec certitude que le serviteur de Dieu est dans la gloire. Mais pour lui décerner un culte, pour placer ses restes sur les autels, ce n'est pas encore assez. Il faut des miracles , et des miracles accomplis depuis la mort, c'est-à-dire des signes éclatants que le serviteur de Dieu n'est pas seulement entré dans la gloire, mais qu'il y fait partie de cette armée d'élite dont, pour le bien des âmes. Dieu veut la glorification sur la terre. Les miracles ne manquaient pas sur la

1 Abelly, nouvelle édition, p. 664.

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