LIVRE VI. — CHAPITRE IV 2ol
paix de l'Eglise catholique, et de séparer les simples de l'unité du Siège romain.
« Pour obéir donc à la volonté divine , pour exciter les fidèles à courir dans la voie du salut, pour réprimer la méchanceté des pervers et pour confondre la malice des hérétiques, nous avons décrété aujourd'hui, par l'autorité apostolique, que tout le peuple fidèle, dont Dieu a daigné, sans que nous le méritassions, nous donner la conduite, rendît au serviteur de Dieu Vincent le culte, la vénération et les honneurs des saints. Que l'Église exulte donc et se réjouisse de ce que Dieu lui a donné ce nouveau patron qui offrira ses prières au Seigneur pour les péchés du peuple. Que tous les fidèles le louent, et lui accordent le culte et les honneurs par lesquels Dieu est honoré dans ses saints. Célébrons dans des psaumes , des hymnes et des cantiques spirituels, dans la componction du cœur et la miséricorde envers les pauvres, la belle victoire remportée sur le monde et le diable, et le triomphe spirituel du serviteur de Dieu. Que des temples soient bâtis en son honneur • au Dieu immortel ; mais nous , qui sommes le temple de Dieu , craignons de le violer et de le souiller par la tache de la perversité humaine, et faisons en sorte que rien d'impur et de profane n'entre dans ce temple de Dieu, c'est-à-dire dans notre âme, de peur que, irrité, il n'abandonne la demeure qu'il habite. Qu'à la mémoire de Vincent et sur ses autels soient offerts des dons et des présents; mais offrons aussi nos corps comme une hostie vivante , sainte , agréable à Dieu , témoignage de notre obéissance raisonnable. Enfin, que ses statues et ses images sacrées soient l'objet d'un honneur et d'un culte religieux; mais appliquons -nous soigneusement, avec le secours de la grâce divine , à exprimer et à représenter en nous , autant que le permettra la faiblesse de chacun , la forme éminente de ses vertus et l'image de sa sainte vie.
« Né dans un humble hameau du diocèse d'Acqs, qu'on appelle Ranquines, de parents très pauvres, mais pieux, Vincent de Paul, dans son enfance, comme l'innocent Abel , fut pasteur de brebis , et attira sur lui et sur ses présents les regards du Seigneur. Car, vivant dans l'innocence , il offrait à Dieu , sur ses épargnes et ses privations, un agréable sacrifice de piété. En effet, il distribuait aux pauvres de la farine lorsqu'il revenait du moulin, et le pain même que ses parents lui avaient donné pour sa modique nourriture , consacrant ainsi à la vertu ce qu'il retranchait de sa subsistance , et nourrissant les pauvres de son abstinence et de son jeûne. Car l'ardente charité du pieux enfant ne trouvait pas d'obstacle dans sa pauvreté ; et si peu considérable était ce qu'il pouvait dérober à ses ressources , sa grandeur d'âme surpassait les bornes étroites de ses facultés. Ainsi un demi-écu qu'il avait amassé peu à peu par une économie de tous les jours , par son travail et sa frugalité, il le donna tout entier à un pauvre qu'il rencontra, à l'exemple de cette pauvre veuve qui a mérité d'être louée du Seigneur pour avoir donné, non de son abondance, mais de sa pénurie, tout ce qu'elle avait, toute sa nourriture.
« Arraché par son père à la vie champêtre et pastorale , il fut envoyé à Acqs , dans le couvent des frères de l'ordre de Saint-François, pour s'y appliquer aux lettres ; ce qu'il fit avec tant de soin et de diligence , avec une telle intégrité de mœurs et une telle piété envers Dieu, qu'il fut l'exemple de ses égaux et l'admiration de ses maîtres. De là, à Toulouse, puis à Saragosse, il s'appliqua avec assiduité aux études de théologie; et chaste, humble, modeste, tels que doivent être ceux qui sont appelés à l'héritage du Seigneur, il monta par tous les ordres ecclésiastiques à la sublime dignité du sacerdoce.
« A peine était-il revêtu de l'honneur sacerdotal, que