LIVRE VI. — CHAPITRE IV
sa réputation déjà répandue de vertu et de doctrine le fit nommer, à son insu et en son absence , à un riche bénéfice; mais, dès qu'il apprit qu'il n'en pouvait prendre possession sans plaider, il y renonça de luimême et de bon cœur ; car, aimant mieux souffrir l'injustice et la fraude que de disputer en jugement avec son frère, il voulut se priver d'un abondant revenu, qu'il ne pouvait obtenir sans un de ces procès qu'un ecclésiastique , comme il le disait lui-même , doit absolument fuir.
« Cependant, pour n'être pas à charge aux autres, mais pour fournir par un honnête travail et une louable industrie à son entretien et à celui de sa pauvre mère , il enseigna les humanités dans un bourg nommé Buzet , lieu assez considérable du diocèse de Toulouse , ensuite dans cette ville même. Et comme son principal soin et sa vigilante sollicitude étaient moins de remplir l'esprit de ses jeunes disciples d'une science seulement stérile des choses de Dieu , que de porter leurs âmes à embrasser la céleste sagesse et de former leurs mœurs à la vertu et à la sainteté sublime de la profession chrétienne , des gentilshommes confiaient à l'envi leurs fils à ses soins , afin que , sous la conduite évangélique d'un si grand homme et à l'école de sa piété, ils s'avançassent dans la voie du Seigneur , et dans la science des saints.
« Etant allé à Marseille pour y recueillir une somme d'argent qui lui était due sur un legs d'héritage, comme il voyageait par mer et par un vent favorable de Marseille à Narbonne pour retourner à Toulouse , il tomba au milieu des Turcs , qui tuèi-ent le patron de la barque et d'autres passagers, le blessèrent lui-même d'une flèche, le dépouillèrent de ses habits , le chargèrent de chaînes et l'emmenèrent captif en Afrique. Il eut à souffrir de la cruauté des Turcs de nombreuses et graves peines pour ne pas abandonner la loi de son Seigneur; mais il