‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 35 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE IV

teindre à son apogée sous les règnes d'Henri III etd'Henri IV dans la personne d'Albert de Gondi et de son frère Pierre de Gondi , l'un qui était arrivé à toutes les charges de l'Etat, l'autre à toutes les dignités de l'Eglise. Le premier, Albert de Gondi, marquis de Belle-Isle, pair et maréchal de France, joignait à la finesse italienne , au goût des affaires et aux mille ressources d'un esprit délié, qui lui faisaient une place à part dans les conseils j^ une valeur toute française qui éclate dans toutes les batailles de ce temps. Politique à la manière de Machiavel , il conseilla , plus par raison d'Etat que par motif de religion, la Saint- Barthélémy, et la conseilla absolue , sans réserve , enveloppant même les princes du sang, Henri de Navarre et Condé. N'ayant pu obtenir ce dernier point, à cause de l'opposition de l'illustre garde des sceaux de Tavannes, et voyant bientôt que la fortune d'Henri de Navarre commençait à grandir , il se retourna de ce côté avec une prestesse tout italienne, conseilla à Henri III de se réconcilier avec Henri de Navarre, s'attacha à celui-ci, et arriva à encore plus d'honneurs et de charges sous Henri IV que sous Henri III. Il était mort depuis quelques années (21 avril 1602) lorsque Vincent de Paul entra, chez un de ses fils, Philippe -Emmanuel de Gondi, dont nous parlerons tout à l'heure.

Pendant qu'Albert de Gondi faisait une telle fortune dans l'Etat, son frère Pierre de Gondi, né à Lyon en 1533, n'en faisait pas une moins brillante dans l'Eglise. Il devenait rapidement évêque de Langres en 1565, avec le titre de duc et pair; évêque de Paris en 1570, confesseur de Charles IX, aumônier de la reine Elisabeth d'Autriche, chef du conseil, commandeur de l'ordre du Saint-Esprit en 1578, et enfin cardinal en 1587. Toutes les affaires de l'Eglise lui passèrent par les mains, et il les négocia avec infiniment de finesse, trop peut-être, auprès des papes Grégoire XIII, Sixte-

Quint et Clément VIII. Il vivait encore quand Vincent de Paul entra dans la famille de son neveu Philippe- Emmanuel. Mais déjà vieux, accablé d'infirmités, il avait eu l'habileté de se faire donner, en 1598, pour coadjuteur le frère même de Philippe-Emmanuel , Henri de Gondi, à peine âgé de vingt- six ans, lequel devint, comme son oncle, évoqué et cardinal. Il est difficile de ne pas sentir Tinfluence de saint Vincent de Paul , en voyant ce si jeune évoque se retirer peu à peu des affaires politiques et se consacrer tout entier, lui et les immenses ressources de sa fortune princière , à soutenir toutes les fondations pieuses du xvn^ siècle. Gomme son oncle l'avait choisi pour être son coadjuteur, il eut soin à son tour de faire donner ce même titre de coadjuteur à son propre frère Jean-François de Gondi, d'abord capucin, puis doyen de Notre-Dame de Paris, lequel fut comme lui évêque, et même, le siège ayant été érigé en archevêché en 1622, archevêque de Paris. En attendant que celui-ci choisît, lui aussi, pour coadjuteur , en 1642, son neveu , le fils de Philippe-Emmanuel , l'élève de saint Vincent de Paul, ce terrible Jean-François-Paul de Gondi, si connu sous le nom de cardinal de Retz. Et ainsi quand on étudie la vie de Philippe- Emmanuel, chez lequel entra saint Vincent de Paul, on voit successivement autour de lui trois cardinaux : son oncle, son frère et son fils. Et les Gondi occupent le siège de Paris, avec des fortunes et des positions princières, pendant cent neuf ans, de 1570 ^ 1679, c'est-à-dire pendant le xvn^ siècle tout entier. On conçoit maintenant pourquoi Dieu tirait du petit village de Clichy, où il se serait étouffé, et amenait sur un théâtre pareil le futur fondateur de toutes les œuvres chrétiennes.

De ces cardinaux , évêques ou archevêques , tous , si on en excepte Pierre de Gondi, qui était trop vieux et que notre saint connut à peine , subirent son influence ,

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