LIVRE I. — CHAPITRE IV
et dans la diversité de leur physionomie ils portent un trait commun qu'ils lui doivent certainement : l'amour des œuvres de charité , le zèle pour le développement de tous les grands établissements religieux du xvn^ siècle. Le premier de ces deux cardinaux, Henri de Gondi, frère de Philippe -Emmanuel, employa ses immenses revenus à soutenir les Carmélites et les Ursulines du faubourg Saint-Jacques , les Dominicains et les Augustins réformés du faubourg Saint- Germain, l'hôpital de la Charité de la rue des Saints -Pères, les Capucins près de la porte Saint- Honoré, l'hôpital Saint- Louis^ la Visitation de la rue Saint -Antoine, les Minimes de la place Royale , les religieux de Notre-Dame de la Merci , les religieuses de l'Annonciation , le collège des Hibernois et surtout l'Oratoire, dont il fut avec sa tante , la marquise de Meignelais , le principal soutien*. Le second, François de Gondi, également frère de Philippe- Emmanuel, venu un peu plus tard, quand saint Vincent de Paul commença ses grandes œuvres, favorisa par tous les moyens la fondation de la congrégation de la Mission , et contribua de son autorité et de sa bourse à l'établissement des séminaires de Saint-Nicolas du Chardonnet et de Saint - Lazare ^. Le troisième enfin , l'élève de saint Vincent de Paul , le cardinal de Retz, eut à cœur, parmi les dissipations et les intrigues de sa vie politique , l'éducation et l'instruction du clergé. « J'entrepris, écrit-il dans ses Mémoires^ d'examiner la capacité de tous les prêtres du diocèse de Paris , ce qui était dans la vérité d'une utilité inconcevable. Je fis pour cet effet des tribunaux composés de chanoines , de curés et de religieux. » Les prêtres qui étaient trouvés capables étaient laissés dans l'exercice de leurs fonctions; les autres étaient mis dans des
1 Chantelauze, p. 55.
2 Id., p. 67.
maisons spéciales où on les instruisait suffisamment. « Vous jugez bien, ajoute-t-il en terminant, que ces établissements devaient être d'une dépense immense ; niais Ton m'apportait des sommes considérables de tous côtés. Toutes les bourses des gens de bien s'ouvrirent avec profusion * . »
Faisons maintenant connaissance avec Philippe -Emmanuel de Gondi et sa sainte épouse, Marguerite de Silly, chez lesquels saint Vincent de Paul va arriver et demeurer douze ans. Philippe-Emmanuel, second fils d'Albert de Gondi, lui avait succédé dès l'âge de dixsept ans dans sa charge de général des galères et de lieutenant général du roi es mers du Levant. « C'était, ^u dire des historiens du temps, l'homme le mieux fait, le plus adroit et l'un des plus vaillants du royaume ^. » Lié intimement avec les ducs de Guise et de Chevreuse, avec MM. de Créqui et de Bassompierre , il passait sa vie dans les plaisirs et les divertissements de la cour , sans que son honnêteté et la pureté de sa vie en eussent reçu aucune ombre ; sa piété seule en avait souffert, mais pour un temps seulement, car nous la verrons se réveiller plus tard, l'arracher à tous les honneurs et à tous les plaisirs du monde et l'ensevelir tout jeune, à la mort de sa femme, dans une humble cellule de l'Oratoire, sous la direction de M. de Bérulle; mais alors le monde l'entraînait. Comme sa mère, qui était une Clermont, femme du plus haut mérite, était si passionnée pour les lettres, qu'elle pouvait entretenir en latin les ambassadeurs polonais qui apportaient la couronne au duc d'Anjou, qu'elle savait le grec et composait indifféremment en vers et en prose, il avait hérité quelque chose de son goût littéraire; et les historiens disent « qu'il brilla sur la
1 Ghantelauze, p. 69.
* Gorbinelli, t. II, p. 49.