LIVRE VI. — CHAPITRE IV
prédécesseur, les évêques de France lui demandèrent avec de très humbles prières de condamner de sa bouche apostolique les erreurs qui pullulaient , afin que l'Eglise, rétablie dans ses règles et raffermie par un décret dont les méchants redoutaient la juste proclamation, fermât tout accès à ces hommes qui, armés d'ambiguïtés perverses et de sophismes artificieux, sous prétexte de défendre la foi catholique et exhalant un poison mortel, cherchaient à corrompre et à entraîner au mal les coeurs des hommes bien pensants, et à renverser toute la vraie doctrine touchant le libre arbitre, la grâce de Dieu et la rédemption des hommes par la passion et la mort du Seigneur Christ.
« Dès que la réponse fut venue de Rome, Vincent reçut le décret du successeur de Pierre avec soumission et respect de cœur, et, triomphant dans le Seigneur de voir la cause finie par la sentence du Siège apostolique , il travailla avec grand zèle à mettre aussi fin à l'erreur. Son premier soin et sa première sollicitude fut d'écarter, de toutes les communautés religieuses qu'il avait lui-même fondées ou qu'il dirigeait, la peste cachée ennemie de la foi catholique , de peur que la contagion de quelque membre infecté ne corrompît même les plus sains. Ensuite , sachant que c'est un grand devoir de piété de découvrir les retraites des impies et de combattre en eux le diable même qu'ils servent, avec la liberté apostolique qui , en matière de foi , convient à un serviteur de Dieu , il ne cessa d'engager le roi , la reine et leurs ministres à ramener par de justes châtiments les réfractaires à l'obéissance, à chasser du royaume de France , comme une peste publique , les opiniâtres dans l'erreur, à mettre ainsi la rigueur du pouvoir séculier
au service de la douceur de l'Eglise , qui , contente du jugement sacerdotal et bien éloignée des vengeances sanglantes, est néanmoins aidée par les constitutions sévères des princes chrétiens, parce que les rebelles
recourent quelquefois au remède spirituel par la crainte du supplice corporel.
« Enfin, plein de jours et de mérites; parvenu déjà à la quatre-vingt-cinquième année de son âge; brisé non moins par la vieillesse que par les travaux corporels, embrassés avec joie pour les œuvres de piété et le salut des âmes qui l'occupaient sans cesse, et supportés avec courag-e jusqu'au dernier soupir; muni des sacrements de l'Eglise ; aspirant au ciel et méprisant la terre ; environné de ses prêtres , qui lui rendirent les derniers devoirs de la religion ; à ces paroles , à lui familières, qu'ils lui sug^géraient : « Dieu! venez à mon aide, » leur répondant : « Seigneur, hâtez-vous de me secourir; » plein de confiance, non dans sa vertu, mais dans le secours divin, il consomma heureusement sa course à Paris , dans la maison de Saint- Lazare , maison des prêtres séculiers de la congrégation de la Mission, le 5 des calendes d'octobre de l'an 1660.
« Après sa mort, la renommée de sa sainteté se répandit partout ; Dieu lui-même l'attesta par beaucoup de signes et de miracles , par lesquels son admirable Providence attira une plus grande vénération aux restes inanimés de son serviteur, faisant connaître ainsi en quel honneur était auprès de Dieu l'âme de celui dont le corps , resté comme informe au départ du principal vital, révélait si évidemment la présence de l'auteur de la vie.
<c C'est pourquoi l'on instruisit à Paris , suivant l'usage et par l'autorité de l'ordinaire , deux procès , l'un sur sa renommée de sainteté , ses vertus et ses miracles, Tautre pour prouver qu'aucun culte ne lui avait été rendu. Ces procès, ouverts par la permission de Clément XI , d'heureuse mémoire , notre prédécesseur , et leur validité reconnue dans la Congrégation des sacrés rites, le quatrième jour du mois d'octobre de l'an du Seigneur 1709, la commission d'introduction de la