LIVRE VI. — CHAPITRE IV
venir de sa grâce divine pour suivre ce qu'il aurait une fois découvert et reconnu , de le fortifier de cette grâce pour l'exécuter. Toutes les fois qu'il sortait de sa chambre et de sa maison pour paraître en public, il se prosternait à terre devant Dieu, et, par des prières courtes, mais ferventes, il implorait son divin secours, pour qu'en passant, quoique malgré lui, à travers les sentiers du siècle, et qu'en traitant des choses terrestres et mondaines, il ne fût pas souillé de la boue des enfants des hommes. A peine de retour à la maison, il entrait dans les secrets de son cœur, soumettait à l'examen les replis de sa conscience , et au milieu du débat de ses pensées, dont les unes accusaient, les autres justifiaient sa conduite, il examinait avec soin, corrigeait avec zèle , punissait avec sévérité la parole imprudente échappée de sa bouche ou l'acte inconsidéré qu'il avait pu commettre. Tant il était soigneux de garder les voies du Seigneur, qui a ordonné qu'on observât ses commandements avec une extrême fidélité.
« Livré à une prière assidue, ni la foule, ni les affaires, ni les événements heureux ou tristes, ne le détournaient de la contemplation des choses divines. Car il avait toujours Dieu présent à l'esprit ; il se tenait en sa présence, et, par un soin diligent et une sainte industrie, il avait fait que toutes les créatures qui passaient sous ses yeux rappelaient à son esprit le Créateur de toutes choses , et que , chantant à leur manière la gloire et les louanges de Dieu , elles l'excitaient à contempler la beauté céleste. C'est pourquoi, toujours modeste et doux, affable et bénin, en toutes choses d'une admirable égalité d'âme, il n'était ni emporté par les événements heureux, ni troublé par les contraires, pouvant dire avec le prophète : « Je voyais le Seigneur « devant moi et l'avais toujours en ma présence, car il « est à ma droite pour que je ne sois pas ébranlé. »
« Jamais il ne s'abstint du sacrifice non sanglant de
Fautel, vivant de manière à le pouvoir offrir tous les jours. Et ne pouvant, quelques mois avant sa mort, se tenir sur les pieds à cause de Finfirmité considérablement accrue de ses jambes, il assistait tous les jours au sacrifice de la messe ; et , réconforté par le pain des anges, après une humble action de grâces, il récitait avec un vif sentiment les prières accoutumées prescrites par l'Eglise pour les agonisants , comme devant luimême bientôt s'envoler de la prison du corps à la céleste patrie.
« Car il était animé envers Dieu d'une foi vive , dont toute sa vie il a été le soutien et le défenseur intrépide. En France s'était élevée la tempête de l'hérésie qui emportait tout dans son tourbillon ; le serviteur de Dieu gémit en voyant la foi catholique altérée chez plusieurs par le poison janséniste, la simplicité de beaucoup devenue le jouet de l'astuce des hérétiques, et un grand nombre de personnes de tout rang entraînées dans de pernicieuses opinions. Embrasé donc du saint zèle de Dieu , il crut devoir saisir les armes de la foi contre des ennemis communs, et, cherchant à plaire à Dieu plutôt qu'aux hommes , il excita les sacrés pasteurs de l'Eglise à veiller sur le troupeau du Seigneur Jésus- Christ, et à ne pas permettre aux loups ravissants de tuer en cachette les brebis du Seigneur. Aussi, par toutes les instances et les exhortations qui étaient en son pouvoir, il détermina quatre-vingt-cinq évêques de France, auxquels d'autres se joignirent dans la suite, à déférer la maladie qui s'insinuait en secret et la contagion cachée à la chaire de Pierre , faîte de l'apostolat , à qui l'on doit rapporter tous les périls et les scandales qui s'élèvent dans le royaume de Dieu, notamment ceux qui blessent la foi , pour que les pertes de la foi soient au plus tôt réparées là où la foi ne saurait sentir de défaillance. C'est pourquoi, dans leurs lettres adressées à Innocent X, d'heureuse mémoire, notre