‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 392 sur 394 · FIN DU TOME SECOND · texte numérisé non relu

FIN DU TOME SECOND

REGLEMENTS DE LA CONFRERIE DE LA CHARITE ÉRIGÉE A CHATILLON - LES - DOMBES , DIOCESE DE LYON *

Comme ainsi soit que la charité envers le prochain soit une marque infaillible des vrais enfants de Dieu , et qu'un des principaux actes d'icelle soit de visiter et nourrir les pauvres malades, cela fait que quelques demoiselles et quelques vertueuses bourgeoises de la ville de Châtillon-les-Dombes, diocèse de Lyon, désireuses d'obtenir cette miséricorde de Dieu d'être de ses vraies filles, ont convenu par ensemble d'assister spirituellement et corporellement ceux de leur ville, lesquels ont parfois plutôt par faute d'ordre à les soulager que de personnes charitables. Mais parce qu'il est à craindre qu'ayant commencé cette bonne œuvre, elle ne dépérisse en peu de temps , si pour la maintenir elles n'ont quelque union et liaison spirituelles ensemble, elles se sont disposées à se joindre en un corps qui puisse être érigé en une confrérie avec les règlements suivants , le tout néanmoins sous le bon plaisir de Monseigneur l'archevêque, leur très honoré prélat, auquel cette œuvre est entièrement soumise.

Ladite confrérie s'appellera la. Confrérie de la Charité j à l'imitation de l'hôpital de la Charité de Rome, et les personnes dont elle sera principalement composée servantes des pauvres ou de la Charité.

1 Le texte de ces l'èglements est emprunté à M. Maynard.

Du patron et de la fin de l'œuvre.

Et d'autant qu'en toute confrérie la sainte coutume de rÉglise est de se proposer un patron, et que les œuvres prennent leur valeur et leur dignité de la fin pour laquelle elles se font : lesdites servantes des pauvres prennent pour patron Notre -Seigneur Jésus, et pour fin Taccomplissement du très ardent désir qu'il a que les chrétiens pratiquent entre eux les œuvres de charité et de miséricorde , désir qu'il nous fait paraître en ces siennes paroles : « Soyez miséricordieux comme mon Père est miséricordieux ; » et ces autres : « Venez, les bien-aimés de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde, pour ce que j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai été malade, et vous m'avez visité; car ce que vous avez fait aux moindres de ceux-ci, vous me l'avez fait à moi-même. »

Des personnes de la Confrérie.

La confrérie sera composée de femmes tant veuves que mariées , que filles , desquelles la piété et la vertu soient connues, et de la persévérance desquelles l'on se puisse assurer, pourvu néanmoins que les mariées et les filles aient permission de leurs maris, pères et mères, et non autrement; et afin que la confusion ne s'y glisse par la multitude , le nombre pourra être de vingt seulement, jusques à ce que autrement en soit ordonné.

Et pour ce qu'il y a sujet d'espérer qu'il se fera des fondations en faveur de ladite confrérie, et que ce n'est pas le propre des femmes d'avoir seules le maniement d'icelles, les dites servantes des pauvres éliront pour leur Procureur quelque pieux et dévot ecclésiastique , ou un bourgeois de la ville vertueux, affectionné au bien des pauvres , et non guère embarrassé aux affaires temporelles, lequel sera tenu pour membre de ladite

confrérie , participera aux indulgences qui seront concédées en faveur d'icelle , assistera aux assemblées , et aura voix à la décision des choses qui se proposeront comme l'une desdites servantes pendant qu'il exercera la charge de Procureur, et non plus.

Outre ce, la confrérie fera choix de deux pauvres femmes d'honnête vie et de dévotion, qui s'appelleront gardes des pauvres malades, pour ce que leur devoir sera de garder ceux qui seront seuls et ne se pourront remuer, et de les servir, selon l'ordre que leur en donnera la Prieure, en les payant honnêtement selon leur labeur, et par ainsi seront aussi tenues pour membres de ladite confrérie, participeront aux indulgences d'icelle et assisteront aux assemblées, sans néanmoins y avoir voix délibérative.

Des offices.

L'une desdites servantes des pauvres sera élue Prieure de la confrérie , laquelle , afin que toutes choses aillent avec ordre, les autres aimeront, respecteront comme leur mère , et lui obéiront en tout ce qui regardera les biens et service des pauvres , le tout pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus, qui s'est rendu obéissant jusques à la mort, et à la mort de la croix. Son devoir sera de s'employer de tout son possible à faire que les pauvres soient nourris et soulagés selon cet institut, d'admettre au soin de la confrérie , pendant l'intervalle des assemblées , les malades qui seront vraiment pauvres , et de congédier les guéris, et ce toutefois par l'avis de ses deux assistantes ou de l'une d'icelles, pouvant néanmoins sous leur conseil ordonner à la trésorière de bailler tout ce qu'elle jugera nécessaire pour les choses qui ne se pourront remettre à la prochaine assemblée, et quand elle aura reçu quelque malade , elle en donnera soudain avis à celle de ses servantes qui sera en jour de service.

Pour le conseil et assistance ordinaire de ladite Prieure, deux des plus humbles et discrètes de la com-

pagnie lui seront données pour veiller avec elle au bien public des pauvres et au maintien de la confrérie.

L'une de ses assistantes sera élue sous -prieure et trésorière de la confrérie. Son devoir sera de faire les fonctions de la Prieure en son absence, de recevoir l'argent et en bailler acquit, garder le linge et autres meubles, acheter et garder les provisions nécessaires à l'assistance des pauvres , bailler chaque jour auxdites servantes ce qu'il faudra pour la nourriture d'iceux, faire blanchir leur linge, exécuter les ordonnances de la Prieure , et avoir un livre dans lequel elle écrira ce qu'elle recevra et emploiera.

Le devoir du Procureur sera de gérer et négocier les affaires concernant le fonds du temporel de la confrérie, par l'avis et la direction du sieur curé , de la prieure , de la trésorière et de l'autre assistante ; de proposer à chaque assemblée qui se tiendra à cet effet l'état des affaires qu'il maniera , d'avoir un livre où il écrira les résolutions qui s'y feront, de prier de la part de la confrérie monsieur le châtelain de ladite ville de Ghâtillon , l'un de messieurs les syndics et le sieur recteur de l'hôpital d'assister à la reddition des comptes de la confrérie ; son devoir sera encore de parer la chapelle d'icelle , faire dire les messes , garder les ornements et en acheter par l'avis que dessus, quand il sera nécessaire.

De la réception des malades et de la manière de les assister et nourrir.

La Prieure recevra au soin de la confrérie les malades vraiment pauvres , et non ceux qui ont moyen de se soulager, par l'avis toutefois de la trésorière et de l'assistante ou de l'une d'icelles, et quand elle en aura reçu quelqu'un , elle en avertira celle qui sera en jour de service, laquelle l'ira voir incontinent, et la première chose qu'elle fera sera de voir s'il a besoin d'une chemise blanche, afin que, si ainsi est, elle lui en porte une de celles de la confrérie, ensemble des linceuls

blancs, s'il en a nécessité, et qu'il ne soit en l'hôpital où il y en a, le tout au cas qu'il soit sans moyen de se reblanchir en cette sorte. Gela fait, elle le fera confesser pour se communier le lendemain , à cause que c'est l'intention de ladite confrérie que ceux qui veulent être assistés d'elle se confessent et communient avant toutes choses; lui portera une image d'un crucifix, qu'elle attachera en lieu qu'il la puisse voir, afin que , jetant parfois les yeux dessus, il considère ce que le Fils de Dieu a souffert pour lui ; elle lui portera encore les meubles qui lui seront nécessaires, comme une tablette, une serviette, une gondole, une écuelle, un petit plat, une cuiller; et après elle avertira celle qui sera en jour le lendemain d'avoir soin de faire nettoyer et parer la maison du malade pour le faire communier, et de lui porter son ordinaire.

Chacune desdites servantes des pauvres apprêtera leur manger et les servira un jour entier; la Prieure commencera, la trésorière la suivra, et puis l'assistante, et ainsi l'une après l'autre selon l'ordre de leur réception jusques à la dernière venue; et après ladite prieure recommencera, et les autres la suivront, observant l'ordre commencé , afin que par cette continuelle révolution les malades soient toujours assistés selon cet institut, le tout néanmoins en façon que si quelqu'une tombe malade, elle sera dispensée de son service, en avertissant la prieure, afin qu'elle fasse continuer l'ordre par les autres. Mais si quelqu'une est empêchée pour quelque autre cause, elle fera en sorte qu'une autre servira pour elle, en s'en revanchant en cas pareil.

Celle qui sera en jour, ayant pris ce qu'il faudra de la trésorière pour la nourriture des pauvres en son jour, apprêtera le dîner, le portera aux malades et, les abordant, les saluera gaiement et charitablement, accommodera la tablette sur le lit, mettra une serviette dessus, une gondole et une cuiller et du pain, fera laver les mains aux malades, dira le Benedicite , trempera le potage dans une écuelle et mettra la viande

dans un plat, accommodant le tout sur ladite tablette, puis conviera le malade charitablement à manger pour l'amour de Jésus et de sa sainte Mère, le tout avec amour comme si elle avait affaire à son fils , ou plutôt à Dieu, qui impute fait à lui-même le bien qu'elle fait à ce pauvre , et lui dira quelque petit mot de Notre- Seigneur en ce sentiment, tâchera de le réjouir s'il est fort désolé , lui coupera parfois sa viande , lui versera à boire, et, l'ayant ainsi mis entrain de manger, s'il a quelqu'un auprès de lui, elle le laissera et en ira trouver un autre pour le traiter en la même sorte , se ressouvenant de commencer toujours par celui qui avait quelqu'un avec lui , et de finir par ceux qui sont seuls, afin de pouvoir être auprès d'eux plus longtemps ; puis reviendra le soir leur porter à souper avec même appareil et ordre que dessus.

Chaque malade aura autant de pain qu'il lui en faudra avec un carteron de mouton ou de veau bouilli pour le dîner, et autant de rôti pour le souper, excepté les dimanches et les fêtes qu'on leur pourra donner quelque poule bouillie pour le dîner, et leur mettre leur viande en hachis au souper deux ou trois fois la semaine; ceux qui seront sans fièvre auront une chopine de vin par jour, moitié au matin et moitié au soir.

Ils auront le vendredi, samedi et autres jours d'abstinence, deux œufs avec un potage et une petite tranche de beurre pour leur dîner, et autant pour leur souper, accommodant les œufs selon leur appétit. Que s'il se trouve du poisson à quelque honnête prix, l'on leur en donnera seulement au dîner.

L'on obtiendra permission de faire manger de la chair en carême et autres jours défendus à ceux qui seront fort malades , et pour ceux qui le seront tellement, qu'ils ne peuvent manger de la viande solide, leur sera donné des bouillons, panades au pain cuit, orges mondés et œufs frais trois ou quatre fois par jour.

De l'assistance spirituelle et de F enterrement.

Et pour ce qtie la fin de cet institut n'est pas seulement d'assister les pauvres corporellement, mais aussi spirituellement, lesdites servantes des pauvres tâcheront et mettront à cela leur étude de disposer à mieux vivre ceux qui g"uériront, et à bien mourir ceux qui tendront à la mort , dresseront à cette fin leurs visites , prieront souvent Dieu pour cela, et feront quelque petite élévation de cœur à cet effet. Outre ce, elles liront utilement parfois quelque livre dévot en présence de ceux qui seront capables d'en faire leur profit , les exhorteront à supporter le mal patiemment pour l'amour de Dieu, et à croire qu'il le leur a envoyé pour leur plus grand bien, leur feront faire quelque acte de contrition, qui consiste à avoir reg"ret d'avoir offensé Dieu pour l'amour de lui-même, à lui en demander pardon et se résoudre à ne jamais plus l'offenser; et au cas que par infirmité, elle ferait qu'ils s'en confesseront au plus tôt.

Et pour ceux qui tendront à la mort, elles auront soin d'avertir ledit sieur curé de leur administrer l'extrême-onction, les induiront à avoir confiance en Dieu, à penser à la mort et Passion de Notre-Seigneur Jésus, à se recommander à la sainte Vierge , aux anges , aux saints et particulièrement aux patrons de la ville et aux saints dont ils portent le nom, et feront le tout avec un grand zèle de coopérer au salut des âmes et de les mener comme par la main à Dieu.

Auront soin lesdites servantes de la Charité de faire enterrer les morts aux dépens de la confrérie , de leur donner un linceul, faire faire la fosse si le mort n'a aucun moyen d'ailleurs , ou le recteur de l'hôpital n'y pourvoit, comme il le faudra prier de ce faire, et assisteront aux funérailles de ceux qu'elles auront nourris malades , si elles le peuvent commodément , tenant en cela place de mères qui accompagnent leurs enfants au tombeau , et par ainsi elles pratiqueront entièrement et

avec édification les œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles.

Des assemblées , de leur fin et de l'ordre qui s'y (fardera.

Et parce qu'il est grandement utile à toutes saintes communautés de s'assembler de temps en temps en quelque lieu destiné pour traiter tant de leur avancement spirituel que de ce qui reg'arde en général le bien de la communauté , cela fait que lesdites servantes des pauvres s'assembleront tous les troisièmes dimanches des mois en une chapelle de la grande église de ladite ville destinée à cet effet ou en celle de l'hôpital , là où en ce même jour ou le lendemain, à une heure dont elles conviendront, il sera dit une messe basse pour ladite confrérie, et l'après-dînée, à l'heure qu'elles trouveront bon, elles s'assembleront encore en la même chapelle , tant pour y entendre une petite exhortation spirituelle que pour y- traiter des affaires qui regarderont le bien des pauvres et le maintien de ladite confrérie.

L'ordre qu'on tiendra auxdites assemblées sera d'y chanter avant toute œuvre les litanies de Notre -Seigneur Jésus ou celles de la Vierge , et dire ensuite les prières qui suivent ; puis ledit sieur curé ou son vicaire fera ladite briève exhortation tendant à l'avancement spirituel de toute la compagnie et à la conservation et progrès de ladite confrérie , et après il proposera ce qui sera à faire pour le bien des pauvres malades, et la conclura par la pluralité des voix qu'il colligera à cet effet, commençant par celle desdites servantes de la Charité qui aura été la dernière reçue en la confrérie , et continuant par l'ordre de leur réception jusques au Procureur, puis à la trésorière , à la prieure , et enfin il donnera sa voix lui-même, qui aura force délibérative comme l'une de celles desdites servantes des pauvres. Là se liront utilement cinq ou six articles de cet ins-

APPENDICE a33

titut, là elles s'admonesteront charitablement des fautes survenues au service des pauvres, le tout néanmoins sans bruit ni confusion, et avec le moins de paroles que faire se pourra, donneront seulement chaque fois demiheure de temps , après l'exhortation , pour cette assemblée.

De l'administration du temporel et de la reddition

des comptes.

Le sieur curé , la prieure , les deux assistantes et le procureur auront le gouvernement de tous les biens temporels de la confrérie, tant meubles que immeubles, et, par conséquent, le pouvoir d'ordonner au nom d'icelle audit procureur de faire tout ce qu'il faudra pour la conservation et recouvrement d'iceux biens.

La trésorière gardera l'argent, les papiers et les meubles, comme dit est, et rendra compte tous les ans, le lendemain du saint jour de la Pentecôte, en présence du sieur curé , de la prieure , du procureur, de l'autre assistante , et encore de monsieur le châtelain , de l'un de messieurs les syndics et du sieur recteur de l'hôpital dudit Ghâtillon , pourvu néanmoins qu'il soit de la religion catholique, apostolique et romaine, lesquels seront toujours priés tous trois de la part de la confrérie d'y assister; et sera crue ladite trésorière en la seule déclaration qu'elle fera que ses comptes contiennent vérité, sans qu'aucun article d'iceux lui puisse être rayé, ni qu'elle, son mari, ni leurs enfants en puissent être recherchés , tant à cause que étant pleine de probité , comme il ne s'en élira que de telles , l'on y peut avoir entière confiance, qu'aussi, si elle était sujette à être recherchée de ce fait, aucune ne voudrait prendre cette charge.

Après l'audition de ses comptes, le procureur rapportera à la même compagnie susdite l'état des affaires temporelles de ladite confrérie , et ce qu'il y aura géré et négocié pendant l'année , à ce que , par le rapport

desdits sieurs châtelain, syndic et recteur, messieurs du conseil de ladite ville puissent être suffisamment instruits du gouvernement des biens temporels de ladite confrérie , et que , reconnaissant qu'il fût mauvais , ils puissent recourir à Monseigneur l'archevêque, notre très honoré prélat , pour y mettre ordre , comme celui auquel ladite confrérie est entièrement soumise, ce qu'en ce cas mesdits sieurs du conseil sont très humblement priés de faire pour l'amour de Dieu.

La prieure aura un livre de charges sur lequel elle fera charger la trésorière des papiers , de l'argent , des meubles de ladite confrérie, et en cas qu'elle ne se voulût charger ni aucune des autres, sinon des meubles seulement et d'une partie de l'argent, comme ce qu'il faudra pour nourrir les pauvres quelques mois, icelle confrérie ordonnera audit procureur de se charger du reste et d'en rendre compte , ce qu'il sera tenu de faire sans qu'il puisse refuser de délivrer à la trésorière tout ce que la confrérie ou la prieure ordonneront qu'il lui remette pour l'entretien et nourriture des pauvres.

Le tronc de l'église mis pour l'entretènement de la confrérie et soulagement des pauvres, sera ouvert de deux mois en deux mois en présence dudit sieur curé , de la prieure, trésorière, procureur et assistante, laquelle trésorière recevra par compte et chargera sa recette de ce qui s'y trouvera , ou , à son refus , le procureur, comme dit est.

De l'élection et déposition.

La prieure , la trésorière et l'autre assistante déposeront leur charge le mercredi d'après la sainte fête de la Pentecôte, et sera procédé le même jour à nouvelle élection par les suffrages de toute la confrérie et la pluralité des voix, sans que ladite prieure, trésorière et assistante puissent être continuées en leurs charges, afin que l'humilité, vrai fondement de toute vertu, se tienne parfaitement en ce saint institut.

Et au cas que ledit sieur curé ne résiderait, ou que lui ou son vicaire ne prendrait point le soin requis en l'œuvre, sera loisible à ladite confrérie de prendre un autre père spirituel et directeur de l'œuvre, admis et approuvé à cet effet par Monseigneur l'archevêque.

Ladite prieure , trésorière et assistante pourront être déposées de leurs charges avant le temps susdit par ladite confrérie, ne faisant pas bien leur devoir au jugement d'icelle.

Le procureur demeurera en charge autant et si longuement que la confrérie le trouvera bon , et non plus.

Celles de ladite confrérie qui commettront quelque péché public ou négligeront notablement le soin des pauvres, seront entièrement ôtées de ladite confrérie, les admonitions requises en l'Evangile ayant été premièrement faites à tous ceux qu'on voudra déposer ou ôter de la confrérie.

Règles communes.

Toute la compagnie se confessera et communiera quatre fois l'an , le pouvant faire commodément à savoir le jour de la Pentecôte, Notre-Dame d'août. Saint -André et Saint -Martin, et ce, pour honorer l'ardent désir que Notre -Seigneur a que nous aimions les pauvres malades et les secourions à leur nécessité; et pour accomplir ce saint désir, l'on lui demandera ses bénédictions sur ladite confrérie, à ce qu'elle florisse de plus en plus à son honneur et gloire , au soulagement de ses membres et salut des âmes qui le servent en icelle ou y ont donné de leurs biens. .

Et afin que la compagnie se conserve en une sincère amitié selon Dieu, quand quelqu'un ou quelqu'une sera malade , la prieure et les autres seront soigneuses de la visiter et lui faire recevoir les saints Sacrements de l'Eglise , prieront pour elle en commun et en particulier, et quand il plaira à Dieu de retirer de ce monde quelque membre de ce corps , les autres se trouveront

à son enterrement avec le même sentiment qu'à leur propre sœur, qu'elles espèrent un jour voir au ciel, diront chacune trois fois le chapelet à son intention , et feront célébrer une messe basse pour le soulagement de son âme, en la chapelle de ladite confrérie.

De Vexercice spirituel de chacune k part soi.

Le réveil se commencera par l'invocation de Notre- Seigneur Jésus, faisant le signe de la croix, et par quelque oraison à sa sainte Mère ; puis , étant levées et habillées, prenant de l'eau bénite, elles se mettront à genoux au pied de leur lit, au-devant de quelque image , rendront grâces à Dieu des bénéfices tant généraux que particuliers qu'elles ont reçus de sa divine Majesté, réciteront trois fois le Pater noster et trois fois VAve Maria, à l'honneur de la sainte Trinité, et une fois le Credo et le Salve regina, et après ouïront la sainte messe, si elles ont la commodité.

Se souviendront le jour de la modestie avec laquelle le Fils de Dieu accomplissait ses actions sur terre , et en riionneur et imitation dicelles, feront les leurs avec humilité, modestie et tranquillité.

Celles qui sauront lire liront chaque jour posément et attentivement un chapitre de Monseigneur Tévêque de Genève intitulé « l'Introduction à la vie dévote », et feront quelque élévation d'esprit à Dieu avant la lecture , implorant sa grâce et miséricorde pour tirer fruit en son amour de ce dévot exercice.

Lorsqu'il faudra qu'elles aillent en compagnie , elles offriront à Jésus Notre-Seigneur cette conversation , en l'honneur de celle qu'il a daigné avoir sur terre avec les hommes, et le supplieront qu'il les préserve de l'offenser ;

S'étudieront spécialement à porter en l'intérieur un grand honneur et révérence à Notre-Seigneur Jésus- Christ et à sa sainte Mère, comme étant un des points

principaux que requiert cette confrérie et celles qui y aspirent ;

S'exerceront soigneusement à Ihumilité, charité et simplicité, déférant chacune à sa compag-ne et aux autres et faisant toutes leurs actions pour une intention charitable envers les pauvres, et non pour aucun respect humain,

La journée employée selon l'observation susdite , et l'heure du coucher étant venue , elles feront Texamen de conscience , et diront trois fois le Pater noster et trois fois l'Are Maria, et une fois le De profundis pour les trépassés, le tout néanmoins sans obligation à péché mortel ou véniel.

Puis, après approbation, homolog"ation et ratification par Thomas de Meschatin La Faye , la pièce orig'inale porte ce qui suit, de la main de Vincent :

« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, le huitième de décembre, jour de l'Immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu , lan mil six cent dixsept, dans la chapelle de l'hôpital de la ville de Ghâtillon-les-Dombes, le peuple étant assemblé; nous Vincent de Paul, prêtre et curé indigne de ladite ville, avons exposé comme M. de La Faye, grand vicaire de Monseigneur l'archevêque de Lyon, notre très digne prélat, a approuvé les articles et règlement ci -dessus contenus, dressé pour l'érection et établissement de la confrérie de la Charité en ladite ville et au dedans de ladite chapelle , au moyen de quoi , nous , curé susdit , en vertu de ladite approbation, avons cejourd'hui érigé et établi ladite confrérie en ladite chapelle , ayant premièrement fait savoir au peuple en quoi ladite confrérie consiste, et quelle est sa fin , qui est d'assister les pauvres malades de ladite ville spirituellement et corporellement, et ayant admonesté ceux qui voudraient en être de s'approcher et de donner leur nom , se sont présentées : Françoise Bachet, Charlotte de Brie, Gasparde Puget, Florence Gomard, femme de monsieur le châtelain ; Denise Beynier, femme de feu Claude Bouchoux; Philiberte Mulget, femme de Philibert Desi-

gonnières; Catherine Pâtissier, veuve de feu Eléonard Burdillat; Jehanne Perra , fille de Guy Perra; Florence Gomard, fille de feu Daniel Gomard; Benoiste Prost, fille de Ennemond Prost; Thoyvne Guerry, veuve de Pontin Guichenon, qui se présente pour être garde des pauvres.

« Puis a été procédé à l'élection des charges , à la forme ci-dessus contenue en ce règlement, et a été élue pour prieure demoiselle Baschet; pour trésorière, demoiselle Charlotte de Brie ; pour seconde assistante , dame Gasparde Puget, et pour procureur honorable Jehan, fils de feu honorable Jehan Beynier, par la pluralité des voix des dessus nommées, ce qui a été fait en ladite chapelle de Thôpital, à ce présents et assistants vénérables messire Jehan Besson, Jehan Benonier, Hugues Rey, prêtres sociétaires en l'église Saint- André de Châtillon, et M. Antoine Blanchard, notaire royal et châtelain de ladite ville, et plusieurs autres assistants témoins. ))

Signé : Besson, etc. (les susnommés).

REGLEMENT POUR LES HOMMES QUI SERONT REÇUS EN L ASSOCIATION DE LA CHARITÉ, ET PRIMO DE LA FIN DE LEUR RECEPTION

Les hommes seront reçus en l'association de la Charité , établie de l'autorité de Monseigneur le révérendissime évêque d'Amiens , du village de Folleville , Paillart et Fresneville , afin d'assister les pauvres valides de l'un et de l'autre sexe demeurant es dits lieux, et d'avoir motif de pratiquer et de faire pratiquer aux pauvres les exercices de piété ci- dessous contenus, lesquels ladite association a accoutumé de pratiquer pour honorer Notre-Seigneur Jésus , patron d'icelle , et sa sainte Mère, et accomplir le grand désir qu'ils ont que nous nous entr'aimions les uns les autres comme ils nous ont aimés.

De la, manière de pourvoir aux pauvres valides en leurs nécessités.

Les enfants seront mis en métier aussitôt qu'ils auront âge compétent. On distribuera par semaine aux pauvres impotents et telles gens qui ne peuvent travailler, ce qui leur sera nécessaire pour vivre ; et pour le regard de ceux qui ne gagnent qu'une portion de ce qui leur fait besoin, l'association leur surviendra du reste.

L'on aura des brebis , lesquelles l'on distribuera aux associés qui feront la charité de les nourrir au profit de ladite association, qui plus qui moins, selon leur pouvoir, et les fruits provenant d'icelles brebis seront

3'i0 APPENDICE

vendus tous les ans, aux environs de la fête de saint Jean, par le visiteur, selon l'ordre qui lui en sera donné par les directeurs de ladite association , et l'argent qui en proviendra sera mis es mains du trésorier, en la présence du commandeur ou du recteur, et seront marquées les brebis de la marque de l'association et renouvelée de cinq ans en cinq ans.

Des offices en ffénéral.

Les hommes associés , qui se nomment serviteurs des pauvres, en éliront douze d'entre eux, qui se nommeront assistants de la Charité , lesquels , pour perpétuer davantage cette association , feront tous bons propos en la manière ci -dessous transcrite, lequel ils renouvelleront tous les ans , d'observer le présent règlement , et de procurer la conservation et augmentation de ladite association ; et ces douze en éliront trois d'entre d'eux , de deux en deux ans , le lendemain de la Pentecôte , dont l'un sera commandeur, l'autre trésorier et l'autre visiteur , lesquels , avec le recteur de ladite association qui est un ecclésiastique, auront l'entière direction de ce qui regarde les pauvres valides seulement, et arrivant la mort de l'un desdits assistants , les associés en corps en nommeront un autre.

Du commandeur.

Le commandeur présidera en l'assemblée avec ledit recteur ; lesquels procureront conjointement que le présent règlement , ensemble toutes les résolutions qui seront prises en l'assemblée soient observées et exécutées avec fidélité, charité et diligence.

Du trésorier.

Le trésorier représentera et aura l'autorité dudit commandeur en son absence , recevra et gardera l'argent dans un coffre à deux clefs, dont le commandeur en

aura l'une , et lui l'autre , sans qu'il puisse tenir en son pouvoir qu'autant qu'il faudra distribuer en un mois aux pauvres valides , ni ouvrir ledit coffre qu'en la présence du commandeur ou du recteur , emploiera l'argent selon l'ordonnance desdits directeurs, et en rendra compte annuellement au jour qui lui sera ordonné en la présence desdits directeurs, des assistants, du juge et procureur fiscal du lieu , et de plus il écrira les résolutions des assemblées dans le registre qu'il gardera à cet effet.

Du visiteur.

Le visiteur s'informera des pauvres honteux, veuves, orphelins , prisonniers et autres personnes affligées pour les aller visiter et consoler, et pour en faire le rapport aux assemblées , afin de les secourir comme il lui sera ordonné , sinon qu'en cas de nécessité pressante , il en conférera avec lesdits recteur et commandeur, et suivra l'avis qu'ils lui donneront. Il aura semblablement soin que tous les pauvres assistent aux catéchismes, que ledit recteur fera ou fera faire chaque dimanche , ou de quinze en quinze jours , et que ceux qui seront en âge communient.

Des assemblées .

Les directeurs s'assembleront d'ordinaire le premier dimanche du mois après vêpres , et plus souvent s'il est expédient; proposeront les besoins temporels et spirituels de l'association , les résoudront à la pluralité des voix, qui seront colligées par le recteur, et, en son absence, par le commandeur, sans qu'il soit loisible à pas un , quand il aura donné sa voix , de rien répartir à celui qui le contredit et sera d'avis contraire ; et au cas que lesdits directeurs soient mi -partie en leur opinion , les autres neuf assistants ou partie d'iceux qui se pourra trouver commodément, jusqu'au nombre de

cinq , détermineront le différend à la pluralité des voix , qui seront colligées par le plus ancien d'iceux.

De la, messe, communion, litanies, exhortations et lecture du présent règlement, qui se doivent faire les premiers dimanches des mois.

Et afin que les serviteurs des pauvres profitent et se confirment de plus en plus en l'esprit de charité , ils s'assembleront les premiers dimanches des mois dans la chapelle de la Charité, où ils entendront la messe le matin , et ceux qui auront dévotion de se confesser et communier , comme ils y sont tous exhortés , se confesseront et communieront ; et l'après-dîner , ils assisteront aux litanies de Notre-Seigneur ou de la Vierge , ensuite desquelles leur sera fait une briève exhortation ou bien lecture du règlement.

Les directeurs consulteront ensemble des affaires de l'association.

De l'amour envers Notre -Seigneur Jésus, patron de l'Association et envers sa, sainte Mère.

L'un des principaux points que requiert cette association étant d'honorer Notre -Seigneur Jésus -Christ et sa sainte Mère, les serviteurs des pauvres seront exhortés de leur porter un grand honneur et révérence en l'intérieur et de dire à cet effet chaque jour cinq fois Pater et cinq fois Ave Maria.

De la mutuelle charité que les serviteurs des pauvres auront les uns envers les autres.

Les serviteurs des pauvres auront une grande charité les uns pour les autres , s'entre- visiteront et consoleront en leurs afflictions, donneront ordre que les saints sacrements leur soient administrés en temps et lieu.

feront prières communes et particulières à ce qu'aucun ne parte de ce monde qu'en bon état , et assisteront en corps tant à l'administration des saints sacrements qu'à l'enterrement desdits serviteurs et des servantes des pauvres, pour les âmes desquels on fera célébrer une messe, et chaque particulier dira à leur intention le chapelet à sa commodité, et est à noter que cette observation , comme aussi toutes les autres qui appartiennent au présent règlement , sont volontaires et sans aucune obligation à péché mortel ni véniel.

Du zèle que les serviteurs des pauvres auront à la conservation de l'Association des femmes ainsi que de la leur.

Et pour ce que l'association des hommes et celle des femmes est une même association , ayant même patron , même fin et mêmes exercices spirituels, et qu'il n'y a que les ministères qui soient divisés , le soin des valides , appartenant aux hommes, et celui des invalides aux femmes, et que Notre -Seigneur ne retire pas moins de gloire du ministère des femmes que de celui des hommes, voire que le soin des malades semble préférable à celui des sains ; pour cela , les serviteurs des pauvres auront pareil soin de la conservation et augmentation de l'association des femmes que de la leur ; et à cet effet , ils mettront la quatrième partie de leur revenu annuel, et plus s'il est besoin, es mains de la trésorière qui garde l'argent des femmes , au cas que le revenu de la quête que font lesdites femmes ne suffira ; ce qui se pourra savoir par le moyen du recteur comme étant supérieur de l'une et l'autre association. Et afin que lesdits directeurs sachent l'état des affaires de l'association des femmes, ils assisteront à la reddition de leurs comptes le lendemain de la fête de la Toussaint.

Formulaire du bon propos des serviteurs des pauvres.

Les assistants, comme dit est, pour rendre cette association de plus de durée , feront et prononceront le bon propos suivant, en la présence du recteur, après vêpres, en la chapelle de la Charité, le jour de la Pentecôte ou le lendemain, et diront en la manière qui s'en suit :

Je serviteur des pauvres de l'association de la

Charité, élu assistant d'icelle, fais bon propos, en la présence de monsieur le recteur de ladite association , d'observer le règlement d'icelle, et d'en procurer de tout mon pouvoir la conservation et augmentation, moyennant la grâce de Dieu que je lui demande à cet effet. A le

REGLEMENT D UNE CONFRERIE DE CHARITE AVEC ESSAI d'un ÉTABLISSEMENT DE MA^'UFACTURE POUR LES PAUVRES

La compagnie de la Charité sera instituée en la ville

de , pour assister corporellement et spirituellement

les pauvres de ladite ville et des villages dépendants d'icelle : spirituellement, en leur faisant enseigner la doctrine et la piété chrétiennes ; et corporellement , en faisant apprendre des métiers pour gagner leur vie à ceux qui pourront travailler, et donnant moyen de vivre aux autres. C'est aussi pour assister les pauvres malades de ladite ville , selon l'ordre de l'association de

la Charité établie audit M , qui sera par ce moyen

unie à ladite compagnie , en façon néanmoins que, pour éviter la confusion , le ministère sera divisé ; le soin des sains appartenant aux hommes , et celui des malades et de tout ce qui en dépend aux femmes, sans que les officiers de ladite compagnie comme tels puissent prendre aucune connaissance de ce qui dépend de ladite association, la direction temporelle de laquelle appartient et appartiendra au recteur et officiers de ladite association, comme il a fait jusques à maintenant, selon le règlement ci -dessous transcrit; ladite union n'étant que pour avoir même patron et mêmes exercices spirituels , les premiers dimanches des mois suivant le règlement de ladite association ci -dessous transcrit ; accomplissant en cela le commandement que Dieu nous fait au quinzième chapitre du Deutéronome, de faire en sorte que nous n'ayons point de pauvres qui mendient entre nous ; et le désir qu'il a que

nous nous entr'aimions et procurions le salut spirituel et corporel les uns des autres, comme son Fils Jésus nous a aimés , et procuré incessamment le nôtre.

Du patron.

Le patron de cette compagnie sera Notre -Seigneur Jésus, qui est la charité même.

Des personnes dont elle sera composée.

Elle sera composée d'hommes et de femmes, qui seront de vertu et probité connues , qui se nommeront serviteurs et servantes des pauvres, dont celles-ci ne seront reçues que du consentement de leurs maris, pères et mères, et, pour éviter la confusion, seront réduits et les uns et les autres à un certain nombre.

Des offices, et premièrement du commandeur.

Il s'élira premièrement un commandeur, qui présidera es assemblées avec monsieur le curé, lesquels procureront ensemble que le présent règlement, et les ordonnances qui se feront es assemblées , s'observent et s'exécutent avec fidélité, charité et diligence.

Des assistants ou conseillers .

L'on élira en outre deux de la compagnie pour être conseillers desdits sieurs prieurs , curé et commandeur, l'un desquels représentera ledit sieur commandeur en son absence et fera son office.

Du trésorier.

La compagnie élira aussi un trésorier , qui recevra et gardera l'argent de ladite compagnie, et l'emploiera selon l'ordonnance d'icelle, et en rendra compte tous les ans ; et de plus , il écrira les résolutions de ladite compagnie dans un registre qu'il gardera à cet effet.

Du visiteur.

L'on élira finalement un visiteur, lequel aura soin de s'informer des pauvres honteux , veuves , orphelins , des pauvres prisonniers civils et criminels, et de toutes autres personnes afflig'ées , pour les visiter et consoler , et pour les secourir selon que le cas le requerre , et que l'assemblée l'ordonnera ; il aura soin en outre de faire en sorte que tous les pauvres aillent au catéchisme deux fois la semaine, et se confessent et communient les premiers dimanches des mois.

De l'élection desdits officiers.

Lesdits officiers seront élus par ladite compagnie, à la pluralité des voix , et seront en charge deux ans seulement.

Du devoir des serviteurs des pauvres.

Les serviteurs des pauvres visiteront chacun leur jour, par ordre, la manufacture dressée en faveur des pauvres , tiendront la main à ce que les pauvres fassent leur devoir , et que toutes choses aillent selon le règlement, avertissant lesdits sieurs prieur et commandeur de ce qu'il y faudra, afin qu'ils y mettent ordre, quêteront les dimanches et fêtes, chacun à leur tour, et pratiqueront les exercices spirituels ci-dessous contenus.

De la manière de pourvoir aux nécessités des pauvres et de leur faire gagner leur vie.

Tous les pauvres sont : ou petits enfants de quatre à sept ou huit ans , ou petits garçons de huit à quinze ou vingt ans ; ou d'âge parfait , mais impotents ou vieux , qui ne peuvent gagner qu'une partie de leur vie ; ou décrépits qui ne peuvent rien faire. L'on donnera aux petits enfants, aux impotents et aux décrépits ce qu'il leur faudra pour vivre par semaine ; à ceux qui gagneront une partie de leur vie, la compagnie leur

donnera l'autre; et pour les jeunes garçons, l'on les mettra à quelque petit métier comme de tisserand , qui ne coûte que trois ou quatre écus pour chaque apprenti ; ou bien l'on dressera une manufacture de quelque ouvrage facile, comme de bas d'étain comme s'en suit.

De la manufacture.

L'on assemblera tous les jeunes gens en une maison de louage, propre, où l'on les fera vivre et travailler, sous la direction d'un ecclésiastique et la conduite d'un maître ouvrier, selon le présent règlement.

L'office de l'ecclésiastique de la manufacture.

L'office de l'ecclésiastique sera d'enseigner aux apprentis et tous les autres pauvres la doctrine et piété chrétiennes, savoir, les jours de fête, après vêpres, à l'église, et le mardi et vendredi à la manufacture, à une heure après midi ; à quoi il vaquera une demiheure au moins ; de conduire lesdits apprentis avec ordre deux à deux à la messe et à vêpres les fêtes et dimanches , et les samedis et veilles des grandes fêtes à vêpres seulement , et les ramener de même ; faire confesser et communier tant lesdits apprentis que les autres pauvres de l'aumône tous les premiers dimanches des mois et fêtes solennelles ; et d'assister au dîner et au souper desdits apprentis , sans qu'il lui soit loisible d'aller aux champs, ni de recevoir aucun pauvre à ladite manufacture , que du consentement des officiers de la Charité.

Du devoir du maître ouvrier de la manufacture.

Le devoir du maître ouvrier sera d'enseigner son métier aux enfants que les officiers de la Charité mettront à la manufacture, selon l'ordre ci- contenu, sans qu'il lui soit loisible de prendre ni de renvoyer aucun apprenti pour raison que ce soit, que de l'ordonnance des officiers de la Charité auxquels appartient l'entière direction de la manufacture.

Des apprentis de la manufacture.

Les pauvres apprentis, avec leurs pères et mères, s'oblig-eront de parole , avec serment , cV enseigner gratis leur métier aux pauvres enfants de la ville qui viendront ci-après, lorsque les officiers de ladite Charité leur ordonneront, à la charge que lesdits apprentis qu'ils enseigneront seront nourris par ladite compagnie.

Emploi de la journée de la manufacture.

Lesdits pauvres se lèveront à quatre heures du matin , seront habillés à quatre heures et demie , prieront Dieu jusques à cinq, travailleront jusques à ce que la première messe sonne, laquelle ils iront entendre par ordre deux à deux , retourneront de même , déjeuneront à huit heures, dîneront avec silence et lecture à midi, goûteront à trois heures et demie, souperont à sept, se récréeront jusques à sept trois quarts, feront leur prière et l'examen de conscience , et après se coucheront à huit heures.

De Vexercice du premier dimanche des mois.

Les serviteurs et servantes des pauvres, pour s'acquérir de plus en plus le vrai esprit de charité, se trouveront les premiers dimanches du mois en la chapelle de la Charité pour entendre la sainte messe, qui s'y dira pour ladite compagnie, incontinent après Laudes, se confesseront et communieront, si leurs ajfîaires leur permettent , et assisteront aux vêpres , aux litanies de Jésus ou de la Vierge, avec un cierge allumé à la main, et entendront l'exhortation qui se fera ; tous les officiers traiteront ensemble des besoins spirituels et temporels des pauvres de la manufacture faisant chacun d'iceux rapport de ce qu'il aura fait à raison de son office , et consulteront tous ensemble des moyens d'y pourvoir à la pluralité des voix , qui seront colligées par ledit sieur prieur curé , ou , en son absence , par le commandeur , sans qu'il soit loisible , après qu'il

aura donné sa voix, de disputer contre les autres qui auront été d'avis contraire.

De Vexercice de chaque jour et de la, charité mutuelle des serviteurs et des servantes des pauvres.

Tous honoreront Notre -Seigneur Jésus -Christ et sa sainte Mère, et, pour obtenir leurs bénédictions sur l'œuvre, ils diront chaque jour cinq fois le Pater noster et cinq fois VAve Maria, et de plus , pour nourrir un amour mutuel et conserver l'esprit de Jésus entre eux , ils se visiteront malades , se conforteront affligés , s'assisteront à l'administration des saints sacrements et à l'enterrement. Et se dira un service pour chaque serviteur et servante des pauvres qui viendra à décéder, le tout néanmoins sans obligation à péché mortel ni véniel.

Du moyen d'entretenir cette dépense.

L'entretien de cette dépense est fondé partie sur le revenu annuel de l'hôpital, partie sur les quêtes que les serviteurs des pauvres font es églises es fêtes et dimanches chacun à son tour, et partie sur les troncs qu'on met aux hôtelleries où les hôtesses font la charité de demander quelque chose à ceux qui vont chez elles. Quoi qu'il en soit, la bonté de Dieu y a pourvu si bien jusques à maintenant, que rien n'a manqué à l'entretien de l'œuvre ; de quoi il est digne qu'on lui rende grâces et qu'on le loue es siècles des siècles, puisque par ce moyen l'on accomplit le désir qu'il a que nous ayons soin des pauvres , que les riches s'acquièrent un millier de bénédictions en ce monde et la vie éternelle en l'autre , que les pauvres soient instruits à la crainte de Dieu, enseignés à gagner leur vie et assistés en leurs nécessités , et que finalement les villes sont délivrées de plusieurs fainéants tous vicieux , améliorés par le commerce des ouvrages des pauvres.

FIN DE l'appendice

TABLE DES MATIERES

Page 1