‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 391 sur 394 · LIVRE VI. — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE VI

En posant la plume , un cri s'échappe de notre cœur : Mirabilis Deus in sanctis suis : « Dieu est admirable dans ses saints.» Il les suscite et les glorifie, au lieu et à l'heure convenables. Il a suscité Vincent de Paul au xvn^ siècle, après les luttes de doctrine contre la réforme , afin de donner cette nouvelle preuve de la divinité de son Eglise, que la Vérité chrétienne totale est là où il y a la totale charité. Et il le glorifie d'une manière merveilleuse en notre temps, parce que de nos jours encore et surtout, c'est par la science sans doute, mais plus encore par les œuvres , que l'Eglise doit reconquérir le monde. Aujourd'hui, où l'on veut tout laïciser, même la charité, il est nécessaire de démontrer, par cet éclatant et irrécusable exemple, que rien n'égale l'amour qui puise ses inspirations au cœur même de l'Amour divin fait homme, et qu'aucun philanthrope jamais n'égalera le disciple de Jésus -Christ qui l'est jusqu'à la sainteté.

Mais à quoi bon cette démonstration , si nous la démentions par notre propre inaction? A quoi bon élever bien haut l'image du plus grand homme de bien, du plus grand bienfaiteur des hommes qui fut jamais, si, satisfaits d'une admiration stérile, nous n'allions pas au delà; si le nom et les exemples de saint Vincent de Paul n'allumaient pas dans tous nos cœurs la flamme sacrée qui le dévorait lui-même? Glorifions nos saints; oui , mais plus encore imitons-les.

Imitons Vincent de Paul. Consacrons -nous comme lui, dans les œuvres charitables, au service de nos frères. C'est là, dans les luttes présentes, notre force la plus forte. Qu'ont-ils donc, ces prétendus philanthropes, que nous ne l'ayons pas comme eux? Mais nous avons de plus, ce qu'ils n'auront jamais, la divine charité de Jésus-Christ. Montrons qu'il y a lieu d'unir, pour la transformation de nos sociétés modernes, toutes les puissances de l'âme humaine , au lieu de les diviser,

de les opposer ; que l'Eglise , loin d'être un obstacle à rien, est l'auxiliaire indispensable pour tout; et qu'il est temps enfin que ce siècle ég'aré le reconnaisse et revienne à elle. Par là le peuple, qu'on éloigne de nous, reconnaîtra où sont ses vrais amis; ceux qui veulent, non s'en servir, mais le servir. Là est la solution , non seulement de la question religieuse, mais de la terrible question sociale.

On résiste à la science, à l'éloquence, au génie; on ne résiste pas à l'apostolat de la charité, on ne résiste pas à l'amour.

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