‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 77 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VII

par le prudent supérieur et humblement acceptées par le courageux novice , il prit la tonsure et la soutane , fut plus tard ordonné prêtre, célébra sa première messe au milieu d'un concours immense, puis il s'ensevelit dans une retraite si profonde, que rien ne put l'en arracher, pas même la perspective du chapeau de cardinal ou la succession du Révérend Père de BéruUe comme supérieur général de l'Oratoire. Il disparaît complètement, et c'est à peine si on peut l'entrevoir dans l'ombre où il a voulu s'éteindre, vivant dans l'humilité, amoureux de la vie cachée, portant un cilice, jeûnant souvent au pain et à l'eau, et faisant l'admiration de saint Vincent de Paul , auquel il resta tendrement uni jusqu'à la mort.

Pendant que M. de Gondi s'échappait du monde pour entrer à l'Oratoire , Vincent de Paul se retirait au collège des Bons -Enfants, avec M. Portail, son premier et fidèle disciple, et se préparait à commencer ses grandes œuvres. Il avait alors cinquante ans.

Que les voies de Dieu sont admirables ! Quand il veut faire un docteur, il -le mène aux universités , il le fait asseoir aux pieds de quelque maître fameux , et on a un saint Bonaventure ou un saint Thomas. Veut -il faire un serviteur des pauvres, il prend une autre voie. Il le fait naître dans la pauvreté , garder les troupeaux pendant son enfance , grandir dans les privations et les sacrifices. Ce sera là la première école de saint Vincent de Paul. La seconde, ce sera le bagne de Tunis. Après avoir mangé le pain des pauvres , il portera la chaîne de l'esclave. Il courbera ses épaules sous le fouet d'un maître. Vendu trois fois sur un marché public, marchandé comme un animal , il demeurera deux ans entiers à cette rude école , et il apprendra , au milieu des sables brûlants de l'Afrique et dans les durs travaux de la captivité, ce qu'il y a de douleurs, d'humiliations dans certaines conditions de la société.

Encore n'est-ce pas assez. Il a mangé le pain du pauvre, mais du pauvre honnête dans la maison de son père; il a porté la chaîne du captif, mais du captif malheureux dans le bagne de Tunis. Il lui reste à traîner le boulet du forçat. Il ne connaît encore que les douleurs de la pauvreté , il faut qu'il en connaisse les hontes , afin qu'aucune plaie ne lui soit inconnue. Mais comment descendre dans ces lieux infects , abominables , pleins de blasphèmes , comme prêtre , comme bienfaiteur, pour consoler ces malheureux ? Il serait trop loin d'eux et pas assez humilié. Il y descendra comme forçat; mettez un boulet à ses pieds, une rame à ses mains. Couvrez-le de lïgnoble costume des galériens. Dieu le veut. Il le faut, afin que ce grand saint connaisse la pauvreté sous toutes ses faces, et qu'on puisse dire de lui comme de Notre -Seigneur: « Nous n'avons pas un pontife qui ne puisse compatir à nos infirmités, car il les a expérimentées toutes : » Tentaium autem per omnia.

Mais en même temps que Dieu lui fait traverser ainsi toutes les couches de la pauvreté, comme un grand artiste qui, après avoir appris à toucher les notes basses d'un clavier, enseigne aussi à en toucher les notes élevées, Dieu le promène dans les châteaux de la noblesse, dans les riches salons de la bourgeoisie, jusque dans les palais des rois, afin que, quand il commencera ses grandes œuvres , il trouve non seulement de l'or, de l'argent, des richesses, des sympathies, mais des coopérateurs , de pieux et illustres appuis dans toutes les classes de la société. Noble et sainte comtesse de Gondi, pieuse marquise de Meignelais, madame Acarie, madame de Bérulle, soutiens et appuis de ses premiers pas ; et vous que nous allons voir autour de lui pendant la création de ses grandes œuvres -, admirable duchesse d'Aiguillon, présidente Goussault, présidente de Herse , madame de Lamoignon , madame

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