‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 76 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE VII

M. Vincent n'eût grandement coopéré, et p^r conséquent n'eût mérité d'avoir beaucoup de part à la louange qu'on lui en eût rendue, ce qu'il craignait le plus et qu'il fuyait autant qu'il lui était possible ^ »

M. de Gondi n'assistait pas à cette triste cérémonie. La mort avait été si rapide, qu'on n'avait pas pu l'avertir et qu'il ne se doutait pas de son malheur. Vincent de Paul crut qu'il était de son devoir, et, à défaut de devoir, son cœur, sa grande et sainte affection le lui auraient demandé, d'aller lui-même avertir M. de Gondi de l'irréparable malheur qui venait de le frapper. Et peut-être aussi en cela accomplissait -il le vœu de la pieuse défunte. Il y avait loin à cette époque de Paris à Marseille. Le saint fit le voyage, tout ému de la catastrophe, se demandant comment il s'y prendrait pour annoncer à M. de Gondi un si épouvantable malheur. Je l'ai déjà dit, mais il faut le répéter, à l'affection que M. de Gondi avait vouée à l'aimable, charmante et incomparable M^^ de Gondi, s'était joint en Philippe- Emmanuel ce je ne sais quoi qui naît d'une vertu éclatante et qui change l'affection en vénération. L'idée d'être séparé à jamais d'elle ne s'était pas encore présentée à lui. Vincent de Paul le sentait, et c'est ce qui rendait si affreuse la mission qu'il était chargé de remplir. Après avoir bien prié, il se présenta à M. de Gondi. La seule apparition du saint prêtre, qu'il n'attendait pas, fut un coup pour M. de Gondi. « Eh bien 1 dit aussitôt Vincent de Paul , pour ne pas faire durer une attente si pleine d'anxiété, ne voulons -nous pas faire la sainte volonté de Dieu? » Et doucement, avec des précautions infinies, il lui raconta la maladie de M"^^ de Gondi, ses derniers moments, enfin sa mort, si pieuse , si chrétienne , si soumise à la sainte volonté de Dieu, qu'entendre ces choses c'était déjà une consola^

' Abelly, t. I, p. 71-72.

tion. Néanmoins la blessure fut ing-uérissable, et, en se séparant de sa sainte épouse , il se sentit séparé de tout.

Saint Vincent de Paul avait apporté avec lui le testament de la pieuse défunte. Il le remit à M. de Gondi. Un des articles était ainsi conçu : « Je supplie M. Vincent, pour Tamour de Notre -Seigneur Jésus- Christ et de sa sainte Mère, de ne vouloir jamais quitter la maison de M. le général des galères, ni, après sa mort, nos enfants. Je supplie aussi M. le général de vouloir retenir chez lui M. Vincent et de l'ordonner, après lui, à nos enfants, les priant de se souvenir et de suivre ses saintes instructions , connaissant bien, s'ils le font, l'utilité qu'en recevra leur âme, et la bénédiction qui en arrivera à eux et à toute la famille. » Cette clause était trop dans les idées et dans les désirs de M. de '^ondi pour qu'il n'insistât pas de toutes ses forces afin d'obtenir un si grand bienfait. Mais Vincent de Paul sentait que son heure était enfin venue; que la mort de M™^ de Gondi rompait le lien le plus délicat qui l'attachât à la famille; qu'il était temps qu'il retrouvât sa liberté et son indépendance, pour se livrer à tant d'œuvres dont Dieu lui donnait l'inspiration. 11 le représenta respectueusement à M. de Gondi, qui n'insista pas.

Philippe -Emmanuel d'ailleurs ne devait pas rester longtemps dans le monde. L'amour qu'il avait voué à sa sainte épouse était de ceux qui ne se consolent pas sur la terre. Jésus -Christ seul pouvait y prendi'e la place qui était devenue vacante. Il se démit donc de sa charge de général des galères en faveur de son fils aîné ; il plaça le second , celui qui devait être le célèbre cardinal de Retz, chez les jésuites pour y achever son éducation; et, libre de tout, se souvenant des prédictions de la mère Marguerite du Saint-Sacrement, il vint demander au Père de Bérulle de le recevoir à l'Oratoire. Après de longues et sérieuses épreuves, imposées

Page 1