‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 86 sur 394 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

seuls intérêts de Jésus -Christ (avec des discours pris non dans les paroles persuasives de la sagesse humaine , mais dans la manifestation de l'esprit et de la puissance ) , exhortent à la confession générale , recommandent la communion fréquente , instruisent les ignorants , corrigent et détruisent les mauvaises mœurs , établissent avec notre autorisation la confrérie de la Charité dans toutes les paroisses, disposent les peuples à recevoir fructueusement nos visites, les poussent, en un mot, par leur parole et par leurs exemples , à fuir le vice et à suivre la vertu, comme le peuvent attester presque tous les grands de ce royaume de France. »

L'archevêque continue ainsi : « Il était donc de notre devoir de rendre grâces à l'auteur de tout bien de nous avoir envoyé de si utiles coopérateurs , comme il est de notre prévoyance pastorale de prier le même Dieu très bon et très grand de ne pas les laisser manquer du nécessaire. Dieu a entendu nos vœux, et les a exaucés dans son infinie bonté. Depuis longtemps nous leur cherchions en vain dans notre diocèse un établissement fixe et stable^ lorsqu'un homme très désireux du salut des âmes, nommé Adrien le Bon, et les religieux de son prieuré, voyant les fruits très abondants produits par ces missionnaires, nous ont prié d'agréer le consentement donné par eux à l'union de la léproserie de Saint- Lazare à la congrégation de la Mission. Or, comme de science certaine nous savons que tous les ordres de la société, et surtout les villages, en tireront une grande utilité, nous accédons à leur juste demande, sous le bon plaisir du pape et du roi, et aux conditions arrêtées entre eux. Nous voulons de plus que nous et nos successeurs jouissions comme auparavant, à Saint -Lazare, de toute juridiction et autorité, avec droit de visite au spirituel et au temporel ; que les prêtres de la Mission récitent l'office au chœur, acquittent les fondations, continuent d'admettre les lépreux à Saint-Lazare, y ré-

sident au moins douze, lesquels parcourront tour à tour, aux frais de la congrégation, les villages de notre diocèse , où ils demeureront , suivant le besoin , un ou deux mois; enfin, qu'aux Quatre -Temps de Tannée, et sans préjudice des missions, ils reçoivent les ordinands du diocèse de Paris envoyés par nous , qu'ils entretiendront gratuitement pendant quinze jours, pour leur donner les exercices spirituels ^ . »

Dès le lendemain , saint Vincent de Paul prit possession de Saint- Lazare. L'archevêque de Paris, M?'^ Jean- François de Gondi, voulut l'installer lui-même, afin de donner à tout son diocèse une preuve de l'estime et de l'afFection qu'il avait pour cet humble prêtre. On n'a pas le procès-verbal de cette solennelle installation. Les mémoires du temps se contentent de dire que tout se passa à la satisfaction générale.

Toutes ces choses terminées, il semble que saint Vincent de Paul aurait dû jouir en paix de cette maison de Saint-Lazare , qu'il avait eu tant de peine à accepter, et dans l'acceptation de laquelle il avait mis tant de détachement; mais il y a des gens qui trouvent à contester sur tout. On nia que le Père le Bon eût eu le droit de céder son prieuré , et on menaça saint Vincent de Paul d'un procès s'il n'y renonçait immédiatement. Au seul mot de procès , notre saint , qui haïssait les discussions , se déclara prêt à tout abandonner. Heureusement de graves personnages intervinrent qui lui firent observer qu'il s'agissait de la gloire de Dieu^ du salut des âmes, du soulagement des pauvres , de l'avenir d'une congrégation qui pouvait faire un bien immense dans l'Eglise. Il laissa donc s'engager le procès. Pendant qu'on le plaidait dans la grande salle du palais de Justice , il se tenait dans la sainte Chapelle, agenouillé au pied de l'autel et priant avec ferveur. Il demandait à Dieu non

^ Archives impériales, citées par M. Maynard, t. I, p. 375-376.

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