vetidémiaire an XI (22 oct
quelques mois/ réconomie politique dut céder la place à la logique. Pour cette dernière, c'était prendre bord sur un navire qui déjà faisait eau de toutes parts. Les Écoles centrales sombrèrent^ et la logique aurait disparu avec elles (car elle ne fit pas partie d'abord de l'enseignement des lycées), si elle n'eût pas trouvé un refuge à Sainte-Barbe.
Ce refuge était une cbaire de philosophie didactique> établie depuis la suppression du cours de législation des Écoles centrales, c'est-à-dire depuis le commencement de l'an XI, qui répond à l'année scolaire 1802-1803. Il semble que notre Directeur ail été guidé dans cette création par le souvenir, encore vivant à Sainle-Barbe, de Jean Fernei et de l'auditoire si nombreux que ce professeur avait atliré jadis au* tour de sa cbaire. Le cours fut institué à l'instar deceut du seizième siècle. On y admit la jeunesse du dehors; des exercices annuels réunirent une assistance choisie, devant laquelle les meilleurs élèves eurent à disserter sur des positions rendues publiques par des affiches. L'enseignement embrassait, outre la logique, la morale et les principes généraux de l'économie politique; On ajouta plus tard la psychologie , la théodicée et les éléments de la législation ; mais le cours perdit sa publicité, et on le combina en partie avec la rhétorique, afin de pouvoir le représenter comme un exercice «propre à contenir l'imagination ardente et souvent emphatique de la jeunesse ^ » Tel était l'état des choses en 1808. Le programme adiché pour la
1 . Rapport sur la situation de Sainte-Barbe au moment de la création de IlJniverûté impériale.
séance publique de cette année porte encore des questions sur toutes les matières que nous venons d'indiquer, et le nom d'Eugène Scribe figure parmi ceux des jeunes gens désignés pour soutenir les thèses. Scribe eut l'occasion ^e se distinguer dans une autre solennité du même genre, dont on trouvera plus loin le récit. *
L'autorité toléra pendant sept ans le cours de Sainte-Barbe. Il fut, depuis 1 805 jusqu'à la création de la Faculté des lettres, le seul sur la matière qui existât à Paris. Dans le commencement, il contribua à la réputation du Collège. Sans avoir été l'objet d'une telle vogue que le professeur se soit vu forcé, comme Fernel, de débiter ses leçons en plein air, il < fut néanmoins trcs-suivi , eu égard surtout aux préventions de l'époque.
Le professeur était M. Maugras, l'antagoniste malheureux des philosophies étrangères, qui traîna dans ses derniers jours le chagrin d'avoir été congédié de la Sorbonne pour faire place à Jouffroy.
Agrégé de l'Université avant la Révolution, M. Maugras passait en 1791 pour l'homme le plus capable d'accommoder Penseignenient de la philosophie aux besoins nouveaux de la nation. À la demande du gouvernement , il fit au Collège de La Marche un cours, qui fut goûté, sur les principes fondamentaux de l'association humaine. Lorsque vint la grande crise, il se retrancha dans les fonctions de chapelain constitutionnel du Collège de l'Égalité, puis il déposa l'habit ecclésiastique. Il apporta à Sainte-Barbe une doctrine qui se fit jour dans l'Université de Paris, à la veille de la Révolution. C'était un assemblage de pria-
eipes empruntés à Descartes, à Mallebranche, et surtout à Condillac. L'enchaînement n'était pas rigoureux; la pensée dominante était de combattre les tendances matérialistes du dix-huitième siècle, mais sans placer ailleurs que dans la sensation Torigine des idées. * .
M. Maugras, comme professeur, avait de la clarté, du feu, du trait. Il savait intéresser un auditoire, et encore mieux, Famuser par ses saillies et ses sorties contre quiconque ne partageait pas sa manière de voir. Sa nléthode pour faire travailler était excellente; avec lui, les jeunes gens profitaient; mais il n'était que professeur. Pour lui, la philosdphiè consistait à fournir des réponses sur un questionnaire en dehors duquel il ne concevait ni ne tolérait rien. Aussi n'eut-il pas d'héritier de son système. Il fit des élèves sans nombre, et pas un disciple. La part démérite qui lui revient est de 3'être voué à remettre en honneur une science qui, au moment où il en reprit la profession publique, apparaissait aux yeux de la jeunesse comme uu épouvantail.
M. Maugras conduisait de front son cours de philosophie dans notre collège avec un cours d'économie politique à l'Académie de législation. Cette Aca* demie était une école privée où l'on enseignait le droit, car la Révolution n'avait pas voulu introduire Faction de l'État dans l'étude approfondie des lois. Jusqu'au moment où les Écoles de droit, rétablies en 1804, furent rattachées à l'Universit*?, l'Académie de législation se maintint. Pendant la dernière année de son existence (1807-1808), M. Maugras donna à Sainte-Barbe des répétitions de droit ^ auxquelles
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furent appelés tous les étudiants qui voudraient en profiter. Quelque chose de pareil avait déji existé dan!^ le temps que la législation faisait partie de renseignement des Écoles centrales. Jean-Baptiste Teste, qui fut depuis ministre et qui eut une si triste fin, répétait le cours à Sainte-Barbe. Tout jeune qu'il était, il se faisait admirer à la fois de ses élèves et des maîtres qui venaient l'écouter. L'étendue, de son intelligence et la merveilleuse lucidité de son exposition paraissaient quelque chose de surprenant pour son âge. En 1805, Laromiguière entreprit, à la grande joie de M. de Lanneaii, une conférence qui avait pour objet de préparer les élèves au cours de M. Maiigras. C'était le général qui se faisait instructeur au service du capitaine. Malheureusement notre professeur de phi. losophie n'en fut satisfait qu'à moitié, parce qu'il n'approuvait pas que Laromiguière eût transformé Condillac d'une autre façon que la sienne. Aussi les conférences dont nous parlons eurent-elles peu de durée ; mais elles ont laissé un souvenir ineffaçable dans la mémoire de ceux qui les suivirent. Ils racontent encore, comme si c'était d'hier, l'effet de fascination que produisait sur eux la parole de leur mattre, si vive, si suave, si pénétrante ; et c'est avec Témotion la plus profonde qu'ils se rappellent l'exquise simplicité de ce grand philosophe (car il fut tel au moins par Pesprit et par la vertu), oubliant son âge pour se mettre à la portée du leur. Il n'était pas leur professeur/ mais leur ami, leur conseiller, le directeur de leurs âmes. Il s'étudiait à les instruire pour la vie où ils étaient sur le point de faire leur entrée. Toutes ses leçons, toutes ses conversations tendaient à cette fin.
Il composa pour eux son parallèle entre les plaisirs des sens et ceux de Tintelligence, qui devint plus tard le sujet d'une de ses plus belles leçons à la Faculté. Il leur disait un jour : « Il y a trois choses dont la réunion vous procurera le moyen infaillible de réussir dans le monde : le travail, la conduite et raménilé; puis, lorsque vous aurez réussi, il vous faudra déployer une nouvelle vertu, la modération. »
C'est à table qu'il leur tenait ce propos, car son bonheur était d'en réunir deux ou trois le dimanche, à son modeste déjeuner, afin de les entretenir avec encore plus d'expansion. Quelquefois le repas était suivi de promenadeSjj telles que Socrate ou Platon en faisaient avec leurs disciples. Le témoin de qui nous tenons ces détails se rappelle avoir été conduit par Laromîguière au fameux cercle d'Auteuil^ où se réunissaient auprès de Cabanis les sages de la Révolution, les amants malheureux de la philosophie et de la liberté : J.-M. Chénier, Andrieux, Daunou, Ginguené, Benjamin Constant.
Le souvenir des conférences de Laromiguîère appelle celui de M. Mourre, préfet des études de ce temps-là, qui seconda l'entreprise de l'illustre philosophe.
M. Mourre fut le frère du baron Mourre, procureur général à la Cour impériale, puis à la Cour de cassation. Il s'était consacré à l'instruction publique, après avoir étudié la médecine. Il fit son chemin dans l'Université, devint inspecteur de l'Académie de Toulouse sous les Bourbons, et déploya dans l'exercice de ses fonctions le zèle d'un partisan déclaré de l'ancien régime. Mais tels n'étaient pas ses principes à
répoque où il fut employé à Sainte- Barbe* Tout au contraire, le dix-huitième siècle n'avait point alors de plus fervent disciple.
M. Mourre s'ëiait approprié avec une parfaite intelligence ce qu'il y avait de bon dans les systèmes d'éducation^ avant et depuis la Révolution ; lui-même il apportait une foule d'idées et d'expédients à lui dans la pratique de l'enseignement^ de sorte que pour le perfectionnement des études, il ne reculait devant aucune nouveauté.
il se distingua surtout par des leçons de littérature aux rhétoriciens. L'une de ses inventions fut de faire corriger par ces jeunes gens eux-mêmes les devoirs qu'il leur donnait. Chacun devait écrire sur la composition d'un de ses condisciples, qui lui était soumise, ses propres remarques, développées et coordonnées à la façon d'un article de critique. L'ordre de mérite était assigné d'après le talent déployé dans les deux épreuves, composition et correction. La courtoisie comptait pour Tune des qualités de la seconde.
Les mêmes leçons furent employées à corriger le mode vicieux de récitation qui régnait déjà d^uis un temps immémorial dans les écoles^ Le professeur exigeait que des apprentis dans l'art oratoire sussent mettre à ce qu'ils disaient le ton et l'accent convenables. Ce fut un premier essai que Sainte-Barbe vit reprendre plus tard sur une plus grande échelle^ ainsi que nous le montrerons en son lieu. M. Mourre était bon maître en cette partie, car il lisait et disait à merveille. Il jugea utile de joindre à ses préceptes l'exemple des grands acteurs de Tépoque. Plus d'une fois il conduisit dans ce but ses élèves au Théâtre*
Français; et de peur qu ils ne perdissent de vue Tintention du plaisir qu il leur procurait, il voulait qu'au retour ils lui fissent des comptes rendus critiques de la représentation.
En toute occasion il s'étudiait de la sorte à exerc^er le jugement, en même temps qu'il éveillait l'intelligence. L'annonce du cours de philosophie revenait sans cesse dans ses entretiens. H dépeignait cette science comme quelque chose de divin, et avec; un enthousiasme si sincère, qu'il enflammait du désir de la connaître tous ceux qui l'entendaient parler. Laromiguière, qui était son ami, se fit un plaisir d'entreprendre des jeunes gens dont l'esprit était si bien' préparé.
Avant les conférences de littérature par M. Mourre, il y en eut du même genre par l'abbé de Cournand. On disait l'abbé de Cournand comme on disait l'abbé Delille, quoique tous les deux eussent non-seulement renoncé à la profession ecclésiastique, mais contracté mariage. L'un et l'autre étaient professeurs au Collège de France dès avant la Révolution ; mais là ne se bornait pas la conformité. Pendant la moitié de sa vie;; M. de Cournand s'évertua à être le rival de Delille, jusque-là qu il fit aussi mie traduction en vers des Géorgiques. Lui seul méconnut son infériorité. On raconte qu'à une distribution de prix de Sainte-Barbe, le professeur qui prononçait le discours ayant fait une allusion flatteuse au talent de Delille^ M. de Cournand prit cela pour lui, et en remercia l'orateur. Cette foi robuste en soi-même, dont on pourrait hiultiplier les traits, fit souvent rire à ses dépens. Néanmoins la re- . connaissance des services qu'il avait rendus à beaucoup
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d'hommes de lettres, menacés par. le gouvernement révolutionnaire, soutint tant qu'il' vécut sa réputation de littérateur. 11 aimait fort M. de Lanneau et Sainte- Barbe; c'est lui qui forfna la bibliothèque que possédait autrefois le collège, et il ne dédaigna point pendant un temps de joindre à ses titres celui de bibliothécaire de Sainte-Barbe. Ses trois fds, Timoléou^ Périclès et Thaïes j furent élevés dans notre collège. Nous aurons plus loin l'occasion de parler de l'un d'eux.
M. Mourre eut pour les leçons qu'il donnait à nos rhétoriciens un digne successeur en la personne de M. Gratiane, agent de change ruiné, qui, heureuseqient pour lui, avait commencé par l'enseignement, et s'était senti capable de s'y remettre sur le tard. Ses anciens services lui valurent en 1 809 le titre de docteur es lettres. L'Université, au seuil de laquelle il voulut rester, l'envia à Sainte-Barbe. C'était un méridional, pétillant d'esprit, toqjours neuf dans ses leçons, et qui ne laissait pas l'attention des jeunes gens se relâcher un seul instant. L'une de ses manières de faire était renouvelée du seizième siècle. Il proposait en classe le développement d'un sujet pris dans un auteur. Les élèves^ successivement interrogés, indiquaient, chacun selon son sentiment, les traits à introduire, les expressions et les tours à employer;* puis en faisant le choix de ce qui avait été suggéré de mieux, le professeur composait une forme avec laquelle il comparait la forme fournie par le modèle. Quel exercice plus fructueux que celui-là pour donner l'élan aux esprits, et pour les instruire dans l'art si difficile de travailler ?
Le meilleur professeur peut avoir ses petits travers.
M. Gratiane était un élégant, plus entendu qu'il ne convient dans sa (frofession aux choses de la toilette. Il composa un cosmétique qui fit, sous le nom d*eau de Ninon^ la fortune d'un parfumeur de Paris. L'inventeur, dans son désintéressement, ne s'était pas réservé d'autre profit que l'avantage d'un bon diner par semaine. On riait de cette aventure, mais pas devant lui, parce qu'il savait commander le respect. Il mourut en 1813, professant toujours à Sainte- Barbe.
Un souvenir qui est resté vivant dans la mémoire des anciens barbistes est celui d'un cours spécial, où les principes du français étaient exposés, comparativement avec ceux du latin. Lés jeunes gens qui ont été poussés dans les études classiques avant d'avoir une connaissance suffisante de leur lailgue ne sont pas rares aujourd'hui ; ils étaient encore plus nombreux il y a soixante ans. C'est pour ceux-là que fut créé l'enseignement dont il s'agit^ Le directeur du collège en réserva la partie principale pour lui-même, et il sut y mettre tant d'attrait que les élèves de toutes les classes demandaient comme une faveur d'être admis à ses leçons.
Pour la répétition du cours de physique et de chimie des Écoles centrales. Sainte- Barbe posséda un cabinet d'instruments et un laboratoire. M. Thillaye, de l'École de médecine, faisait les démonstrations. Les élèves furent soumis, de même que pour la philosophie, à répreuve des thèses publiques. Ces exercices restèrent attachés après l'an XIII au cours de mathématiques spéciales, qui dès lors exista de fait, sinon par les termes, car la division factice des matières d'enseignement, qui a scindé les mathématiques en spéciales et
en élémentaires^ s'introduisit d'elle-même par la tyrannie des programmes d'admissions à l'École polytechnique. Les règlements la consacrèrent ensuite.
L'admission aux écoles spéciales devenue le souverain régulateur de l'instruction secondaire ^^ns la parlie des sciences exactes, tel fut le premier symptôme da mal dont les études souffrent tant aujourd'hui. Toutefois, si l'enseignement par sa distribution visait d'une «manière trop exclusive à l'utilité, la doctrine des maîtres en présence desquels était placée la jeunesse n'exagérait pas cette tendance. Loin de là : M. Landry, professeur du Prytanée, qui le fut en même temps de Sainte-Barbe jusqu'à la séparation des deux établissements, MM. Chauveau et Pommiés, qui se partagèrent sa succession en 1803, étaient des esprits distingués et extrêmement cultivés, à qui la pratique de l^enseignement des sciences exactes n'avait fait perdre ni le goût des lettres ni l'habitude de philosopher. Il y avait toujours place dans leurs leçons pour les idées générales et pour les aperçus comparatifs, de telle sorte que les mathématiques n'apparussent à l'esprit de leurs jeunes auditeurs que pour ce qu'elles sont dans le vaste domaine de l'esprit humain. La doctrine de la spécialisation prématurée des connaissances aurait trouvé chez tous ces professeurs de solides adversaires, s'ils avaient vécu assez longtemps pour l'entendre prêcher. Nous n'en voulons pour preuve que ce passage d'un discours prononcé par M. Landry à la distribution des prix du lycée Impérial en 4807:
ic L'éducation publique ne forme des hommes pour aucune profession en particulier. Ce ne sont point des m 5
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orateurs, des poêles, des philosophes, des savants qu'on attend de nous. Lorsque nos élèves sortent de nos mains, ils trouvent d'autres écoles, d'autres leçons, d'autres études à faire, qui les disposent d'une manière spéciale à, l'état qu'ils embrassent. Nous sommes quittes envers les familles, quand nous pouvons leur répondre : Vos enfants ont profité de nos soins ; ils sont capables de réussir dans ce qu 41s entreprendront. Nous sommes quittes envers la société, (|uand nous pouvons lui dire : La jeunesse qui nous a été confiée promet de bons citoyens et des hommes qui sauront se rendre utiles. »
Puis, s'adressant aux jeunes gens eux-mêmes^ M. Landry ajoutait : « Lorsque vous aurez choisi un état, il faudra bien, pour réussir, que vous adoptiez un ordre de travail pour ne plus le quitter ; mais tant que vous serez élèves, évitez toute préoccupation exclusive. 11 y a des connaissances qu'il n'est plus permis de n'avoir pas, et qui doivent nécessairement faire partie de la provision que vous amassez pour la vie. »
Ces idées étaient celles de tous les mathématiciens, il y a cinquante ans. Lacroix, dont plusieurs de nos barbisles reçurent les leçons pendant qu'il fut attaché à l'École centrale des Quatre-Nations, les fit entendre dans sa chaire, avant de les développer dans son Essai sur renseignement. Un illustre disciple de cette grande école, feu Poinsot, ne pensait pas autrement. Il s'exprima en ce«sens,aveb sa finesse hatiituelle, dans plusieurs visites dont il honora notre collège, lorsqu'une division spéciale y fut créée pour l'étude des sciences.
Il est bon de remarquer que M. Cliauveau, qui a
été nommé tout à l'heure , était frère de Cbauveau- Lagarde, et, de même que celuÎK^î , «ancien barbistede la Communauté. Professeur en l'Université de Paris , il enseignait les mathématiques à Mazarin lors de la fermeture de ce collège, et il les enseigna depuis à l'École centrale de Chartres. Quant à M. Pommiés , plus jeune que M. Chauveau , il terminait ses études juste au moment que les études cessèrent. Tous deux furent appelés au lycée Napoléon dès 1 804 ; ils y professcyent simultanément, tout en continuant leurs leçons à Sainte-Barbe. Celles de M. Pommiés ne finirent que par sa mort, arrivée en 1827.
Notre collège, forcé de subir la division ofTicielle des études scientifiques , chercha et réussit à se distinguer par le nombre des élèves aspirants aux écoles qu^il faisait recevoir. Dans un mémoire adressé à Fourcroy le T*" janvier 1808, M. de Lanneau exposait que, depuis le commencement du siècle , il n'y avait pas d'année que sa maison n'eût donné quatre i cinq et six élèves à l'École polytechnique. En quatre ans l'École impériale de Fontainebleau en avait reçu plus de soixante, «lesquels, ajoutait-il, le commandant m'a dit à moi-même s'être assez distingués pour qu'aucun ne soit sorti sans avoir un grade. » Ces résultats étaient considérables par rapport au nombre des sujets présentés par la maison.
Les classes de latin établies dans l'intérieur du collège pour le plus grand nombre des élèves , c'est-à- ^ire pour ceux qu'on n'espérait pas de voir briller aux écoles publiques , ces classes si recommandables par les services qu'elles rendirent aux familles, furent confiées dès l'origine à des maîtres habilement choi^
sis. C'est dans le personnel des Écoles centrales et des lycées, parmi les hommes qui avaient une longue pratique de l'enseignement, que le directeur dé Sainte- Barbe alla chercher de préférence ses professeurs. Nommons les plus distingues :
M. Arrachard, qui avait occupé la chaire de grammaire générale à l'École centrale du Morbihan, et qui obtint celle d'éloquence au lycée de Rouen en 1 805 ; M. Mérandon, professeur de grammaire générale aussi à l'Ecole centrale de Saône et-Loire, ancien chanoine d'Autun , qui avait partagé la bonne et la mauvaise fortune de M. de Lanneau en 93 et 94; MM. Manget , de l'École du Calvados , et Lartois , de l'École de l'Eure*, ce dernier reçu à Sainte-Barbe sur les vives recommandations de Fourcroy, qui n'avait pas réussi à le placer dans un lycée; M. Millon, de l'École du Panthéon , puis du Lycée Napoléon et enfin de la Faculté des lettres, barbiste d'avant la Révolution, exbibliothécaire du prince de Condé, correspondant de Voltaire et du grand Frédéric dans sa jeunesse, trèsattaché à Sainte -Barbe, et qui protesta par ses assiduités auprès d'elle contre les mauvais procédés de plusieurs de ses anciens condisciples; M. Létendart, de l'École des Quatre-Nations, puis du Lycée Napoléon, ancien élève de Montaigu, professeur accompli, au sujet duquel il n'y a que deux mots à dire pour rendre le sentiment des élèves qui passèrent sous lui : admiration et adoration; M. Caura, professeur du Piessis avant et pendant la Révolution, élève brillant de l'ancienne Sainte-Barbe , entièrement dévoué à la nouvelle , décoré du titre de docteur es lettres sous l'Empire, et de la croix de la Légion d'honneur en 1829;
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M. Roux, ancien principal du collège de Chàtillon; en-Dombes; M. Martin^ sur lequel nous nous arrêterons MU instant , parce qu'il fut un compagnon de la jeunesse de M. de Lanneau, et qu'il resta toute la vie son ami le plus intime.
Ils s'étaient connus sous l'habit de thëatin, et avaient secondé ensemble , comme vicaires épiscopaux , l'évêque constitutionnel de Saône-et-Loire. Le collège d'Âutun, maintenu en 1793 par leur concours, fut l'un de ceux qui eurent l'avantage, exceptionnel de subsister jusqu'à l'établissement des Écoles centrales. M. Martin prit domicile et racine à Saiote-Barbe dès la fondation. N'ayant d'autre ambition que de se rendre utile à l'ami dont il était le fidus Jlchates , il se chargea tour à tour des fonctions les plus diverses, selon le besoin des circonstances. Associé d'abord à la conduite du collège avec le titre de sous-directeur , il fit ensuite la classe de quatrième , puis devint préfet des études du Grand-Collège. C'était la vertu même et l'homme du monde le plus inoffensif. Il fallut néanmoins le mettre à l'écart pendant quelques années, pour le soustraire aux vengeances de la Restauration. Il prit plus tard la surveillance du Petit-Collège , et la conserva jusqu'à la mort de M. de Lanneau, à qui il eut le chagrin de survivre.
Tant qu'il fut permis de croire à la durée du régime des Ecoles secondaires, les instituteurs entendus à leur profession s'occupèrent de former les maîtres par qui ils seraient aidés plus tard. Us confiaient dans cette vue la conduite des basses classes à ceux de leurs meilleurs élèves qui annonçaient du goût pour Tenseignemeùt. Aussi bien les professeurs des Écoles centrales
avaient la plupart institué des exercices d'interrogation, où les auditeurs les plus avancés de leur cours remplissaient à l'égard des autres l' office de moniteurs, et ces jeunes gens étaient ceux qu'ils désignaient^ lorsqu'on leur demandait quelqu'un pour donner des répétitions. M. de Lanneau, on le pense bien, ne fut pas le dernier à essayer cet emploi des jeunes talents : c'était la pratique de l'ordre religieux auquel il avait appartenu; c'était aussi la tradition de l'ancienne Sainte- Barbe. Dès l'an IX, il chargea de professer la géographie aux commençants un brillant lauréat dé son collège , qui achevait ses études à la fois au Prytanée et à l'École centrale du Panthéon , le jeune Hoguer, depuis chef de divisioq au ministère de l'Intérieur.
Varner, qui a composé, en collaboration avec Scribe et d'autres, tant de jolies pièces qu'on joue encore , le Mariage de raison ^ le Plus beau jour de la vie^ le Précepteur dans [embarras ^ etc., Varner débuta de même que M. Hoguer. Tout chargé des palmes du concours général de 1805, il fut préposé à l'instruction àe% premiers élémentaires ou écoliers de septième. La conscription vint le relever de ce poste en 1808. Ce fut un si grand chagrin pour ses élèves, que les pauvres enfants se cotisèrent pour lui acheter un homme. L'un d'eux, dont le père était dans le haut commerce de la boucherie, souscrivit pour un bœuf : passe encore pour celui-là ; mais les autres n'avaient à offrir que les petits sous de leurs menus plaisirs, et c'est cinq ou six mille francs qu'il aurait fallu. Varner fut dragon. Par les démarches actives de M. de Lanneau, il passa dans l'administration militaire. Rendu à la vie civile parle licenciement de la grande armée, il obtint un
emploi à lâ préfecture de la Seine. C'est alors qu'il chercha dans la littérature une augmentation au modique traitement qui le faisait vivre. Cet homme réservé , timide , qui se tenait toujours derrière les autres, fit preuve de beaucoup d'initiative et de courage lors de l'invasion du choléra en 1 832 : on s'en souvient à l'Hôtel-de- Ville. Il s'était déjà révélé de la sorte à la retraite de Moscou. Il mourut en 1854 ^ sans laisser d'autre fortune à ses héritiers que la mémoire de ses succès dramatiques et d'une vie exemplaire. La dernière lettre qu'il écrivit fut un adieu plein de reconnaissance pour les soins que Sainte-Barbe lui avait donnés autrefois, et pour ceux qu'elle donnait alors à son petit-fîls.
Revenons à l'idée de faire du collège lui-même la pépinière de ses professeurs. Il y fallut renoncer bientôt. L'Université impériale, après avoir délimité le rôle de chacun dans l'enseignement, se réserva à elle seule de former et de fournir le personnel. Il n'est pas jusqu'à l'emploi de répétiteur qui ne fût soumis à tant de formalités, que la plupart des jeunes gens qui désiraient auparavant s'essayer pour cet exercice n'y songèrent plus.
Dans la donnée de l'enseignement mixte, qu'aujourd'hui l'on appelle improprewenX professionnel^ Sainte- Barbe fit ses essais dès le temps de la République. Elle eut en Pan XII une classe de commerce et une classe pour le dessin d'architecture et le levé des plans. Nous laissons à part le dessin de la figure, dont rétude y fut organisée en l'an IX par le sculpteur Boichot, de l'ancienne Académie royale, et dirigée ensuite par le peintre Debret : cet exercice fit partie, à
toutes les époques, de l'enseignement général de la maison. Les destinées des deux autres créations plus spéciales ne furent pas brillantes. La classe d'architecture n'eut pas de durée ; celle de commerce se maintint pendant trente ans sans avoir produit de résultats dont on puisse parler. Tout de suite se révéla Tinconvénient qu'il y a à réunir plusieurs cultures sur un même sol. On vit se former dans la population du collège une caste,inférieure, que les autres appelaient par risée \e% pas -latins y et qui ne parvint jamais à se relever dans la considération .
C'est le seul essai d'enseignement où M. deLanneau n'ait pas réussi. Lui, néanmoins, attribuant son peu de succès aux conditions dans lesquelles il avait été obligé d'opérer, persista à croire qu'il y avait place, au-dessus de l'école primaire, pour un genre d'instruction qui ne serait pas celle du collège. Il y réfléchit plus d'une fois, et ses méditations sur ce sujet profitèrent plus tard au fondateur de l'École qui est aujourd'hui le collège Chaptal. Nous reviendrons sur l'origine de cet établissement.
Les enfants pauvres du 12® arrondissement furent aussi l'objet de la sollicitude du Directeur de Sainte- Barbe. En 1803, il ouvrit en leur faveur une école gratuite, qu'il entretint à ses frais et dont il fit une annexe de son collège. Ce fut un grand bienfait, eu égard à l'état de l'instruction primaiie, qui se trouvait pour ainsi dire abolie au commencement du siècle actuel. Après avoir été l'objet d'une infinité de lois, facilement votées, mais jamais exécutées, une dernière l'avait mise à la charge des communes, et les conmiunes l'abandonnèrent à l'industrie privée. Dans les plus
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grandes villes, même. à Paris, il n*y eut plus que des écoles payantes, fermées par conséquent au plus grand nombre. On était si étranger à Tidée d'instruire la multitude, qu'en 1 801 un citoyen du 1 0* arrondissement de Paris ayant contracté l'engagement de fournir l'argent nécessaire à l'entretien d'une école gratuite pendant trente ans, le maire et lès adjoints qu'il avait choisis pour arbitres de sa fondation, au lieu d'en faire goûter le bienfait au gros de la population, décidèrent la création d'un pensionnat pour douze jeiojes "^x filles*.
M. de Lanneau comprenait mieux que cela les besoins du peuple. Dans le plus fort de la Révolution, il entretint avec une constante sollicitude l'instruction primaire à Autun. À Paris, il ne put pas supporter la vue du vagabondage des enfants dans les rues qui avoisinaient Sainte- Barbe. Sur l'emplacement de l'ancienne église Saint-Symphoriei), dans la rue desChienis, qui par ses démarches allait bientôt s'appeler la rue Jean- Hubert, il loua un local où il réunit soixante petits garçons, qu'il confia aux soins d'un ci-devant frère de la Doctrine chrétienne. Lui-même exerça la surveillance supérieure de cette école; il y allait faire les examens et décerner les récompenses. L'ensergnement fut distribué de manière à ne pas retenir les élèves plus de deux ans. Une bien belle récompense était proposée aux deux premiers parmi les sortants de chaque année : ils étaient admis à faire leurs études gratuitement dans le collège.
L'école gratuite de M. de Lanneau, considérée du