‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 2)Chapitre 18 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Hostilité contre Sainte-Barbe. — Les anciens barhistes de la rédaction du Journal des Débats, — Banquet de l'an IX. — Banquet de 1807. — Vers latins de Lemaire. — Diffamation dans les journaux. — Sainte-Barbe vengée par les jeunes Vatout et Ville main. — Arrêté ministériel en sa faveur.

On était en l'an de grâce. 1807. Il y avait près de dix ans que Sainte- Barbe, relevée de ses ruines, j)rospérait et tenait le premier rang parmi les maisons d'éducation, non-seulement de Paris, mais de la France entière, lorsque surgit une concurrence très-ardente, très-tenace, qui devait plus tard appeler à*son aide la fureur des passions politiques et une odieuse persécution. Comme c'est ici le commencement de la lutte qui formera le principal épisode dans l'histoire moderne de notre collège, comme l'événement de 1 807 a été la semence d'où leva une moisson de douleurs pour M. de Lanneau, et comme il est aussi la pre-

mière cause de la splendeur où se trouve porté aujourd'hui rétablissemeut qu'il a fondé, nous retracerons les faits dans tout leur détail, en les prenant à leur origine.

Aussitôt que le nom de Sainte-Barbe commença à reprendre faveur^ on vit le:^ anciens élèves de la Communauté témoigner à Penvi, mais avec des sentiments divers, leur attachement pour ce nom qui était resté cher à tous. Ceux-ct s'empressèrent de mettre leurs enfants chez M. de Lanneau, ceux-là prirent du service sous ses ordres; d'autres, au contraire, affectèrent d'établir une ligne de démarcation entre Tancienne Sainte-Barbe et la nouvelle. Ce dernier sentiment fut celui des barbistes attachés à la rédaction du Journal des Débais,

Nous avons déjà eu l'occasion de dire*que làse trouvèrent réunis, après la Révolution, les abbés de Féletz et Mutin, Henri NicoUe, Duvicquet, Dussault, les bonnes plumes du parti monarchique, et en même temps la fleur de la génération qu'avaient enivrée les prix obtenus sous l'abbé Nicolle. Ces messieurs ne s'étaient pas quittés depuis le collège ; ils avaient vécu entre eux. Mécontents de tout ce qui se passait, ils s'étaient consolés, ou attristés, en conversant de leur enfance, de leurs succès, de leurs maîtres. Leur enfance avait été la fin du bon temps; leurs succès, les plus prodigieirs dont eussent jamais retenti les concours, et leurs maîtres, des hommes comme on n'en reverrait plus. Ils se tenaient de bonne foi pour les derniers Français qui eussent été bien élevés, et, dans leur opinion, le

i. Tomell, p. 409,

nom de leur berceau s'était attaché à leur personne. Ils étaient Sainte-Barbe.

Ce n'est pas qu'ils ignorassent que le nom de Sainte-Barbe n'avait été qu'un nom d'emprunt pour la Communauté. Ils avaient eu la confidence des tracas de Joseph Planche, poursuivi par la vraie Sainte- Barbe, la Sainte-Barbe propriétaire, pour acquitter les dettes que n'avaient pas payées les derniers supérieurs de la Sainte-Barbe locataire. Ils savaient cela dans un détail que les actes ne peuvent plus nous apprendre; mais ils savaient aussi dans quel profond oubli la Révolution avait enseveli toutes les choses/ même celles de la veille. Comme Sainte-Barbe, collège, et Sainte-Barbe, communauté, avaient toujours été confondus parle public, et qu'ils s'étaient adjugé le profit de cette erreur, c'était pour eux un chagrin mortel d'entendre un nouveau public dire toujours Sainte- Barbe, et jamais le Collège des Sciences et des arts, lorsqu'il s'agissait de l'établissement de M. deLanneau. C'est pourquoi , grossissant leur nombre de ceux de leurs condisciples du Plessis avec qui ils étaient restés unis d'amitié, ils préparèrent une manifestation pour le 4 décembre 1800.

Avant la Révolution, les anciens élèves de la Communauté présents à Paris avaient coutume de se réunir le jour de sainte Barbe, pour diner ensemble, soit à Sainte- Barbe même, soit à la maison de Gentilly. Ils se soumettaient à l'ordinaire des écoliers, lesquels étaient régalés ce jour-là de dindon rôti, de salade aux betteraves et de pommes cuites. Des vers latins ou français complétaient le menu. On chantait la gloire du collège, et Ton s'égayait par les souvenirs.

C'est cette fête de famille, interrompue depuis dix ans, que les rédacteurs des Débats eurent l'idée de rétablir, mais hors des murs de Sainte- Barbe. Us firent seniblant d'ignorer qu'il y eût encore une Sainte- Barbe, que le dindon traditionnel y fumât de nouveau au diner du 4 décembre, et que les anciens, à qui il plaisait de renouer une habitude de leur jeunesse, eussent leur couvert mis ce jour-là, non pas à la table des élèves, mais à celle du maître. Les personnes dont il s'agit n'avaient qu'un dessein, constater le décès sans résurrection de la célèbre Sainte-Barbe, et avertir le public que, de cette maison, il ne restait plus que des fils désolés et dispersés.

Le festin eut lieu chez un restaurateur, qui servit du dindon et autre chose que du dindon, car la compagnie comptait dans son sein plusieurs des belles fourchettes de l'époque. Lemaire, • qui était des invités, lut une allocution en vers latins, charmants, comme il savait les faire. C'était une imitation du discours d'Enée dans le troisième livre de l'Enéide. La péroraison fut le serment de renouveler, chaque année, la même cérémonie*. Les jours suivants, des articles écrits dans le sens que nous indiquions tout à l'heure furent servis aux lecteurs de plusieurs journaux*.

Loin de souffrir du désaveu imphcite qui lui avait été infligé par le silence observé à son égard, la nou-

\ , Vers récités par N.-E. Lemaire, ancien maître de Sainte- Barbe, à la réunion des anciens élèves de cette maison le i 3 frimaire, an IX (4 décembre iSOO), 4 pages in-8.

2. Journal des Débats du 15 frimaire an IX; Décade philosophique de Tan IX, deuxième trimestre, p. 243.

velle Sainte-Barbe ne fît que croître et multiplier ; et comme Tappel de Lemaire resta longtemps sans avoir de suite, elle put croire que son prodigieux succès avait désarmé la prévention. Elle goûtait donc tranquillement les fruits de la considération publique, 'lorsque le récit d'un nouveau banquet lui dévoila, en 1807^ tout un plan de campagne dirigé contre safe fortune ej contre sa réputation. Cette fois, l'attaque cessa d'être indirecte. Voici par quelles circonstances elle fut amenée :

Parmi ceux qui fréquentaient là société des Débats^ l'un des pluâ assidus était Joseph Planche. Ce vieux barbis^e d'avant la Révolution , que nous avons vu se lancer dans la vie politique après la chute de Robespierre*, s'en était retiré depuis le 1 3 vendémiaire, qui lui causa du désagrément, car il commandait ce jour-là l'une des compagnies de la garde nationale, qui furent si rudement menées par le général Bonaparte. Planche travailla à se faire oublier, en reprenant son ancien métier d'instituteur, qu'il exerça sans bruit; puis, en l'an VII, il se fît inscrire parmi les citoyens tenant pension de jeunes gens à Paris. Son établissement était situé rue Neuve-Sainte-Geneviève; il acquit assez d'importance pour être porté, en 1803, au nombre des Écoles secondaires. On dit qu'il contenait alors une soixantaine d'élèves. Il y avait de l'argent à gagner avec cela ; mais le chef, trop étranger aux choses de ce monde pour être un administrateur diligent, ne sut pas profiter dé la veine. Loin de là : ses affaires prirent une si triste tournure, qu'il

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