CHAPITRE VII
Origine du collège de Reims. — Sa destruction et sou rétablissement au quinzième siècle. — Son enseignement. — Sa mauvaise administration. — Faits mémorables qui s*y sont passés. — Relations de Reims et dç rancienne Sainte-Barbe. — Installation de la division des plus jeunes élèves de M. de Lanneau. — M. Massin.
Un archevêque de Reims, nommé Gui de Roye, se rendant au concile de Pise en 1409, voulut s'arrêter dans la petite ville de Voltri, près de Gênes. Comme if entrait, on vint le prévenir que le maréchal de sa maison, qui Tavait devancé pour préparer les logements, était engagé dans une lutte terrible avec les autorités du lieu. Il accourut pour mettre le holà. Les épées étaient tirées et frappaient sans discernement. Le prélat fut atteint d'un coup mortel. Lorsqu'on ouvrit son testament, on vit qu'il avait disposé d'une partie considérable de ss^ fortune pour fonder un collège à l'usage des élèves de son diocèse, qui iraient étudier en théologie à l'Université de Paris.
Les jeunes gens qui étaient intéressés à ce legs se réu« Dirent aussitôt afin d'en poursuivre Texécutiou. Ils se donnèrent pour chef et représentant le célèbre Jean Gerson. Ce docteur les constitua en communauté^ et leur fit acquérir, en 1 41 2, le spacieux hôtel, alors abandonné, que les premiers ducs de Bourgogne avaient habité sur le revers septentrional de la Montagne ^.
Le nouveau collège éprouva d'une manière cruelle la rigueur des révolutions au début desquelles il prit naissance. La communauté des clercs rémois, accusée de n'être qu'une bande d'Armagnacs, fut pourchassée et dispersée en 1418. Non-seulement les études cessèrent à Reims, mais les titres de la dotation de Gui de Roye périrent, et la plupart des fonds qui la composaient furent usurpés. Les recherches auxquelles on se Uvra vingt-cinq ans plus tard ne permirent pas de recueillir autre chose que deux maisons situées au faubourg Saint-Marceau. Charles VII, à l'instigation de Gérard Machet, son confesseur, qui avait été l'un des clercs enrôlés autrefois sous la conduite de Jean Gerson, réunit ces débris à ceux d'une autre fondation champenoise, qui existait depuis le xiii'' siècle dans la rue des Cordiers, sous le nom de collège de Rethel, et ainsi se forma un second collège de Reims, moins riche que le premier, qui se maintint depuis sous la tutelle des archevêques de Reims *. On ne sait pas le nombre des bourses qui y furent fondées d'abord. Pour être admis à ces bourses, il fallait être
1 . Dtt Boulay, Historia Vniversitatis parisiensis, t. V, p. 202 j Dubreul, Théâtre d«s atitiquitez de Paris, p. 528.
2. Dubreul, p. 733 ; Archives de l'Efiapîre, Titres domaniaux d«i collège de Reims, S. 6559.
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clerc tonsuré, et pourvu au moins de l'instruction d'un élève de secondé dans les autres collèges. Cela ne prouve pas cependant qu'il n'y ait jamais eu à Reims déclasse inférieure à la rhétorique. Guillaume Cathelineau d'Angers, qui composa une grammaire pour l'instruction du dauphin François, fils de Henri II, s'était préparé à ce travail en professant au collège de Reims les éléments du latin * ; mais il est certain que le seul enseignement par lequel ait brillé cette maison fut celui de la philosophie.
Atteint, aussi bien que Sainte-Barbe, par la ruine qui fut la suite des guerres de religion, le collège de Reims se releva à deux reprises, sous Henri 111 et sous Henri IV. Il dut ces deux restaurations passagères à la diligence de son principal, Jean Morel, ami d'Edmond Richer et collaborateur de celui-ci dans l'entreprise qui consista à faire renaître l'Université de ses cendres*. Ce Jean Morel s^associa avec le principal du Mans, son voisin, pour former par la réunion de leurs deux établissements un collège de plein exercice ^ Les basses classes se firent au Mans, Reims fournit l'enseignement supérieur, et les deux maisons furent mises en communication par une galerie de traverse que l'on construisit sur la rue Chartière*. Cet état de choses
1. Gulielmi Cathelinei Andini grammaticas latinx libri II ad Delphinum. In-4°., Paris, 1554.
2. Richer, Historia Aaidemias parisiensis {Ms, de labibl. impériale, suppl. 1. n. 64), t. IV, 1. 1.
3. Le nom de ce collège était, en 1584, Bhemorum-Cenomànnum. Registre des procureurs de la nation de France, Ms. de la bibl. Mazarine, H. 2682 a, fol. 143. Cf. Ibid. fol. 95 et 102.