Félibien
2. Mémoires de Louis Legendre, abbé de £lair fontaine, 1. Vil, à l'an 1729.
Si Reims ne brilla jamais de la splendeur d'un grand collège, il eut néanmoins sa célébrité^ et ne cessa jamais d'être affecté à Fétude. L'opinion de Legendre sur la beauté du lieu fut celle de tout le monde dans l'ancien temps. Les logements étaient réputés appartements de princes au xv® siècle. Dévastés par les émeutiersdu parti bourguignon en 1418, on les restaura peu de temps après pour y loger les religieuses de Poissy, qui étaient venues chercher un refuge dans la capitale^ Si, comme on a lieu.de le conjecturer, c'est dans cette communauté que se retira sur ses vieux jours la célèbre Christine de Pîsan, le collège de Reims serait le lieu d'où cette femme poète et patriote salua de ses vers l'avènement de Jeanne d'Arc •.
Après avoir été diminué, par la création du collège Coqueret, de tout ce qui avait formé les communs de l'hôtel de Bourgogne, le collège champenois resta encore l'un des grands emplacements de l'Université. II s'étendait de la rue des Sept- Voies àlarueChartière, et contenait entre ses bâtiments une longue cour bordée d'arbres. Les savants de la Renaissance comparaient cela aux jardins d'Acadème ou au Lycée d'Athènes. Quiconque était admis à faire un cours extraordinaire dans l'Université ambitionnait là faveur d'obtenir la grande salle de Reims. Le corse Justiniani, appelé en France par François 1", y donna des leçons publiques d'hébreu et d'arabe, et l'introduction à la grammaire de Moïse Kimahi, imprimée en 1 520 par le
i. Registres des Gens de Sainte-Geneviève, aux Archives de PEmpire, S. i628 eti629.
2. Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite la Pucelle, t. V, p. 3.
il4 HISTOIRE
même orientaliste, est datée du lycée de Reims*. Sous Charlies IX on alla y entendre Minos (Claude Mignault) commentant le Théagène de Platon*. Là aussi furent professés pendant très-longtemps une partie des cours du Collège Royal (Collège de France), qui n'eut pas d'abord de donjicile à lui. On voit cela par plusieurs des harangues de Denis Lambin. Il est probable que Théodore Marcile et Pierre Valens (Starck de Groningue), autres professeurs royaux qui logèrent dans ce collège du temps de Henri IV, y firent encore des leçons'.
Au rapport de Dubreul, le collège de Reims fut incendié le 9 octobre \ 550 *. Le dégât dut être bientôt réparé, car en 1 552 on y donna, en présence de Henri II et de sa cour, la première représentation d'une tragédie et d'une comédie de Jodelle , toutes deux en vers fran* çais. C'était Cléopdtrecaptwe et Eugène ou la rencontre. Le théâtre fut dressé dans la cour ; des jeunes gens de qualité s'étaient chargés des rôles. Le roi témoigna la satisfaction que lui causa ce plaisir nouveau, en faisant compter à l'auteur une somme de 500 écus d'or *.
Quantité de personnages marquants ont habité celte maison. Aux noms qui viennent d'être cités, ou qui l'ont été auparavant dans le cours de cette histoire, ajoutons celui du célèbre théologien Claude d'Es-