‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 2)Chapitre 40 sur 108 · Moniteur du 4 septembre · texte numérisé non relu

Moniteur du 4 septembre

les irîngt-cînq ans de révolte. A la violence des récriminations et des dénonciations qui Turent les premiers fruits du nouveau régime, aux tendances rétrogrades qui marquaient tous les acteis du pouvoir, le directeur de Sainte-Barbe jugea que, s^il voulait soustraire sa maison aux atteintes du parti royaliste, il était prudent de mettre sa personne à l'écart. Déjà on tenait de cruels propos sur son compte, déjà il était l'objet de toutes sortes de vexations. Il crut eh voir une dans une mesure de rigueur que prirent contre lui les bureaux de l'Université.

L'Université impériale, violemment attaquée dans le parti vainqueur, avait dû provisoirement son maintien à la difficulté de satisfaire trop de prétentions rivales. Les subalternes, dans leur zèle, s'employèrent dès lors à tirer parti de la sévérité de ses lois pour tourmenter ceux dont le pouvoir n'était pas content. Au milieu de la détresse causée par les événements, lorscpie le collège était réduit à la moitié de ses élèves, et que, pour l'autre moitié qu'il fallait nourrir tous les jours, les recouvrements ne s'effectuaient pas, toutes les caisses étant vides ou fermées, M. de Lanneau se trouva en retard pour l'acquittement de la rétribution universitaire. C'était la première fois que cela lui arî*ivait. Il reçut néanmoîtis par le ministère d'un huissier sommation de payer, avec menace de poursuites. Jamais blessure n'atteignit plus profondément une âme délicate. Il en pleura, et il mit d'autres larmes dans la letti^ qu'il écrivit sur-le-champ au trésorier de l'Université, C'était Delauibre, le célèbre astronome.

« Je viesps de recevoir pour la première fois, lui disait^il, depuis trente ans «et quiôze jours' que je ttam 9

vaille dans rinstruction publique^ le papier des huis* siers. Non, Monsieur, je ne croirai jamais que ce soit à vous que je doive cette mortification. Vos procédés de justice et d'humanité sont trop généralement connus^ les égards particuliers dont vous tn'avez houoré quelquefois me sont trop présents, pour que je ne sois pas porté à croire qu'on a abusé de votre nom pour humilier un vétéran, à qui d'ailleurs tant de fois vos plus inexorables agents ont rendu justice sur son exactitude à s'acquitter envers l'Université. » Et après avoir exposé tout ce qui faisait son excuse dans le cas présent, et prouvé qu'il s'occupait de se mettre en règle dans le plus bref délai, il ajoutait : « Veuillez permettre que je le renvoie à son point de départ, ce papier, comme ne devant ni ne pouvant figurer dans les archives sans tache de ma maison^ »

Il ne voulut pas attendre que les coups d'épingle devinssent des coups de poignard. La combinaison par laquelle il crut sauvegarder sa maison fut de faire passer son titre dechef d'iostitution à quelqu'un de sa famille. Il venait de marier l'une de ses filles avec un jeune et brillant professeur du lycée ci-devant Impérial, alors Louis-le-Grand, M. Mouzard, qui avait remporté le prix d'honneur au grand concours de 1805, et ce gendre s'annonçait comme un digne successeun M. de Lanneau demanda l'autorisation de lui céder son établissement ; elle lui fut accordée en tout honneur par M. de Fontanes, qui était resté à la tête de l'Université. « Vos nombreux élèves, lui écrivit le grand-maître, déposent en faveur de votre zèle et dç

i) Recueil de lettres de P.-A.-Y. de Lanneau, p. 249.

•votre mérite* L'Université n'oubliera jamais les services que vous avez rendus à l'enseignement', n

Ces paroles n'étaient malheureusement pas d'un prophète, ainsi qu'on ne tardera pas à le voir.

Malgré les impatients, qui auraient voulu que d'un coup de baguette on reftt la jeunesse telle qu'elle avaii été avant la Révolution (car c'est toujours avant la Révolution que ces chimériques esprits allaient chercher leur idéal) y les écoliers de 1814 ressemblèrent beau* coup à ceux de 4813. S'ils regrettèrent médiocrement le gouvernement déchu, qui les avait un peu trop mis en coupe réglée^ ils ne ressentirent pas non plus d'a<mour pour le nouveau régime. Le plus grand changement que l'on remarqua parmi eux fut un souffle d'indépendance dont ils se montrèrent aussitôt agités. On avait remplacé les tambours par les cloches, les co* cardes tricolores par des cocardes blanches, les corn* positions à la louange de l'Empereur par des comportions en l'honneur du roi, les Te Deum des victoires par des Requiem pour les victimes de la Révolution. On s'indigna que ces nouveautés ne produisissent pas l'enthouâasme. La contrainte fut employée pour obtenir des démonstrations, et quand celles-ci ne paru* rent pas satisfaisantes, on accusa les maîtres : souvieraine injustice, car les maîtres ne pouvaient pas faire que les enfants s'éprissent tout d'un coup pour des choses auxquelles leur éducation première ne les avait point préparés. On eut beau se servir de la menace; on ne parvint point à obtenir des jeunes raisonneurs

i. Arrêté du 4 novembre 1814; lettre du 7 novembre suivant.

de collège qu ils regardassent Napoléon comme im monstre exécrable et les Bourbons comme des princes envoyés du ciel; tout au contraire, on les porta à re-» gretter la gloire dont l'Empereur avait environné la France, et à regarder d'un mauvais œil le roi qiâ était survenu à la faveur de nos infortunes.

Une ordonnance* ayant scindé l'Université en dix-* sept universités locales, gouvernées chacune par^ un conseil sous la surveillance d'un évêque, on prit cela pour l'annonce du régime monacal qui allait revenir^ et réloignement de la jeunesse pour la Restauration devint encore plus prononcé.

Ces dispositions furent cause que les établissements de l'Université saluèrent avec allégresse le retour de nie d'Elbe; et ce ne fut pas là comme dans la muU titude, où Ton vit le découragement et la froideur succéder aux premiers transports. Pendant toute la durée des Cent-jours, la jeunesse des écoles resta fidèle à Napoléon. Elle aurait voulu être appelée en masse sous les drapeaux. Lorsque Carnot organisa Tartillerie destinée à défendre la capitale, des pétitions pour y être incorporés furent envoyées par la plupart des lycéens qui avaient atteint l'âge de quinze ans. Nos baibistes firent la mênie chose à l'insu de leur chef. Celui ci ayant adressé des représentations au ministre, pour que cette demande fût au moins sou*mise à l'approbation des parents ^, le patriotisme des élèves se manifesta d'une autre façon.. Pendant l'une

Page 1