Lettre du 28 octobre
Barbe. Que de mauvaises raisons pour un homme consommé dans la pratique des affaires comme Tétait Cuvier! Pourquoi faut-il que la force du caractère n'accompagne pas toujours l'élévation du talent !
Cependant la nouyelle Sainte-Barbe/ ouverte en grande cérémonie, faisait redire son inauguration par toutes les trompettes de la renommée. Les amis de la nôtre , surpris , indignés , accoururent en foule auprès de M. de Lanneau pour lui apporter leurs conseils et leurs offresdeservice. Des articles que plusieurs d entre eux avaient écrits ayant été arrêtés par la censure, ils voulaient que Ton fit du bruit, que Ton s'adressât aux chefs de l'opposition politique, que Ton employât les dispositions particulièrement bienveillantes du général Foyetde Benjamin Constant. Peu s'en fallut que la question ne fût portée à la tribune. M. de Lanneau modéra cet emportement, il pensa que le Conseil n'avait pas dit son dernier mot ; que les membres de ce corps éminent avaient pu négliger, dans un premier examen, des considérations auxquelles la plupart d'entre eux n'é^ talent point habitués ; qu'un intérêt commercial résidait au fond du débat, et qu'en appelant leur attention de ce côté, on les amènerait peut-être à réformer leur sentence.* Dans cette pensée, il fit appel aux lumières des plus célèbres jurisconsultes du temps.
Après un examen approfondi de tous les points de fait, de droit, de jurisprudence, Dupin aîné rédigea une savante et judicieuse consultation, qu'il envoya à Sainte-Barbe, comme un témoignage de sa considération pour un établissement renommé. En terminant sa lettre d'envoi, il salua le vénérable instituteur à qui elle était adressée par ces paroles, empruntées à Quiuti-
lien : Quod majus emolumenlum rei publicœ afferre possumusy quant si erudimus juventutem^ prsesertim his temporibusl
Ijdi consultation, délibérée le 4 décembre 1821 , jour de la sainte Barbe ,fut signée de MM. Dupin, Delàcroix-Frainville, alors bâtonnier de Tordre des avocats, Gairal, Hennequin, Berryer fils et Devaux (du Cher). Trois semaines après, on en adressa uii exemplaire imprimé à chacun des membres du Conseil royal, avec une lettre, imprimée également, dont M. de Lanneau père voulut prendre encore sur lui la responsabilité, en y apposant sa signature *.
Cette dernière circonstance procura une porte de sortie au Conseil, fort embarrassé de ce qu'il devait répondre. Il décida qu'il n'y avait pas lieu de délibérer sur la réclamation de M. de Lanneau père, son fils ayant seul qualité pour faire une pareille démarche, et c'est à l'abbé Nicolle que fut laissé le plaisir de notifier à son adversaire vaincu cet arrêté, monument de son propre triomphe *.
Quoique M. Nicolle offrît courtoisement au fils de recommencer la partie d'où le père avait été écarté, ou plutôt, parce que M. Nicolle fit cette offre, MM. de Lanneau perdirent tout espoir. Ils virent un signe
1. Consultation pour M. de Lanneau père, fondateur et propriétaire administrateur de l'Institution, Maison de Sainte-Barbe. 2 feuilles in-4°, impr. de Crapelet. — Copie de la lettre adressée par M. de Lanneau père à M. le président du Conseil royal de rinstruction publique, en lui envoyant la consultation relative à Tusurpation du titre àe Sainte" Barbe par M. Henri Nicolle, directeur du collège de plein exercice, rue des Postes (25 décembre 1821); demi- feuiliein-4\ ;