‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 2)Chapitre 53 sur 108 · Arrêté en date du 8 janvier 1822, notifié le · texte numérisé non relu

Arrêté en date du 8 janvier 1822, notifié le

menaçant dans le choix de leur compétiteur pour être Tunique intermédiaire entre le Conseil et eux, el, se rappelant le billet signé Richelieu, au moyen duquel avait été clos naguère dans le sein du Conseil le débat relatif à M. Cousin, ils ne doutèrent point qu'un semblable écrit ne se trouvât encore dans la poche du rec~ teur, lorsque leur affaire reviendrait à la discussion. Ils cessèrent donc d'invoquer la justice du Conseil.

La consultation des avocats établissait la légitimité du recours aux tribunaux. On s'abstint après réflexion de s'engager dans celte voie, car, le procès gagné, comment s'en serait-on tiré avec l'administration ? Et puis quel éclat! quelle émotion au dehors! au dedans! Afin de ne pas porter là où il ne devait pas être porté le drapeau sous lequel s'abritait une jeunesse déjà trop agitée, on prit le parti de la résignation. On attendit des teilips meilleurs et le jour de la justice.

Dès lors il y eut à Paris deux Sainte-Barbe, une bonne et une mauvaise, selon ropinion des personnes; et la prédilection elle-même ne sut pas toujours discerner l'une de l'autre par le domicile. Qu'on juge par là à combien dé méprises donna lieu la force de l'habitude parmi les indifférents. Les commissionnaires et les cochers de fiacre se dirigèrent le plus souvent vers la rue de Reims, lorsqu'ils entendirent prononcer le nom de Sainte-Barbe. Des lettres importantes furent relardées dans leur marche, des personnes amenées à notre collège, lorsqu'elles se proposaient d'aller à l'autre ; puis, par un revirement subit, qu'on assura être un effet des ordres de la police, ce fut presque toujours au détriment de la Sainte-Parbe de Lanneau que les erreurs se reproduisirent.

On raconte de ce temps-là leis plus étranges aventures. Un élève, envoyé de province à M. de Lanneau, fut placé et enregistré dans rétablissementdeMM. Nicolle. En revanche, M. de Lanneau reçut la signification d'un jugement rendu contre M. Henri Nicolle pour défaut de payement de billets endossés par lui*.

Nous n'omettrons point un fait qui fut tout aussi piquant, quoique d'un autre genre.

L'abbé Nicolle, ayant réprimé l'essor de la philosophie, s'imagina mettre désormais cette science en brassière, s'il la forçait, dans les collèges, à s'exprimer de nouveau en latin, selon l'usage observé avant la Révolution; et comme, en introduisant cette utile réforme, il ne voulut point passer pour un adversaire des études philosophiques, il fit adjuger au prix du grand concours pour la dissertation latine de philosophie les mêmes avantages qu'au prix de discours latin de la rhétorique. Il est ainsi le créateur du prix d'honneur de philosophie. Or le premier qui remporta cette récompense fut un élève de M. de Lanneau, le jeune Edmond de Bussierre, qui a été plus tard le baron de Bussierre, pair de France, ambassadeur à Naples, puis membre du Conseil d'administration du collège, seule dignité qu'il conserve aujourd'hui.

C'était bien le moins que la pauvre Institution- Maison-Sainte- Barbe eût de temps en temps des consolations de ce genre. Son vainqueur l'écrasait. Avec lui elle perdit non-seulement le prestige de son nom, mais le principal élément de sa force^ ses classes

i. Constitutionnel des 1*% 2 et 3 août d822; Courrier français des 2 et 3 août.

intérieures, qu'elle dut supprimer, parce que ses excuses pour les maintenir ne furent plus admises. Il ne lui resta de son enseignement propre que le cours de commerce et les petites classes des commençants.

Toutes les rigueurs d*un côté et toutes les faveurs de l'autre, du scandale, des embarras pour Tadministration des deux établissements, des tracas, des chagrins suscités à un homme digne de tous les respects, tels furent les fruits de la compétition que Fabbé NicoUe poursuivit si despotiquement, et Ton peut ajouter, si inutilement, lorsque l'on considère le résultat final ; car de tout ce qu'il avait prétendu faire, rien ne s'accomplit.

A l'entendre, il allait former son école à la ressemblance de l'ancienne Communauté : et son école fut tout bonnement un collège privilégié, avec un chef propriétaire, assisté d'un ecclésiastique, avec dès professeurs salariés, appartenant à l'instruction publique.

Il devait constituer un corps enseignant d'une doctrine particulièrement épurée : et lorsqu'il en vint à faire son choix, il ne tint compte que du mérite, de Sorte qu'il prit du monde de toutes les provenances, et que ce fut la Sainte-Barbe de la rue de Reims qui hii fournit son professeur de philosophie. Ce profes* seur, qui était M. Bouilïet, ne s'engagea au service de l'abbé qu'avec l'agrément de M. de Lanneau.

Il avait promis à la Légitimité que sa maison serait pour elle une pépinière de défenseurs r et si l'on recherche les noms des sujets qu'il eut sous lui, tandis qu'il fut supérieur, on verra que la Légitimité n'a pas plus trouvé de défenseurs parmi eux que parmi les sujets formés dans les autres maisons d^éducation.

Il s'était flatté d'asseoir sur l'association les bases d'un établissement impérissable : et son association, composée de lui et de quelques amis de collège qui ne voyaient que lui dans l'entreprise, soutenue par son argent et par des dons bénévoles, arriva si vite au bout de ses ressources, qu'après six ans d'exercice, la maison était menacée de faillite, si la ville de Paris ne Teût libérée de ses dettes et achetée pour l'exploiter à son compte.

Ainsi, il resta de l'entreprise un collège communal, pareil à tous les collèges communaux ; un collège qui brilla et brille encore par les études, mais qui n'aurait pas eu moins de succès sous un tout autre nom que celui qu'il eut d'abord et qu'il ne garda pas; un collège enfin pour la création duquel il n'était nécessaire ni de changer les lois, ni de violer le droit.

M. l'abbé NicoUe eut la douleur d'assister à la ruine de toutes ses espérances. La révolution de 1 830, pour lui sans ménagements, le relégua dans la vie privée, où la mort vint le trouver le 2 septembre 1835. Il supporta l'adversité avec résignation, s'occupant, dans le loisir forcé qui lui fut fait, de composer un livre qu'il intitula : Plan d'éducation ou Projet d!un collège nou^eau\ « Plan d'éducation » est de trop, car le livre ne traite pas de ce qu'on appelle ordinairement l'éducation; quant au projet proposé, il laisse trop voir le regret de ce que le nouveau collée de Sainte- Barbe, après son adoption par la ville de Paris, ait cessé d'être une propriété particulière. Mais la distri-. bution du travail dans les classes et tout le détail de'

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