CHAPITRE XI
Esprit de révolte parmi les écoliers au commencement de la Restauration. — Hostilité avec l'institution Liautard. — L'abbé Liautard. — Révolte de 1815. — Les Grecs et les Troyens. — L'abbé Eliçagaray.
— Révolte de 1817. — Révoltes de i8i9 à Louis-le-Grand et à Sainte-Barbe. — Révolte de 1820. — La Saint-Charlemagne de 1824.
— État prospère des études. — Les maîtres de la nouvelle génération à Sainte-Barbe.
Les mutineries d'écoliers sont de tous les temps et de tous les lieux. Il n'y a pas de discipline qui en soit préservée. Les maisons où le public croit qu'il n'en arrive pas sont celles où Ton sait s'y prendre pour les tenir secrètes. Peut-être a-t-on raison de chercher à les dissimuler. Quant à les tirer de l'oubli après que les années en ont efiacé la mémoire, elles n'en valent pas la peine. Il n^en faut pas plus parler que de la fièvre ou des accès de goutte dont les gens ont pu souffrir
1. Compte-renda du banquet du 4 décembre 1821, dans les Fêtes annuelles des anâens élèves de Sainte-Barbe, 1. 1, p. 60.
en leur vie. L'attention de l'histoire leur est due cependant, si elles se présentent à une époque comme un fait général^ si elles sont un signe du temps. Tel est le caractère des désordres si fréquents dont furent affligés, pendant les premières années de la Restauration, la plupart des collèges royaux et des grands pensionnats. C'est pourquoi nous retournerons en arrière pour jeter un coup d'œil sur les troubles de ce genre qui eurent lieu à Sainte-Barbe, et sur ceux de Louisle-Grand, quand Sainte-Barbe les a ressentis.
Tous eurent leur aliment dans Timpétuosité d'une jeunesse à qui les oreilles tintaient des bruits du dehors, qui avait vu trois gouvernements crouler sous ses yeux en quatorze mois, et qui était travaillée des regrets dont nous avons déjà eu l'occasion d'expliquer la causée Par là, ces troubles eurent le caractère politique, ou, si l'on aime mieux, ils furent le contrecoup des événements politiques. Lors même qu'il n'y eut au fond que des rivalités ou des rancunes enfantines, ceux qui y prenaient part crurent obéir à des sentiments plus élevés. Ils étaient tout frémissants de cette liberté dont le tardif apprentissage commençait pour tout le monde ; ils brûlaient de prouver qu'ils seraient bientôt des hommes, et des hommes capables de relever la patrie humiliée. Quant à la violence toujours croissante des coups de mains, elle doit être attribuée à la présence, dans les classes, de jeunes gens qui, ayant été retirés momentanément du collège en 1814 et 1815, furent remis plus tard aux études, et se trouvèrent mêlés avec des condisciples plus jeunes