Ci-dessus, p
ili HISTOIRE
qu'eux, sur lesquels leur âge leur donna de plein droit le eommandement.
Pour prendre les choses au début, il faut mentionner des escapades et débandades auxquelles les barbistes se livrèrent dès 1 81 4, pour tomber sur les élèves de Tabbé Liautard. Nous avons déjà vu Thostilité commencer entre les deux institutions. Il est d'autant plus à propos d'y revenir que Tabbé Liautard, élève de l'ancienne Saintè-Barbe, n'est pas un personnage étranger à notre sujet.
Cet instituteur pouvait se dire, à bien plus juste titre que Fabbé Nicolle, le représentant des droits et de l'esprit de la ci-devant Communauté. Il ne quitta Sainte-Barbe que le jour où la maison fut réduite au régime constitutionnel, et il fit partie de la petite escouade qui suivit MM. Formantin et Borderies dans la rue de Montreuil*. Les patriotes du faubourg Saint*Ântoine étant venus balayer aussi ce dernier asile, le jeune Liautard ne songea point, après la dispersion définitive, à aller rejoindre d'illustres protecteurs qu'il comptait dans l'émigration, il obéit aux lois, en prenant les armes pour la défense de son pays. C'est aux armées et dans le tumulte des sociétés populaires, en faisant son devoir et en exposant sa personne, qu'il nourrit l'implacable haine dont son éducation première l'avait animé envers la Révolution. Reçu plus tard à l'Ecole polytechnique, il en sortit presque aussitôt pour refus du serment de haine à la royauté; puis, sous les yeux de ses maîtres Formantin et Borderies, qu'il avait retrouvés, il se prépara au
i. Ci-dessus, t. II, p. 404.
sacerdoce aussitôt que les études ecclésiastiques furent rétablies en France. Il ouvrit son pensionnat en 1804, sans afficher la puérile convoitise du nom de Sainte- Barbe, lorsque ce nom était devenu la propriété d'un autre. 11 était de ceux à qui les mots importent peu, pourvu qu'ils obtiennent les choses. Sa volonté fut de tenir une école de royalisme, et il y réussit avec un succès qu'il ne fut donné d'obtenir qu'à lui seul de tout son parti. 11 ne se compromit pas par des démonstrations imprudentes. Son moyen consistaà prendre le plus grand nombre de ses élèves dans les familles intéressées au retour des Bourbons, c'est-à-dire dans les familles de l'ancienne noblesse, et au contact de cette jeunesse, dont l'éducation politique n'était plus à faire, il mit des enfants du vulgaire voués d'avance à l'état ecclésiastique. Il prépara ainsi l'alliance de l'autel et du trône, laquelle il avouait tout haut comme le but de ses efforts, mais sans s'expliquer sur le trône qu'il avait en vue, de sorte que l'Empereur lui-même trouva du bon dans l'abbé Liautard, et que, malgré les avertissements de sa police, il se refusa toujours à faire fermer l'établissement de cet instituteur, le plus indocile de son Universités
Toutes ces choses ne transpirèrent qu'après le changement de gouvernement. Aussitôt qu'elles furent connues et comprises, la répulsion instinctive que les élèves d§ l'abbé Liautard avaient inspirée lors de leur arrivée au milieu de la population écolière se tourna en inimitié de parli. C'est alors que nos barbistes.
i. Mémoires de M. l'abbé Liautard, fondateur du collège Stanislas, par M. l'abbé Denys, t. I.
SOUS couleur de se mesurer avec des adversaires politiquesy poursuivirent la veDgeance des coups de poing qu'ils avaient reçus en 1810, et qu'ils avaient toujours sur le cœur. Les rencontres n'ayant jamais eu des conséquences graves, Tautorité universitaire n'eut point à en connaitre. Il en fut autrement pour les troubles intérieurs.
C'est la première division de Sainte-Barbe, appelée le Grandrcollége , qui fut constamment le théâtre de ces troubles. Le Grand-coliége occupait la totalité de l'emplacement loué à Tancienne Communauté, c'està-dire la partie du terrain tournée du côté de Louisle-Grand. Il contenait toutes les hautes classes depuis la quatrième. Là gémissaient et grinçaient des dents, après la rentrée des classes de 1815, la plupart des grands garçons qui, quatre mois auparavant, s'étaient proposés pour la défense de Paris. Ils avaient vu Paris rendu sans coup férir. Chaque jour augmentait leur douleur, qhaque jour leur apprenait de nou* veaux traits de l'insolence des alliés et de la fureur de la réaction. La discipline dut se resserrer autour d'eux dans la crainte de démonstrations compromettantes. Leur courroux se tourna alors contre les maîtres qui les gardaient si étroitement. Le supplice du maréchal Ney, les bruits qui circulaient sur les cours prévôtales qu'on allait rétablir, achevèrent de leur tourner la tête. L^un des mécontents, d'un caractère énergique, et qui exerçait déjà autour de lui l'ascendant d'un chef de parti, qu'il fut plus tard, induisit une vingtaine de rhétoriciens et de philosophes à protester par l'insurrection contre la justice prévôtale du collège.
Le 19 décembre 1815, les conjurés s'enfermèrent
dans l'ancienne chapelle, divisée alors en plusieurs salles d'étude, ils n'en occupaient qu'une pièce, dont ils avaient fortement barricade la porte. La Direction donna Tordre aux gens de service de les prendre à revers par une cloison qui régnait sur l'un des côtés de la salle. Il suffit de faire sauter une planche. La résistance ne fut pas longue. Un projectile lancé à l'aveugle par la brèche qui venait de s'ouvrir ayant atteint légèrement M. de T^anneau, Témotion que cela produisit au dehors fit tomber le courage des assiégés. Us se sou* mirent. Des expulsions furent prononcées. La Commission de l'Instruction publique en reçut la déclaration en même temps que le rapport de ce qui s'était passe. En ce moment on ne savait où donner de la tête à l'Université. I^ Commission de l'Instruction publique, investie à la fois des pouvoirs du Grand-maître et des fonctions de l'ex-Conseil impérial, avait à statuer sur d'autres désordres du même genre, arrivés en d'autres lieux, et sur les dénonciations contre les personnes, qu'elle recevait en masse. Elle travaillait sans désemparer à l'épuration du corps enseignant et des collèges, destituant les professeurs et les boursiers par centaines» Le tour de Sainte-Barbe ne vint qu'au mois de janvier 1816. Une enquête fut ordonnée, et sur le rapport des inspecteurs, Royer-CoUard, comme président de la Commission, écrivit une lettre de félicitation pour la promptitude avec laquelle le bon ordre avait été rétabli. Ses compliments s'adressaient à MM. de Lanneau et Mouzard, chefs de l'Institution, et à M. Fayard, leur collaborateur K
i. Lettre du 23 janvier 1816.
Voici le nom d*un utile et modeste fonctionnaire que bien des générations de barbistes ont connu. Entré au collège en 1803, M. Fayard ne prit sa retraite définitive qu'en 1840. Sous M. de Lanneau père, il remplissait avec un dévouement à toute épreuve remploi souvent ingrat d'inspecteur. Sa sévérité un peu brusque souleva plus d'une fois la tempête. C'est à lui particulièrement qu'en voulaient les révoltés de 1 81 5. Il tint pour un titre glorieux Téloge qui lui fut décerné en cette circonstance par les chefs suprêmes de r Université.
Tandis que ces choses se passaient en rhétorique, l'effervescence affectait d'une manière différente les classes placées au-dessous de la rhétorique.
L'usage s'était depuis longtemps établi que les qua* trièmes, à leur arrivée au Grand-collège, payassent leur aubaine par des tourments qu'ils subissaient de la part des troisièmes. En 1815-1816, les élèves de seconde, qui l'année précédente avaient usé de ce droit sur les nouveau-venus, le déclarèrent aboli dans un accès de libéralisme. Ils signifièrent aux troisièmes de s'abstenir de tout mauvais traitement envers leurs camarades de la classe inférieure. Cela mit l'hostilité entre les deux classes. Elles formèrent deux camps sous les noms de Grecs et de'Troyens. Les Grecs étaient les élèves de seconde. Ils eurent leur Achille, de même que leurs antagonistes eurent leur Hector, et l'issue fut la même que sous les murs d'Ilion. Achille rossa Hector d'une si belle manière, que celui-ci tomba par terre sans connaissance. Achille fut renvoyé à ses parents ; mais l'insolence du succès resta dans les cœurs de la classe victorieuse, et Ton vit poindre
DE SAINTE-BARBE. il!
pour Fannée d'après une rhétorique encore plu^ turbulente que celle qui était sur les bancs. '
Il faut savoir qu'autrefois, à Sainte-Barbe, toutes les punitions d'un caractère enfantin cessaient en rhétorique. C'était un principe de la politique du Directeur, qui voulait, en accordant à ses élèves d'un certain âge un privilège capable de leur inspirer le respect d'eux-mêmes, leur faire accomplir sous ses yeux le premier pas vers la virilité* Cette pensée philosophique ne s'accordait pas avec le principe de l'égalité. L'inconvénient se révéla, lorsqu'à fa fierté qui résultait du privilège se mêla l'esprit d'insubordination.
Les rhétoriciens de 1816-1817 furent en effet les élèves les plus difficiles que M. de Lanneaii, de son aveu, ait jamais eu à conduire. C'est d'eux que partit l'idée de la représentation de Manlius. Ils se livrèrent bientôt à des écarts, d'autant plus graves aux yeux de la Commission de l'Instruction publique, qu'entre le rapport qu'elle en reçut et les plaintes portées à^ cause de l'affaire du Théâtre-Français, son attention avait été appelée sur un autre incident.
Parmi les créatures du nouveau régime, se faisait remarquer un abbé Eliçagaray, homme d'une can- ' deur étonnante et nourri d'idées de l'autre siècle, qu'il exprimait avec la sérénité de sa bonne intention. Ce n'est pas qu'il fût toujours calme et pacifique. 11 n'était pas méridional pour rien. Il avait ses moments de vivacité, dont plus d'un eut à souffrir autour de lui. Il avait aussi ses accès d'enthousiasme. L'attendrissement chez lui touchait aux larmes, lorsqu'il racontait les choses de son jeune temps, surtout les m 12
fortes études d'autrefois, et l'enseignement de la philosophie en latin, et les thèses aussi en latin, que l'on soutenait depuis huit heures du matin jusqu'à cinq du soir, tenant la riposte prête à tout venant, huvant et mangeant sur place, usque ad exslinciionem argument torum et dieil
Tel quel, l'abbé Eliçagaray fut trouvé bon pour être mis à la tête de rUniversité. On le nomma coup sur coup inspecteur général, puis membre de la Commission de rinstruction publique, et plus on le fit monter, plus on l'exposa aux sarcasmes de l'opposition, qui avait fait de lui son souffre-douleur. Il y prêtait le flanc par la manie qu'il avait de pérorer à tout propos. Or le lieu commun de ses allocutions était l'éloge du célibat, opposé à l'état de l'homme marié, et cela pour en venir à la conclusion que les meilleurs instituteurs de la jeunesse étaient les ecclésiastiques. Étant en tournée d'inspection à Louis-le-Grand, au commencement de 1817, il tint un discours de ce ^ genre, qui excita les ricanements des élèves. L'abbé, un peu déconcerté, interpella l'un des rieurs, qui lui répondit par une impertinence \ C'était un barbiste. Son compte fut bientôt réglé. M. Adam, comme agent responsable (de la direction, le mit dehors, et adressa des excuses au dignitaire offensé. Mais quelle impression dut emporter celui-ci , déjà indisposé envers Sainte-Barbe, prévenu contre MM. de Lanneau , au point d'avoir dit un jour au même M. Adam : « Moi, qui vous estimais, je vous en veux de conserver cette famille à l'Université! » Qu'on juge de quels commen-