Ci-dessus, p
oédait }e repas. On lisait ensuite la correspondance des camarades qui, des points du globe les plus éloigné^'i faisaient savoir qu'ils s'associaient de cœur au plaisir de la réunion, ou qui annonçaient, lorsqu'ils étaient plusieurs ensemble, qu'ils fêteraient aussi la patronne le même jour, à la même heure. Le banquet de Paris fut ainsi répété maintes fois dans de petits cénacles à New-York, à la Martinique, à Tîle Bourbon, surtout k Alger, depuis la conquête. Les vers et les chansons venaient au dessert. Dans rinteryalle des services, le président portait les toasts suivants :
m À Sainle^Barbe, et au chef respectable qui a sou« tepu la gloire de. cette institution.
(c A Qos camarades que Téloignement ou des cir-* constances malheureuses empêchent d^assister à cette réunion.
(( Aux succès de nos jeunes camarades, les élèves actuels de Sainte-Barbe, et de ceux qui leur succéderont.
a A l'union qui anime cette fête de famille, et à l'espoir de la voir se renouveler chaque année. «
C'est encore dans cet ordre et dans ces termes que les santés sont portées aujourd'hui, si non que la première est ainsi conçue ;
a A Sainte-Barbe et à la mémoire de Victor de L»anneau* i>
M. de Lanneau père, depuis qu'il se fut démis de la direction du Collège, assista plusieurs fois au banquet. La première fois qu'il y parut, en 1823, le président, qui était Vatouti le fît asseoir à sa place, après lui avoir posé, au nom de ses camarades,, une couronne sur la tête.
DE SAINTB-BARBE. jaj7
Od se rappelle qu'un acte de bienfaisance teromifi la fête de 1816. Celles des années suivantes produisirent d'autres collectes, qui furent offertes tour à tour aux naufragés de la Méduse (il y avait dans Je nombre le barbiste Mollien, parent de l'ancien ministre de ce nom)^ à un vieux maître tombé dans l'indigence, à un camarade ruiné par l'incendie de Bercy, à la mère dti jeune médecin Mazet, mort victime de son dévouement, en allant soigner les pestiféré^ de Barcelone.
Bientôt se présenta l'idée de régulariser ces bonnes œuvres. Plusieurs des fidèles convives du 4 décembre avaient pris l'habitude de dîner ensemble le 4 de chaque mois. Dans un de ces petits comités, MIVI. Canuel, Crapelet et Quénot développèrent le projet d'une association charitable, dont les membres alimenteraient par des cotisations annuelles une caisse de secours. Cette caisse devait être ouverte non-seulement aux sociétaires qui tomberaient dans l'infortune, mais encore à tous les anciens élèves de Sainte-Barbé, pourvu qu'ils eussent passé deux ans d'études ou fait seulement leur rhétorique au Collège. Le projet, chaudement accueilli par tous ceux qui en eurent connaissance, fut soumis, au mois de mars 1820, à Tapprobation du ministre de Thitérieur. C'est dans la réunion mensuelle du 4 avril suivant, réunion à laquelle assistait M. de Lanneau père, que les statuts furent promulgués. Aussitôt après l'on fut en mesure de recueillir les souscriptions.
Ainsi prit naissance \ Associationamicale de Sainte^ Barhe^ modèle de tant d'autres du même genre. Le seul survivant de ses trois législateurs, M. Quénot, ingénieur civil depuis de longues années dans le dépar-
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tement du Lot, ignore certainement le nombre des imitations engendrées par cette charte de Tamitié de collège, qui parut pour la première fois revêtue despa nom*. Les élèves de TÉcole polytechnique, ceux dp l'École normale, ceux de TÉcole centrale, ceux d^ lycées de Paris, de beaucoup de lycées des déparle? ments et de plusieurs grandes institutions, se sojat constitués à Tinstar des barbistes, et lesbarbistes n'oiit; pas été pour rien dans cette propagande. ^•
L'Association fut dirigée d*abord par un comité de onze personnes, nommées tous les deux ans à la plur ralité des voix. Après 1830, le nombre a été porté à vingt; depuis 1846, il y a des membres à vie qui s*a^ joutent aux élus biennaux : ce sont ceux qui oiçkf, exercé pendant vingt années consécutives, par consé;t quent qui ont été réélusdix fois de suite. Le droit d'4* lectiop appartient à tous les camarades présents au banquet du 4 décembre, et c'est dans cette même réunion, qui est considérée comme l'assemblée géné^ raie de l'Association, que sont lus les rapports concer^ nant l'état de la caisse et l'emploi des fonds.
Le jeu de cette institution fraternelle ne fut bien ré* gularisé qu'en 1823. Depuis lors, le compte rendu de ses opérations fut imprimé tous les ans dans un livret, qui contient en outre le récit du banquet et les cou-* plets chantés ^ Le livret (à présent, on l'appelle Anr nuaire), augmenté successivement de matières nout
i. Circulaire et Statuts imprimes en une demi-feiiille in-4% sous le titre de Association amicale et ae bienfaisance entre les élèves de Sainte-Barbe (Institut/onde M, de Lanneau). Avril, 1820.
2. la oollectioii.coiiiplète forme cinq volumes in-8* (le sixième est commencé) sous le titre de «c Fêtes annuelles des anciens
vèHeà,^l devenu la chronique de Sainte-Barbe;mais il ne contient pas le détail des secours distribués sur lësTonds communs. L'Association pratique rigoureu* sèment le précepte que la main gauche doit ignorer te que donne la droite. Ses bienfaits restent le secret des membres de son comité.- Nous reviendrons plus tard sur ce point. 11 importe ici de ne point perdre de vue les circonstances qui procurèrent le salut de Sainte-Barbe.
' Ginquante*huii membres de l'Association amicale répondirent à Tàppel de M. Bellaigue, et jetèrent les bases d'une première société (8 novembre 1831). M. de Lanneau devait être le gérant de l'entreprise, k^ec le concours de cinq commissaires nommés tons les ans en assemblée générale. Les noms qui sortirent de la première élection furent ceux de MM. Bellaigue, député de l'Yonne; Ganneron, député de Paris; Leclercq, libraire; Vavin et Louveau, notaires à Paris. Ces messieurs se mirent immédiatement à Tœuvre pour s'acquitter d'une infinité de choses qu'il y avait à faire , avant que la Société pût se constituer définitivement.
MM. Christian Dumas et Yatout, l'un aide de camp du roi, l'autre son bibliothécaire, étaient des cinquante-huit qui avaient donné leur signature. Leur fa- Hiiliarité au château leur permit d'entretenir le roi de Cette affaire.
Le nom de Sainte-Barbe n'était pas ipdifîérent à Louis-Philippe. Il se souvenait d'avoir été le condisci-
élèves de Sainte-Barbe. » — Imprimeries de Gauthier-Laguionie, Crapelet, E. Duverger et Remquet, 1 823-1 Ô63.
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pie dés élèvesde la ci-deyatit Communauté au collège du Plessis. Il nMgnorait pas non plus la conduite du gouver* nement déchu à l'égard de M. de Lanneau, et il avait une si haute idée du mérite de cet instituteur que, dabs les premiers jours de son règne, il dit à M. Vatbut : « Ah ! si le maître que vous aimiez tant vivait encore, il aurait déjà reçu la récompense de ses services et de son dévouement à la jeunesse. Il serait entré le premier au Conseil de l'Université. » Il voulut faire quelque chose pour la mémoire de celui que la mort Pavait empêché de rémunérer. Pour sa part dans la souscription ouverte, il donna 5000 francs sur sa cassette, qui furent offerts par convenance au nom de la reine.
Au ministère de l'Instruction publique, envers lequel la maison était fort arriérée pour le payement de la rétribution universitaire, on obtint un délai qui eut la valeur d'une souscription. M. Beliai^ue fut le solliciteur de cette grâce. Député opposant et rigide, il ne se serait porté dans aucun autre cas à une démarche de ce genre. Lorsqu'il exposa l'objet de sa demande à M. de Montalivet, son émotion fut si visible, que le ministre lui dit, après l'avoir écouté : a Votre visage en dit encore plus que vos paroles. Je sens ce que vaut un établissement dont les malheurs touchent si vivement les hommes qu'il a formés. Rassurez-vous et rassurez vos amis. Sainte-Barbe ne sera pas inquiétée par mon administration. »
Les grâces arrivant ainsi des mêmes régions qui naguère n'envoyaient à la pauvre Sainte-Barbe que tribulations et soucis, tout semblait marcher à une prochaine conclusion, lorsqu'on fut arrêté par un
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c^tacle inatteDdu» Deux ou trois créanciers de mau*vaise buinêur refusèrent d'accepter Tatermoiement auquel les autres avaient consenti. Grande perplexité des commissaires. Ils virent l'imminence d'une saisie, et nul autre moyen pour parer ce coup que d'acheter l'établissement. 'Devaient-ils engager la Société à ce point ? Oui ; car la Société avait pour objet le salut du Collège, et par la saisie le Collège périssait^ au détriment des créanciers eux-mêmes, dont il était l'unique gage. Mais rendre une société commerciale propriétaire d'une maison d'éducation était une nouveauté devant laquelle reculaient les commissaires. Us ne se décidèrent qu'au dernier moment. L'affaire fut conclue dans les couloirs de la Cbambre des députés entre MM. Bellaigue et Ganneron, agissant pour leurs camarades conjointement avec M. Leclercq. Eux trois se rendirent acquéreurs de Sainte- Barbe, le SOdécem* bre 1 831 , par un acte qui fut enregistré le lendemain, à cause de l'urgence. Yavin rédigea les actes*
Rien ne fut plus désagréable que ce résultat pour les créanciers qui s'étaient promis d'user de contrainte. Ils prétendirent qu'il y avait eu simulation de vente, et attaquèrent le contrat; mais le prix d'acquisition, déposé en temps utile à la Caisse des consignations, prouva la bonne foi des défendeurs; et comme leurs adversaires n'eurent l'envie ni solidairement, ni auôun d'eux en particulier, de miser au-dessus de la somme versée, laquelle était bien supérieure à la valeur réelle de l'établissement, ils laissèrent tomber l'instance après un simple jugement sur référé, par lequel le président Debelleyme déclara la vente « non-seulement régor lière, mais morale. » Morale était bien dit^ car non-
seulement le prix du gdge, qui avait été eulevé dés mains des créanciers, fut loyalement partagé entre euir, mais en peu d'années tontes les dettes de Tanciennë administration furent acquittées avec les bénéfices de la nouvelle, bien que celle-ci n'y (ût point obligée. ''
La Société, devenue propriétaire de Sainte-Barbe, ne fut constituée définitivement que par un acte sous seings privés eu date du 7 septembre 1832. A parâr de ce moment, une nouvelle comptabilité fonctionna, et les cinq Commissaires prirent la surveillance des intérêts du Collège. M. Adolphe de Lanneau, déli^ vré d'une gestion qui était devenue douloureuse, put s'adonner d'un esprit plus tranquille aux autres soins du gouvernement. Il continua d'être le Directeur de Sainte*Barbe. Au-dessous de lui eurent lieu quel^ ques changements. Son plus jeune frère, M. Eugène de Lanneau, l'assistait depuis deux ans, avec le titre de sous*dïrecteur. Leur union s'était formée en vertu d\m vœu exprimé par le père à son lit de mort ; elle firt dissoute, et un, bientôt après, deux préfets des études prirent sur eux les attributions du sous-directeur. M* Pelitjean, aujourd'hui conseiller-maître à la Cour des Comptes, fut le premier nommé à ces nouvelle^ ou, pour parler plus exactement, à ces anciennes fonclions rétablies.
Par une formalité que les règlements académiques rendaient indispensable, le diplôme en vertu duquel l'institution était tenue dut être mis sous un nouveau nom jusqu'à l'acquittement des sommes dues à TUniversité. M. Hébert, inspecteur dans la maison depuis 1810, se prêta à cette fiction en l}omme qui s'était interposé plus d'une fois pour servir de bouclier à
^inte*Barbe et à Ici fainille de Lanneau. Le désinté* ressèment de ce digne fonctionnaire» pendant tout Je temps que dura la même situation, n'eut d'égal que sa fidélité. Le surplus de son éloge est dans une lettre que M. de jLanneau père lui écrivit à lui-même en 182i : Et jL' écolier a sa justice. Au milieu même de certaines dispositions guerroyantes contre ses chefs, il reconnaît les titres à son respect, il reconnatt ]es vieux services qui même ont gêné et réprimé ses désordres ; il apprécie la probité de nos devoirs, le zèle qui le remplit : voilà les litres que vous lui imposez aujourd'hui*, »
A deux reprises, en 1836 et 1837, la Société du £oIIége appela dans son sein de nouveaux souscripleurs; à deux reprises aussi elle augmenta le nombre des membres de sa Commission de surveillance. Ceux-* <^ furent portés à dix en 1834, et à douze en 1836* Par suite de cette double réforme et de la retraite momentanée de deux membres, de nouveaux noms furent ajoutés à ceux que l'on connaît déjà ; nous les donnons avec les litres dont ils étaient alors accompagnés :
MM, Bayard, homme de lettres; Bérenger, juge de paix du 6*" arrondissement ; Bixio, docteur en médecine; Christian Dumas, aide de camp du Roi ; Alexandre labrouste, avoué honoraire ; Eugène Lamy, viceprésident du tribunal civil de la Seine ; Mandrou, marchand de draps; Agathon-Prévost, agent général de la Caisse d'épargne ; Vatout, député.
Le travail augmentait à mesure que plus de personnes y prenaient part, tant chacun avait pris au sérieux le mandat de surveillance dont il était investi, et par
i.R€co6ildclettre&de P.-A.-V.deLaniîeau, p. 106. .
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la suite le zèle se soutint le même, sans éprouver ni refroidissement, ni défaillance* C'est là un fait qui mérite d'être particulièrement signalé. Il n'est pas rare de trouver une personne capable d'un beau mouvez ment, d'un acte de courage, d'un sacrifice une fois fait; mais quç l'effort ou le sacrifice se prolonge, qu'on s'y soumette pendant des années consécutives, que ce soit une réunion d'hommes très-occupés ailleurs, char* gés de grands devoirs et de 'grands intérêts, qui prennent sur leur temps de quoi poursuivre, à travers tout ce qu'elle a de difficile, de pénible, de scabreux, l'œuvre de dévouement qui ne finit pas : un tel spectacle ne se voit pas communément. Il a été donné par la Commission de surveillance de Sainte-Barbe ; il est donné encore aujourd'hui par le Conseil d'adminis* tration, dans lequel la Commission s'est en dernieVlieu transformée.
Afin de rendre plus sensible à tous les yeux son origine et son but, la Société du Collège voulut que ses affaires fussent exposées régulièrement au banquet du 4 décembre, et le rapport qui les concernerait, imprimé dans l'Annuaire^ à côté du rapport présenté par l'Association amicale. On apprit de cette manière en 1 833 la réalisation de bénéfices qui permettaient déjà de satisfaire les créanciers privilégiés', de réparer le matériel, de restaurer et de blanchir les vieux murs du Collège, de construire de vastes salles de récréation et de dessin, enfin de payer les intérêts échus des actionnaires. Les progrès ultérieurs de l'entreprise furent notifiés de même, chacun à l'année qui les vit s'ac complir.
Cependant M. Adolphe de Lanneau, retranché dans
là direction du Collège, secondait de son mieun les efforts de la Commission de surveillance. Il eut la consolation de voir que Tëtat de souffrance des affaires n'affecta en rien le travail de ses élèves» Le public eut beau retirer sa faveur à Sainte-Barbe : Tauréole de la sainte fut maintenue dans toute sa splendeur par la cohorte réduite qui militait autour de son autel. Prix d'honneur de rhétorique au concours général de 1832*, autre prix d'honneur de rhétorique en 1834', prix d'honneur de mathématiques en 1837', et les distributions de Louis-le-Grand attestent que, pas une fois pendant ces aniaées d'embarras, la part de butin rapportée par les barbistes ne fut au-dessous de la proportion accoutumée.
« Sainte- Barbe revivra par nous et pour nous, » avait' dit M. Bellaigue au banquet de 1831 , et par ces paroles il entendait que l'école dont ses amis et lui â' étaient rendus les tuteui*s appartiendrait en propre aux fils des anciens barbistes, que ces enfants y seraient reçus avec j l'avantage d'une adoption sérieuse et dont les effets ne cesseraient plus de se faire sentir aux bien méritants, enfin que la maison, se perpétuant par l'hérédité, deviendrait le lieu et le lien d'une famille impérissable. Ce fut là Une conception noble et sensée, qui se produisit avec un merveilleux à propos lorsque Ton commençait à parler de la liberté d'enseignement, car elle offre l'un des modes les plus heureux que l'on puisse introduire dans l'application de cette liberté.
i . Élève Emile Taillefert.