‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 2)Chapitre 8 sur 108 · janvier · texte numérisé non relu

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de. la liberté. Ensuite il y eut des rondes autour de Tarbre, et les élèves du Prytanée, qui apprenaient la musique depuis lin an, chantèrent, de façon à mériter les applaudissements de l'assistance, un hymne dont Grétry avait composé la musique ^

Le 10 germinal suivant', il y eut une autre fête, celle de la Jeunesse. Elle fut présidée pareillement par les autorités municipales. Tous les professeurs, instituteurs et institutrices de ^arrondissement y avaient été invités. Les jeunes gens et les jeunes filles de chaque établissement désignés comme les plus accomplis par leur caractère et par leur conduite reçurent des prix de vertu, consistant en une couronne nouée avec des rubans tricolores. On procéda ensuite à l'armement des garçons qui avaient atteint Tâge de seize ans, en conférant à chacun d'eux le sabre, symbole de leur incorporation à la garde nationale; enfin, on délivra des cartes civiques à tous ceux qui entraient dans leur vingtième année.

Ces diverses distributions furent intercalées dans une cantate composée sur le modèle du Carmen sasculare d'Horace. Le poète Paru y en aPvait fourni les paroles. Elle commence par cette strophe, qui se chantait à deux voix :

De l'hiver le courroux expire;

L'aquilon fuit devant Zephire :

Naissez, beaux jours, voici le riant germinal.

Il calme les airs qu'il épure,

Et du réveil de la nature Son souffle caressant a donné le signal.

i. Décade philosophique^ an VII, 2« trimestre, p. 55. 2. 30 mars 1799.

Le chœur répondait à plusieurs reprises :

Salut, immortelle patrie, Pour toi nous réservons la douceur de nos chants.

Salut, mère auguste et chérie, Fixe un regard d'amour sur tes nouveaux enfants^

Les fêtes de ce genre approchaient de leur fin. Elles formèrent, sous le Directoire, une partie de ce qu'on pourrait appeler le culte officiel de Tépoque, culte qui était complété, les jours de décadi, par la lecture publique des lois. Conformément aux prescriptions de l'autorité^ les élèves du Collège des Sciences et des Arts étaient conduits régulièrement dans le temple décadaire du quartier pour entendre cette lecture. Leur directeur les soumit en outre à une pratique de tous les jours, consistant en un court exercice sur la morale, par lequel le travail commençait le matin et finissait le soir. Un texte lu tout haut et commenté par le maître, dans chaque salle d'étude, devenait pour les élèves un sujet d'interrogations et, au besoin, de résumés écrits*.

Aussitôt après le 18 brumaire, les lois qui gênaient l'exercice du culte catholique cessèrent d'être observées, et l'on parla de rétablir l'instruction chrétienne, dans les établissements publics et privés, comme l'une des bases essentielles de l'éducation de la jeunesse. Les professeurs de l'ancienne Université s'associèrent généralement à cette réclamation, en faveur de laquelle plaidait une partie de la presse. Le gouverne-

. 1. Moniteur du 3 et du i 4 germinal, an VII. 2. Règlements du Collège des Sciences et des Arts (an VIII), chap. lV,tit. 2.

ment, pour ce qui le concernait, subordonna la Vnesure au rëtablissemeiU du culte catholique romain, qui était entré dans les desseins du Premier Consul, de sorte que c'est en 1802 seulement, après la publication du Concordat, qu'un oratoire fut établi dans chacune des sections du Prytanée. M. de Lanneau, plus libre dans ses allures, répondit aussi avec plus de promptitude au vœu général. Dès que les offices furent célébrés régulièrement dans son quartier, il conduisit ses élèves à ceux de Saint-Benoit. Un peu plus tard, lorsque les paroisses eurent été rétablies, il eut à Saint-Étienne-du-Mont une chapelle particulière, dont un aumônier attaché à son collège desservait Tautel. Enfin, à cause du désordre inévitable qu'engendraient les allées et venues à la paroisse, il demanda et obtint Tautorisation de faire célébrer le culte dans sa maison. L'ancienne chapelle, bâtie en 1695, avait été affectée à d'autres usages et entièrement défigurée. Plutôt que de la remettre en état, il parut plus commode d'en bâtir une nouvelle. L'emplacement choisi fut le dessus d'une aile basse, distribuée en salles d'étude, laquelle avait été élevée dès l'an IX, sur le vide laissé le long de la rue de Reims, entre le bâtiment reconstruit par la ci-devant Université et celui de Robert Dugast*. La consécration eut lieu à la rentrée des classes de 1 807.

Le règlement du Collège imprimé l'an VIII contient une disposition organique qui ne se retrouve plus dans celui de 1806. Le premier de chaque mois, et plus souvent, s'il était besoin, les maîtres

i. Voyez tomes I, p. 305, et II, p. d82.

se réunissaient en présence du directeur, ou des deux directeurs tant qu'il y en eut deux. Cette assemblée s'appelait le Conseil d instruction^ Toutes les observations relatives aux études et à la tenue des élèves y étaient apportées. On exposait ce qu'on avait fait, et ce qu'il semblait qu'on pourrait faire; on discutait les points douteux qui s'étaient présentés quant à l'interprétation ou à l'application des lois établies; enfin on prononçait les peines encourues pour les cas graves, dont le jugement était expressément réservé à ce tribunal. Ce qui s'était dit ou fait au Conseil d'instruction déterminait le tour et le ton des mercuriales de M. de Lanneau.

Le régime de Sainte-Barbe, qui passait pour dur il y a trente ans, l'était encore un peu plus au commencement du siècle. Les élèves, par exemple, n'avaient pas d'autre salle de toilette que la cour, et cela en toute saison. La fontaine d'Arcueil, qui leur donnait l'eau pour boire, la leur versait aussi pour se laver. L'hiver, si la gelée obstruait les conduits, on leur apportait des seaux remplis à la rivière, dont ils étaient obligés de casser la glace pour y plonger les mains. De même, en toute saison, ils restaient la tête nue à l'intérieur, et aucun ne savait ce que c'était cjue porter double habit par le froid. Les parents acceptaient cela, ne connaissant pas encore l'art, si perfectionné aujourd'hui^ de détruire la force physique des enfants par les raffinements de l'éducation première. Aussi, lorsque l'académicien Arnault, présidant la distribution des prix de l'an IX, félicitait ses jeunes auditeurs, parmi lesquels était son propre fils, de ce que leurs instituteurs « s'étudiaient à semer les fleurs sous leurs

pas * y n cette expression poétique ne s'appliquait point à un régime de délices dont personne n'avait alors l'idée; elle était un honlmage au talent déployé par la direction pour rendre aux écoliers le séjour du collège attrayant.

Dès 1 800, l'idée du Premier Consul fut d'assujettir la ■jeunesse des écoles au régime militaire. C'est pourquoi on donna aux élèves du Prytanée un habillement à peu près semblable à celui de l'ancienne école de Brienne. Comme marque d'égalité, et comme élément de propreté, l'uniforme plut à notre Directeur; il en fit prendre un à ses élèves, mais qui n'était nullement militaire par l'apparence, car il consistait en une culotte bleue et un habit de même couleur à grands revers, avec un gilet rouge et un chapeau rond. Sur les boutons de l'habit était inscrit le nom du Collège des Sciences et des Arts. Ce vêlement n'eut l'approbation ni du gouvernement ni des familles. Il dura peu.

L'idée d'une maison de campagne semblable à celle qui tient une si grande place dans l'histoire de la Communauté, ne fit qu'un, dans l'esprit de M. de Lanneau, avec le dessein de restaurer Sainte-Barbe. Pendant sa société avec M. Miellé, il se procura l'usage d'un pavillon et du vaste jardin de l'ancienne abbaye de Port'Royal (aujourd'hui la Maternité), où il envoyait jouer les enfants les jours de quintidi. Il loua ensuite une maison à Gentilly, pour plus de conformité avec la tradition de l'ancienne Sainte-Barbe^ qu'il voulait faire revivre. Enfin il prit à bailà Vaugirard, en 1802,

i. Distribution des prix du Collège des Sciences et des Arts, cidevant Saiate-Barbe, an IX. — In-4''.

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la propriété qui avait servi de maison de campagne aux ci-devant élèves philosophes de Saint-Sulpice*. Sainte^Barbe garda la ' jouissance de cette maison jusqu'en 1820. Les élèves y étaient menés le jeudi. Leur longue file, bien connue du peuple de Paris et que nul n'eût cherché à rompre impunément, s'acheminait par la rue de Vaugirard. M. de Lanneau luimême, s'avançant dans sa sévère et belle tenue , fermait la marche. Une charrette suivait, qui portait les vivres.

Une cérémonie que le Directeur introduisit dans les usages de Sainte-Barbe, après l'abolition des fêtes républicaines, fut célébrée à Vaugirard plusieurs années de suite. On l'appelait le Lendit; mais ce Lendit n'avait de l'ancien que le nom et la saison. Le 10 juin, de bon matin, les grands jeunes gens des cours de mathématiques et de belles-lettres étaient envoyés en promenade à Saint-Cloud, où ils s'approvisionnaient de mirlitons. Tout le collège se trouvait réuni dans l'après-midi à la maison de Vaugirard, et là commençait un concours à l'instar des jeux olympiques. Des rubans .tendus sur des pieux circonscrivaient une arène. Des prix étaient proposés pour la course et pour le saut. Un jury d'élèves, siégeant à côté du Directeur, réglait l'épreuve, et proclamait les vainqueurs. Les récompenses étaient des boîtes garnies d'objets à l'usage des écoliers.

Cette mise en scène intéressait vivement les élèves ; elle les excitait à se livrer pendant le cours de l'année à des exercices du même genire, et c'est ce que voulait

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