‹ Histoire de Sainte-Barbe (volume 2)Chapitre 9 sur 108 · L'abbé Gaudreau, Histoire de Vaugirard, p. iS · texte numérisé non relu

L'abbé Gaudreau, Histoire de Vaugirard, p. iS

M. de Lanneau. Dans son système, les récréations devaient être employées à se donner du mouvement. Les jeux que Ton joue accroupi ou assis n'étaient pas de son goût. Quand il voyait des enfants occupés de la sorte, il imaginait des moyens pour les déranger et les mêler bon gré mal gré aux ébats de leurs camarades plus turbulents. De là son approbation pour le jeu de balle, dont il donna la mesure unjour, en allongeant de quelques minutes la récréation, pour laisser le temps de finir une partie qui tenait tout le collège en admiration.

La natation était encore un exercice dont il faisait le plus grand cas ; tous ses élèves l'apprenaient dans les premiers temps du collège, et il excitait leur émulation par uû prix donné à la fin de .l'année. Le concours pour ce prix était également très-solennel. Il consistait à parcourir sans s'arrêter l'espace entre le Pont-National* et celui de la Concorde. Le public, amassé sur ces ponts et sur les deux quais, était spectateur.

Cette épreuve, d'abord très-applaudie, était déjà incompatible avec les mœurs de Tan X; quant au Lendit avec ses prix d'agilité et de souplesse, il cessa lors de la création de l'Université impériale. Celle-ci n'ayant rien couché de pareil sur ses programmes, n'entendait pas que, par la moindre chose ajoutée, on se donnât Tapparence de vouloir faire mieux qu'elle. La gymnastique ne fut acceptée que vingt ans plus tard, après que le colonel Amoros en eut réglé l'enseignement.

Les hommes qui furent écoliers sous le Directoire et le Consulat ne sont déjà plus très-nombreux ; mais

i . Aujourd'hui Pont-Royal.

autant on en rencontrei*â, qu'on les interroge sur l'impression qui leur reste des années de leurs études : ils témoigneront tous de Tardeur extrême qui les enflammait eux et leurs condisciples. Un élan de patriotisme était dans les esprits; on voulait à toute force que , la France, la première par les armes, par les sciences et par les arts, redevînt aussi la première par les lettres; chacun se faisait un devoir de réparer Teffet produit par l'interruption passagère de renseignement, et l'organisation, beaucoup moins perfectionnée qu'elle n'a été depuis, laissait une latitude salutaire à la bonne volonté. Ces dispositions furent heureusement secondées par le talent des professeurs employés dans les écoles de l'État. Ceux des Écoles centrales furent toujours pris dans l'élite des littérateurs ou des savants, et ils tinrent à honneur de s^acquitter dignement de leur mission. Pour ne parler que des maîtres dont nos barbistes reçurent les leçons, nous trouvons dans le nombre des littérateurs tels que Boisjolin, Domergue, Sélis, de Saint-Ange; des humanistes tels que Binet, Guéroult, Mahérault, GofTaux, Létendart; des naturalistes tels que Valraont, Brongniart et Cuvier; les géomètres Lacroix, Labey et Duport ; le géographe Mentelle, et Millin, savant en toute chose, et pour maîtres de dessin un Moreau^ un Regnault, un Bachelier. Les cadres non moins bien remplis du Prytanée nous offrent les noms de Laromiguière, Castel, Luce de LancivaL

L'animation que des maîtres d'un si grand mérite introduisaient dans l'enseignement, entretenue, augmentée à Sainte -Barbe par l'ascendant de M. de Lanneau^ enfantait ces triomphes des concours au delà desquels apparaissaient encore d'autres récompenses,

Stimulant suprême de rémulation. Les services publics souffraient delà disette de sujets instruits^ et les hommes d'Etat n'abandonnaient point à la recommandation le soin de leur désigner ceux qu'il était utile d'acquérir. Ils allaient eux-mêmes faire leur choix dans les écoles. Maintes fois les examens généraux et les distributions de prix furent pour les ministres ou leurs délégués l'occasion de discerner des jeunes gens qu'ils ne tardaient pas d'appeler à des emplois; de sorte qu'après ses études faites avec succès, on était sûr de trouver immédiatement une carrière. Voilà ce que les vieillards racontent de cette époque, véritable âge d'or pour ceux qui aspiraient aux professions libérales. Les distributions de prix, qu'honoraient de leur présence les premiers fonctionnaires de la République, eurent encore plus de solennité qu'aujourd'hui celles du concours général. Il n'y avait qu'une cérémonie pour tous les concours généraux et particuliers des Écoles centrales. Le lieu ordinaire de la séance était le temple de l'Oratoire- Le premier lauréat couronné, gardant sa couronne sur sa tête , proclamait les autres récompenses; mais avant d'en venir aux proclamations , on lisait les meilleures pièces de vers composées dans les divers cours de littérature. C'est ainsi qu'on entendit en l'an XI l'éloge du collège Sainte-Barbe, ouvrage du jeune François Barrière, et en l'an XII une épître d'adieu , adressée par le même élève à ses maîtres des Écoles centrales *. Barjaud, autre barbiste, fut

i . Mes adieux aux Écoles centrales et à mes amis de collège, Épître par J. F. Barrière, élève du Collège Sainte-Barbe, et de M. de Saint-Ange, professeur de belles-lettres à PÉcole centrale de Saint-Antoine. — In-8°, Paris, impr. Panckoucke.

admis également en Tan XII à lire des fragments d'un poème intitulé Melpomène.

Barjaud , mort depuis cin(|uante ans ^ appartient à rhistoire. Il reçut les applaudissements de ses contemporains; sa fin précoce fut déplorée comme une perte pour le pays *.

Envoyé de Montluçon à Sainte-Barbe à l'âge de quinze ans '^ ce jeune homme se plaça aussitôt parmi les athlètes qui fondèrent dans les concours la réputation du collège. Il s'adonna avec une égale facilité à la musique , à la peinture , à la composition des vers; c'est par les vers qu'il eut l'ambition de s'illustrer. Son premier succès devant le public fut de remporter en 1 81 1 le prix d'une joute poétique à laquelle prirent part douze cent soixante-trois littérateurs français, latins, italiens et allemands. Le sujet proposé était la naissance du roi de Rome \ Barjaud fut le premier dans le concours des auteurs français , et le premier encore dans le concours des vainqueurs couronnés pour chacune des quatre langues. Sa réputation s'étendit par la publication de diverses odes et de fragments d'un poème épique sur Charlemagne\ Ce dernier ouvrage n'était encore qu'à l'état d'ébauche dans sa tête. 11 lui sembla que, pour combler le vide

i. Moniteur du 4 décembre 1818; Rabbe, Biographie des Contemporains; Supplément de la Biographie universelle deMichaud.

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