Décret du 13 août
il atteignît à Saiute-B^*be deux élèves et un domestique, qui moururent en quelques heures. La nouvelle s'en répandit rapidement dans TUniversité. M. de Falloux était alors ministre de Tlnstruction publique. Dès qu'il sut que le fléau sévissait si cruellement dans notre Collège, il y accourut sans se faire annoncer. Il eut besoin d'ap"prendre qui il était à M. Labrouste, qui ne le connaissait pas. Il lui dit qu'il avait jugé de son devoir, lorsque de légitimes alarmes agitaient T un des grands établissements de son ressort, de venir les calmer par sa présence ; qu'il apportait ses encouragements à la jeunesse de Sainte-Barbe, et qu'il espérait, par ses eflbrts joints à ceux du Directeur, arrêter les progrès d'un fléau dans les atteintes duquel l'état du moral était pour beaucoup. Il parcourut ensuite les salles (c'était pendant la classe du soir), et prononça dans chacune des paroles qui furent très-bien accueillies des élèves. Nous aimons à croire que cette visite opportune acheva de rétablir l'état sanitaire de la maison. On n'eut point de nouveaux cas de choléra à enregistrer.
Sainte-Barbe, si bien traitée par les ministres de qui elle relevait, faillit être brouillée avec celui de la Guerre : du moins une grosse affaire lui serait survenue de ce côlé, s'il n'avait tenu qu'à la Direction de l'artillerie. Cette administration , chargée d'opérer le désarmement de Paris, avait été informée qu'un amas de fusils existait dans la maison. L'amas consistait en quarante vieux fusils que le Directeur avait achetés, afin de procurer un exercice salutaire aux plus grands de ses élèves, à défaut d*appareils gymnastiques, pour lesquels la place manquait. Afin d'éviter tout accident,
les baïonetles avaient été retirées et les lumières des canons enclouées ; mais cette précaution n'empêcha pas de considérer la possession de ces armes comme menaçante pour la sûreté de l'Etat. Le ministre de la Guerre, prévenu par MM. de l'artillerie , ne voulut rien entendre de ce qu'on lui fit dire par son collègue de l'Instruction publique; un fourgon fut envoyé avec l'ordre d'emporter les fusils à Vincennes. Le Collège refusa énergiquement d'ouvrir sa porte au fourgon, disant qu'il ne lâcherait pas ses fusils pour plusieurs bon- . nés raisons qu'il avait déjà exposées, et qu'il ferait entendre de nouveau à qui de droit. De là le ministre invoqué de nouveau, et cette fois converti, Sainte- Barbe autorisée par. une décision toute différente delà première à garder ses fusils*, enfin la Direction de l'artillerie si peu satisfaite que, six mois après, elle revint à la charge, notifiant le prochain retour du redoutable fourgon *. Pour la dispenser de cette peine, on lui expédia sur-le-champ la copie de Tacte ministériel qu'elle paraissait ne pas connaître.
Le 4 décembre 1 851 , le Directeur fit son coup d'État. . De son autorité privée, il décida que le banquet annuel des anciens barbistes n'aurait pas lieu, et il alla écrire cela de sa main sur le registre déjà ouvert des souscriptions. Les sages l'approuvèrent, car quelle tournure auraient prise les conversations, lorsque la fusillade éclatait tout autour du cénacle, lorsque la nouvelle révolution eu train de s'accomplir avait déjà fait des heureux et des victimes parmi les convives ac-