Archives de l'Université, Reg. 4i, fol
2. A Son Altesse monseigneur le prince de Rohan-Ventadour , abbé et prince de Murbac, ex-recteur de l'Université de Paris, prieur de Sorbonne, sur sa convalescence, Ode, in-4°, 4 feuille, signé P. Froger, bachelier en licence de la Communauté de Sainte- Barbe. Permis d'imprimer à Paris le 15 janvier 1741, Feydeau de Marvîlle.
un tour de la façon de notre Gaillande. Contre toutes les lois de l'Université, il fit improviser maîtres es arts, à prix d'argent, une bande de bacheliers et de licenciés, qui se trouvèrent delà sorte investis du droit de suffrage, et il empêcha l'intervention du parlement en suggérant aux ministres d'introduire dans cette affaire la juridiction du Conseil d'État \ Gaillande, aussi bien que le prince de Ventadour, avait donc son hommage dans cette strophe du jeune théologien :
Qu à jamais de ce jour subsiste la mémoire, Où, consacrant ta voix à la religioa, Ton exemple fameux nous fit aimer la gloire D'une prompte soumission.
M. Froger sentit probablement qu'il n'était pas né poëte, car il déposa la lyre pour s'enrôler dans la cohorte des économistes. Il a écrit sur l'agriculture et travaillé à répandre dans les campagnes une instruction utile. Un mémoire de lui sur la Fertilité des terres fut couronné par l'académie de Metz en 1761 '.
1742. Scandales révélés au public par les anciens Gilotins, toujours attentifs aux comportements de ceux qui les avaient remplacés.
L'un des maîtres de la nouvelle Communauté a été vu vendant à vil prix une partie des œuvres de saint Augustin pour se procurer un Molière.
Dans une promenade des élèves philosophes à Saint- Denis, quatre d'entre eux ont oublié les règles de la
i . Barbier, Journal du règne de Louis XV, t. II, p. 230 ; Journal et Mémoires du marquis d*Argenson, t. II, p. 108 et 155. 2. Desessarts, Les siècles littéraires de la France, art. Fiioger.
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tempérance au point de ne pouvoir pas revenir sur leurs jambes. A la porte Saint-Denis on les fait montçi^ dans un fiacre. Le cocher, voyant à qui il avait affaire s'arrête en chemin, et dit qu'il n'avancera pas, à moitié qu'on n'ajoute quelque chose au prix convenu. L'un des jeunes gens, qui commençait à reprendre sa raison, descend de voilure, et jette le cocher à bas de son siège. Un autre cocher prend parti pour son camarade. Le peuple s'amasse, une mêlée s'engage, on crie à la garde. Le fiacre et ceux qui se gourm aient autour sont conduits chez le commissaire de police*.
w Voilà , ajoutaient les dénonciateurs de ces faits, ce qu'est devenue une maison d'où ne sortaiepf naguère que de saints exemples. » Mais leurs plaint^ ne pouvaient compromettre Sainte-Barbe que daxis l'esprit de ceux où elle était déjà perdue. Le monde ne trouvait pas mauvais qu'un instituteur de la jeunesse lût Molière, et les alertes causées par les écoliers passaient inaperçues,, tant elles étaient fréquentes. Il en naissait journellement sur le passage des pensionnats. Tout fils de bourgeois, âgé de quinze ans, portait l'épée, et prétendait qu'on lui rendît respect. Cela encourageait à provoquer les passants dans le^ rues. Si l'on rencontrait un cortège, on tenait s^ honneur de ne lui point céder le pas, fût-ce un cortégcj de bêtes. Les rixes avaient lieu le plus souvent au sujet des troupeaux de bœufs et de moutons que l'on conduisait aux boucheries. L'Université s'épuisa à fulminer, contre ces excès des décrets inutiles *.
Revenons à l'abbé Gaillande.
i. Nouvelles ecclésiastiques du 48 novembre 4742. . '^; 2. Archives de TUniversité, Reg. 45 A, 30 août 4744. \ '!'
Ses opinions religieuses se modifièrent tout à coup et de la façon la plus inattendue par l'empire qu'avait j[!)ris sur lui M. Tandeau. Celui-ci, devenu professeur de théologie et archidiacre de la cathédrale, essaya de modérer les 'emportements de son parti. On l'accusa de vouloir ressusciter le jansénisme dans le sein de la Sorbonne. 11 eti fut chassé en 1 741 , et non-seulement Gaillande le soutint dans sa disgrâce, mais ce grand zélateur de la Bulle donna depuis lors des marques réitérées de son refroidissement*. On crut voir des combinaisons profondes dans ce qui n'était qu'un effet de la turbulence de son esprit; on se perdit en conjectures sur ce que présageait une telle conduite de la part d'un personnage si important. C'est la dernière satisfaction qu'ait reçue son amour-propre. Il n'eut pas le temps de se développer dans son nouveau rôle. II fut frappé d'apoplexie le 3 juillet 1745.
Le lendemain de son décès, le ministre Maurepas se rendit à la Sorbonne de grand matin et comme fortuitement, mais en réalité pour s'informer du défunt et de ce qu'on avait fait dans son appartement. Ses questions portèrent surtout sur une certaine cassette ; il les cessa quand il sut que ce meuble avait été enlevé par M. Leseigneur, principal de Lîsieux et parent de Gaillande. On fut confirmé par là dans le soupçon que l'abbé était dépositaire de secrets d'État *.
Son enterrement fut magnifique. Lçs élèves du Plessis y assistèrent avec ceux de Sainte-Barbe. Son corps fut porté à Saint-Benoît et ramené de cette église
i. Nouvelles ecclésiastiques du 48 février 1742 ; ibid.^ année 1771, p. 117.