CHAPITRE I
L'acte de fondation de Robert Dugast. — Inauguration du nouveau régime. — Retour de Léger Duche&ne à Sainte-Barbe. — Harangue en rhonneur du collège. — Cours de droit civil. -— Testament de Robert Dugast. — Procès avec Moniaigu pour la reconstruction de la chapelle. — Mort du fondateur.
Lorsque l'acte de la fondation de Robert Dugast fut soumis à l'approbation du parlement, on le transcrivit en entier sur les registres de la Cour. Un greffier, qui en avait pris connaissance , Fa consigné dans un inventaire avec cette remarque : « Il est beau à lire; les II i
règlements y sont bien spécifiés » *^ Ce document brille en effet par la netteté de sa rédaction : on voit qu'il est l'ouvrage d'un homme entendu aux affaires, et qui s'était appliqué à prévenir les occasions de discorde. Il est d'ailleurs d'une grande simplicité. Le protocole n'a rien de cette emphase qui fut le style ordinaire des acte& du» même genre.
« Noble homme et scientificque personne , maistre Robert du Gast, docteur régent en la Faculté de décret en l'Université de Paris> désirant et voulant convertir, muer et employer si peu de bien temporel et transitoire qu'il a plu à Dieu lui donner au monde , en chose stable et permanente à la glon-e et louange du Souverain qui le luy a donné , et au prouffît et utilité publicque ; ayant aussi , long temps a , dévotion et certaine délibération de fonder, doter et arrester à perpétuité un collège de sept boursiers en sa maison de Saincte - Barbe , située en ladicte Université de Paris, etc.; » et sans plus de considérants, on entre en matière*.
La plupart des dispositions se retrouvent dans la charte des autres collèges. Sept pensions ou bourses sont établies à perpétuité , trois grandes et quatre petites. Les grandes sont données pour la vie à des maîtres es arts ayant reçu la prêtrise , lesquels formeront
i . Archives de l'Empire, Abrégé du Conseil du parlement^ par Beîisle, U, 825, mars 1674.
2. Le texte est imprimé dans SairvaH, t. III, p. 136, PFenves, et dans Félibien, t. III, col. 652. Il y en a une édition à part, formant 15 pages in- 4, sans titre, date ni marque d'imprimerie. L'original, en un cahier de parchemin, est aux Archives de rEmpire, M. 189.
à eux trois rétat-major du collège , Tun avec le titre de priDcipal, l'autre .comme procureur ou économe, le troisième comme chapelain. Les petites bourses seront aflectées à l'entretien de quatre enfants pauvres ayant à poursuivre leurs études jusqu'au grade de maître es arts; elles ne resteront pas plus de dix ans dans les mêmes mains, et pourront se perdre par indignité.
Des conditions sont imposées pour le choix des sujets de l'une et de l'autre catégorie. Les grands boursiers doivent appartenir à l'un des quatre diocèses d'Évreux, de Rouen, de Paris ou d'Autun; les petits seront toujours tirés de l'une des paroisses dont le fondateur eut l'administration en son vivant : la Neu* ville-d'Âumont, Saint-Nicolas des AUeux-le-Roi , et Saint-Hilaire de Paris. Aux fabriques de ces paroisses appartient la présentation des enfants , après qu'elles auront été averties par radministration du collège qu'il y a une vacance. Les grands boursiers reçoivent leur institution du parlement , mais ils sont nommés par un comité de surveillance, dont les membres portent le titre de Supérieurs majeurs et réformateurs du collège. Le mandat de Supérieur est inhérent à trois fonctions publiques désignées par Robert Dugast dans l'ordre suivant : l'un des conseillers-clercs au parlement, gradué en droit canon; le chancelier de Notre- Dame, qui l'était en même temps de l'Université; le plus ancien des régents en la Faculté de décret.
Les Supérieurs ont le contrôle de tous les actes d'administration , maintiennent les grands boursiers dans Je devoir, et peuvent sévir contre eux, s'ils donnent le mauvais exemple, jusqu'à les priver de leur bourse.
La siirveillaiice de ces Supérieurs s'exerce par le moyen de deux visites annuelles qu'ils ont à faire au collège, afin d'en constater l'étal et d'apurer chaque fois les comptes du procureur. Pour les récompenser de leur peine, il leur sera servi à dîner le jour de la visite, et chacun d'eux recevra un écu d'or après le repas.
Tous les boursiers sont logés au collège. Le principal a deux chambres pour lui, et une troisième, contiguè à celles-là, pour les petits boursiers qui sont ses élèves particuliers; le procureur et le chapelain ont chacun une seule chambre. Le taux des bourses, jugé suffisant pour subvenir aux frais de nourriture et d'entretien , est de cinquante livres pour les grands boursiers et de vingt-cinq pour les petits. Le maniement des deniers de la communauté appartient au procureur, mais il n'y peut pas toucher à l'insu de ses collègues. La caisse sera fermée par trois serrures, dont le principal, le procureur et le chapelain auront chacun une clef.
Malgré l'égalité presque complète qui semblerait au premier coup d'œil avoir été établie entre les grands boursiers, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que Robert Dugast ne voulut rien moins que constituer un triumvirat, ni la république sous toute autre forme. Dans un endroit , le principal est représenté comme « le maistre, premier administrateur et conducteur du collège; » dans un autre, il est appelé « le supérieur auquel le procureur et le chapelain doivent obéir en tout honneur et révérence; » ailleurs encore la fortune personnelle du procureur et du chapelain est. limitée à cent vingt livres de rente, tandis qu'il n'y a rien de prévu quant aux facultés du principal. Enfui
celui-ci est soumis à Tobligalion d'entretenir l'exercice des classes, sans avoir à rendre compte des bénéfices qu'il réalisera en cette partie. Il est quitte de tout envers le collège, moyennant une somme annuelle de deux cents livres qu'il versera à la caisse, comme prix de location des bâtiments. Ainsi la communauté n'eut rien à voir dans les affaires de l'établissement qui fonctionnait depuis 1460, et pour celles qui concernaient la fondation , elle fut soumise à l'initiative du principal , avec la garantie de la surveillance exercée par les Supérieurs.
C'est dans ce dernier trait que résidait l'originalité de la constitution de Sainte-Barbe. Les autres collèges avaient bien aussi leurs supérieurs, mais qui n'intervenaient que dans les cas tout à fait désespérés, comme le deus ex machina. L'âdhiinisfration était le fait d'un conseil où avaient ei^trée avec voix égale tous les dignitaires de la fondation, et même un ou plusieurs élèves boursiers. Évidemment Robert Dugast, témoin des inconvénients d'un pareil régime, avait préféré pour son collège le régime monarchique. Il y mit des tempéraments, et le constitua de façon à croire qu'il avait paré à toutes les difficultés pour l'avenir; mais où est la sagesse qui peut se dire maltresse de l'avenir? Il prévit tout, hormis ce qui arriva; et tandis qu'il s'imagina consoHder la paix, il ne sema que la tempête. On verra cela en son lieu : le fil des événements' que nous allons reprendre nous y amènera bientôt.
Les grands boursiers, nommés pour la première fois par Robert Dugasl en vertu de son droit de fondateur, furent Robert Certain, principal, Alain Mous-
set, procureur, et Nicolas Leprince, chapelain. La cérémonie de leur installation eut lieu le 8 juillet 1 557^ Des actes postérieurs nous apprennent le rite usité en ce qui concernait le principal.
Celui-ci entrait en pompe à la chapelle, suivi d*un notaire apostolique, pour faire le procès-verbal de sa prise de possession ; il était accompagné de personnes de distinction, qu'il avait invitées. 11 prenait l'eau bénite et la donnait aux assistants , puis allait s'age* nouiiler à Tautel, où il faisait une courte prière, le missel étant ouvert au feuillet du Te igitur. Ensuite il montait sur le siège qui était sa place accoutumée pendant les offices. Là il exhibait ses lettres de nomination et d'institution ) qui étaient lues à haute et intelligible voix. Sorti de la chapelle, il faisait le tour de la cour, et prenait en passant la corde de la cloche, qu'il tintait plusieurs fois. En dernier lieu il montait à son appartement pour en faire la visite devant tout le monde ; enfin il était investi par la tradition des clés du collège'.
La première fois que cette solennité s'accomplit, elle reçut un éclat particulier de la présence des Supérieurs'. L'un d'eux était Jean Quintin, barbiste formé sous Jacques de Gouvèa l'ancien, et que nous avons vu professant la philosophie dans notre collège en même temps que Gelida. A son titre de régent en la Faculté de droit canon, il joignait celui de chef de