Ms. H. 2G32 A, de la bibliothèque Mazari[ne, fol
seignement ; après quoi il revendique les droits de la philosophie, et se plaint du mépris où la culture trop exclusivement littéraire de son temps avait fait tomber à regard de cette science beaucoup d'esprits distingués ^
Nous rapporterons, comme échantillon de la facture de Luquin, quelques-uns des vers qu'il a placés en tète du même discours.
A Nicolas Fumée, évéque de Beauvais, son Mécène :
Non sunt Caesareo tuo favore
Nec digni auribas, eruditione,
Nec sat judicio politiore
Lucani, fateor, modi, lepores,
Versus aut vénères pusilliores.
Vin', praesul, placeant tibi omnibusque; •
Via omnes faveant , colant amentque ?
Hunq, quaeso, reputes tuum libellum,
Auctoremque feras tuum clientem.
A Etienne Pasquier, l'un de ses auditeurs :
Hanc inopem renim chartam nugasque canoras Auribus hausisti ; perlege nunc oculis.
Verum musa tuum tenuis subitura movetur Judicium, ut Clario missa legenda deo.
Il se livra à un genre d'exercice qui était réputé en son temps la marque du bel esprit : il sut faire les anagrammes. Nous avons celle qu'il composa sur son nom latinisé, Dionisius Lucanus^ laudis onus i^incis.
\ . Dionysii Lucardy bacckalaurei theologi et scholse Grassinorum professons^ in sua ad philosophicum studium ingressione oratio. In- 4, Paris, Robert Colombel.
Nous avons aussi sa devise, qu'il avait empruntée à Horace et amplifiée d'un vers faux. Elle semble indiquer qu'il s'entendait à gouverner ses affaires :
Tu, quamcumque deus tibi fortunaverit horam, , Grata syme manu : non exspectata plerumque Fors vehit^.
L'Université a possédé en même temps deux Luquin, le nôtre et un second du prénom de Guillaume, qui était principal de Lisieux en 1 572*. Ce dernier prit également ses grades en théologie, de sorte que nous ne savons auquel des deux appliquer l'anecdote suivante, que Lestoile a enregistrée dans son Journal à la date du 29 mai 1 593, pendant la tenue des états de la Ligue :
« Ce jour, Lucain, qui preschoit à la chapelle de Bourbon devant les députés, apela le rôy mirloret^ et le répéta plusieurs fois. Au sortir le baron du Bord, qui estoit des députés, dit audit Lucain que ce n'estoit pas bien parlé à lui, et que le nom de mirloret lui convenoit mieux, et à Rose aussi', que non pas au roy de Navarre. »
Georges Critton, Ecossais, talent fécond, si non de premier ordre, suivait le palais, après ses études de ^roit achevées a Toulouse, lorsque les conseils de son .compatriote Hamilton le décidèrent à enseigner les Jetties. C'est à Sainte-Barbe qu'il entreprit son pre-
\ . Ms. H. 2682 A de la bibliothèque Mazarine, 1. c. •2. Ms. H. 2682 A de la bibliothèque Mazarine, fol. i02. lî. Rose était le recteur de l'Université dont il a été question ci- dessus, p. 82.
mier cours à la rentrée de 1582. Il s'attaqua tout d'abord à la rhétorique. Il avait de la facilité, et surtout beaucoup d'art à se faire valoir. On lui a reproché d'avoir été un professeur négligent ; ses emportements de ligueur, les troubles qu'il suscita dans la Faculté des arts, puis au Collège de France, puis dans la Faculté de décret, c'est-à-dire dans toutes les compagnies où il fut reçu, lui assurent la réputation d'un turbulent'. Peut-être fut-il plus sage à ses premiers pas dans la carrière, mais déjà, pour un débutant, il était bien peu modeste. Ayant passé de Sainte-Barbe à Harcourt en 1583, il s'exprimait ainsi dans sa leçon d'ouverture :
« Je ne saurais taire la bienveillance dont les principaux de cette Université m'ont prodigué les témoignages. N'est-ce pas être au comble de ses vœux, pour un professeur étranger et nouveau, que de se voir eslimé, recherché, demandé par plusieurs directions de collège à la fois, de telle sorte que c'est presque une dispute à qui l'aura? C'est pourtant ce qui est arrivé cette année à mon égard. Je ne crois pas que jamais brigue ait été plus grande que celle qui s'est faite autour de moi; c'était à qui m'offrirait les plus beaux avantages pour m'enlever à la maison de Sainte- Barbe. Je ne dis pas cela pour me targuer de l'opinion qu'on a de moi, mais afin de montrer ma reconnaissance envers ceux qui, sans m'être tenus à rien, me proposaient si amicalement le bienfait de l'hospitalité. Ne croyez pas que le respectable Antoine de Tremblay ni que l'intègre procureur de Saitite-Barbe
i . Goujel, Mémoires sur le Collège royal, p. I, p. 175.
aient fait moins d 'efforts pour me retenir^ que les principaux dont je yous parle pour m'attirer à eux. Que si je n'ai point acquiescé à leur désir, c'est par la con«dératio9i particulière que je porte à Georges Maubuisson^ et non par dédain pour/Sainte-Barbe^ » Cette fatuité en imposait à la jeunesse. On chanta sur tous les modes la louange du professeur qui se disait si recherché. Un écolier écossais, nommé Micael, lui décerna en 1 582 le sceptre des vers latins, que la mort \enait d'enlev3er des mains de Georges Buchanan :
Ora Caledonium modo triste Britannica yatem
Itala ceu flebat funere pull a sui ; Forte etiam lacrymans glaciale Tueda sub œquor
Et languens mœstis Solveus ibat aquis ; Et jam paruerat inconsolabile vulnus,
Gam posuit lirctus nomen ad illa tuum :
« Succédât, Buchanane, tibi Crittonîus, infit,
Par tibi Pieriis yerba jugare modis ; Sed quam dicendo laudem sperare nequibas, Addiderit patrise laudibus ille tuae.»
Et un autre s'écriait en grec :
KpiTTOVtov ^iXect) Tov ^Tfropa Tccà tov âot^ov'*.
Critton ûit meilleur poète que Denis Luquin, mais il s'en faut qu'il ait possédé la grâce et la pureté de Buchanan, et si celui-ci avait eu à désigner son suc-