Comptes du collège, Archives de l'Empire, H. 2808*; Du
la Sorbonne et les jésuites, dont il fut Tun des plus chauds partisans. Ayant suivi quelque temps leur profession, il était resté sous le charme de leurs manières. Tout ce qu'ils écrivaient et disaient était pour lui comme un cinquième évangile. Le mot est de Richer, qui nous apprend en outre que Gazil échangea son bénéfice de Saint-Martin de Tours contre le prieuré de Saint-Samson d'Orléans, pour faire cadeau de ce dernier à la bien-aimée Compagnie \ Ce fut l'origine du Collège des jésuites d'Orléans, aujourd'hui le lycée. Notre ci-devant principal y reçut la sépulture à titre de fondateur*. Son épitaphe nous a été conservée par le savant antiquaire Polluche. Elle était ainsi conçue :
Hic jacet nobilis vir Radulphus Gazilius^ S, R. E. pro~ tonotarius^ Sancti Martini Turonensis decanus doctorque Sorbonicus^ qui collegium hoc Societati Jesu eximia libéra" litate extruxit. Obiit anno Dni, MDC X XVÎII ^ setatis suw LXIV ^ mensis juin die III,
Perpetuum hoc tanti beneficii monumentum posuere patres Societatis Jesu, Requiescat in pace* ,
boulay, Historia Univ, Paris, ^ t. VI, p. 805 et 981; Villain, Histoire de la paroisse Saint- Jacques la Boucherie; Collection de D. Rousseau sur la Touraine, t. XV, fol. 263, ms. Bibl. imp. f . Historia Acad. Paris, t. IV, fol. 209,. et t. III, f. 270. ' -2. Symphorien Guyon, Histoire de l'Église, diocèse et université d'Orléans, p. 472, ,
3. Ms. de la bibliothèque d'Orléans, n° 461, fol. 203. Il y a en outre au musée historique d'Orléans une pierre de fondation sur laquelle est gravée l'insciiption que voici : d.r. de gazil || prior
D. SÂNSONIS FVNDATOR COLLEGII ]| POSVIT || V. KAL. lYXlAS || ANNO DNI GI3. 13. G. XIX.
DE SAINTE-BARBE. ii9
Du successeur de Raoul de Gazil à Sainte-Barbe le nom seul nous est connu. Il s'appelait Nicolas le Chappelier*.
De 1 595 à i 603 les bâtiments du collège restèrent sans aucune réparation, sous la garde du procureur Alain Mousset. Celui-ci, de concert avec le principal et le chapelain, fit un partage des parties habitables, qu'ils louèrent chacun à son profit. Us s'acquittèrent à bon marché des charges de la fondation par l'entretien d'up clerc qui, sous le nom de petit boursier, servit leurs messes toutes les fois qu'il leur plut de les dire',
François Gaultier entra en possession le 1*' juillet 1 607 par la mort de Nicolas le Chappelier. Dès qu'il eut prit connaissance des affaires, il vit combien d'abus s'étaient introduits, et sa résolution fut d'y mettre un terme; mais pour ne pas affliger ses collègues^ qui étaient des hommes d'âge, il jugea à propos de patienter jusqu'à leur mort. Cela d'ailleurs s'accommodait avec ses calculs, que nous allons expliquer en faisant connaître ses antécédents.
François Gaultier, né à Paris, fit «es études au collège de F^ Marche, et commença par enseigner > les lettres. En 1 591 il Yégentait les vétérans de rhétorique à Navarre. Dans ce poste il eut l'honneur d'achever l'éducation de Mathieu Mole, auquel il fut donné pour précepteur. Elevé au rectorat en 1599, il fut le premier à qui cette magistrature ait été eontimiée par
i . Comptes du .collège, Archives de- l'Empire, H. 9^Qf% ^ 2. Conspues du collège de 1596 à 1^16, Archives de VEmpire, H. 2808 *.
i20 HISTOIRE
plusieurs élections consécutives, ce qui eut depuis pour conséquence de rendre annuelle et même biennale la dignité du chef de l'Université. Gaultier se sentait pour la prédication un goût et une aptitude qui le portèrent aux études de théologie ^ En 1604 il sortit le premier des épreuves delà licence, et dans l'intervalle de ses thèses pour le doctorat, il commença à exercer le ministère de la parole avec un tel succès qu'il fut bientôt réputé un des plus habiles orateurs de la chaire.
Launoy a fait un grand éloge de François Gaultier, qu'il avait connu particulièrement. 11 vante son talent, et la gravité qui s'alliait chez lui aux manières les plus exquises; il exalte son désintéressement, dont il donne pour preuve l'humble condition dans laquelle il vécut et mourut, lorsqu'il n'aurait tenu qu'à lui de parvenir aux plus hautes dignités de l'Eglise*. Cependant, à juger ce docteur par ses actions, il ne nous parait pas aussi accompli qu'à son panégyriste. Sa fermeté dégénéra plus d'une fois en dureté, et il eut des emportements qui l'exposèrent à sortir des bornes de la justice. Nous ne croyons pas nous tromper sur son compte en disant qu'il eut un caractère difficile. Cela ne l'empêche pas d'avoir eu \in noble caractère.
i. Notes manuscrites sur Sainte-Barbe, Archives de l'Université, carton 22 ; Mémoires d'André d'Ormesson, dans T introduction au Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson publié par M. Chéruel, p. xxxj ; Duboulay, Historia Unisf, Paris, ^ t. VI, p. 913.
2. Regii Navarrx gymnasii historia^ p. 81 4. Launoy s'est trompé sur la date du doctorat de Gaultier, qu'il reporte à 1594. Nous, avons corrigé d'après PHistoire manuscrite de l'Université par Richer, t. IV, p. 82.
II fut certainement l'un de ces hommes de la vieille roche qui, ayant été trempés au milieu de la lutte des partis^ transmirent àJa première génération du dixseptième siècle la force d'âme et le sentiment de Tindépendance. Dans une circonstance grave, où le gouvernement voulait sévir contre le recteur parce qu'il y avait eu du trouble pour une nomination au Collège de France, Gaultier fut d'avis qu'il n'y avait pas à faire de supplications; que le chef de l'Université ayant agi pour l'honneur du corps, le corps tout entier devait appeler sur lui-même les rigueurs dont son chef était menacé; et il conduisit l'ambassade qui alla porter cette fière parole au premier président du parlement'. Cela se passa en 1625, dans la dix-huitième année de son principalat à Sainte-Barbe.
Dès son entrée dans les ordres,* on lui avait donné la cure de Saint-Denis de la Châtre. Ses succès oratoires le firent appeler de tant de côtés à la fois par les curés de Paris et des provinces, qu'il se vit dans l'impossibilité de s'occuper de sa paroisse. Il donna sa démission, pour être libre d'aller prêcher au loin . C'est alors qu'il sollicita la succession de ]\icolas le Chappelier, dans le dessein de refaire de Sainte- Barbe un lieu d'étude, et de s'y livrer sur ses vieux jours à un plaisir digne de sa philosophie. Comme il avait beaucoup médité et se promettait de méditer encore sur les questions controversées de son temps, il nourrissait la pensée d'écrire, lorsque les infirmités le forceraient de descendre de la chaire*.