Même registre, fol
crime au procuieur, existait à Tégard du principal et du chapelain, dont cependant on n'avait pas saisi les pensions, et Menassier d'ailleurs la défendait très-bien comme un comrnencement d'amélioration, que le désastre de la vente empêchait d'étendre aux petits boursiers. Le règlement dressé à la suite du plus raiimtieux examen fut un de ces actes ambigus auxquels survivent les différends qu'ils prétendent terminer. Il limitait le taux des bourses des dignitaires au double de celles des élèves, sans fixer les unes ni les autres.
Pourchotest l'auteur de cette pièce, qui fut promulguée le 6 septembre 1710 au collège de Reims, parceque le recteur alors en fonction était Lorey, procureur de ce collège. Elle est digne de remarque en ce qu'on y voit se produire le premier système historique sur l'origine de Sainte-Barbe. On lit datns le protocole que Sainte-Barbe fut d'abord un collège privé, qui dut son nom à ce qu'il fut établi dans une maison ayant pour enseigne l'image de sainte Barbe*. C'était une pure hypothèse de Pourchot, car on peut démontrer, les titres de Sainte-Geneviève à la main, que la çensive de cette abbaye ne renferma jamais de maison à l'enseigne de sainte Barbe. L'erreur toutefois était moins grave que celle qui consiste à représenter Jean-Hubert comme l'auteur du primitif établissement, par conséquent à faire naitre Sainte-Barbe dans l'hôtel des Coulons. Le plaisir de contredire Pourchot est peutêtre ce qui conduisit Simon Menassier à cette autre opinion, qui lui appartient en propre, car il l'a consignée dans un mémoire écrit de sa main, et nul
i . Archives de l'Université, Reg; 41, fol. 129'.
auitre que lui ne peut l'avoir fournie à Félibien, qui en
fixt le premier éditeur, ainsi que nous Tavons déjà dit. Tandis que la réclamation de JoUaiu, malgré tout
ce qu'avaient pu faire les amis de ce docteur, prenait la tournure d'une tentative impuissante, le bruit se répandit que les jésuites avaient de nouveau tourné leurs vues du côté de Sainte-Barbe. Le P. Tellier, confesseur du roi, s'était mis en tète de leur faire obtenir de force la portion qui appartenait à TUniversité. Il y poussait avec tant de véhémence qu'on assure que, si Louis XIV eût vécu quelques mois de plus, la chose était faite*.
La crainte du danger acheva d'adoucir les courages k l'endroit de Simon Menassier. Afin de l'avoir avec ^oi, on flatta l'intérêt qu'il avait à ce que le dépècemerit du collège n'eût pas lieu; et loin de, lui faire expier la prétention qu'il avait laissée paraître, on eut pour lui des condescendances capables de l'encoura-
^ ger dans son espoir. C'est ainsi qu'une délibération solennelle du 2 juin 1713 consacra les droits de Sainte-Barbe sur la totalité de la maison : le droit de police et de garde, le droit de ne recevoir des étrangers dans sa chapelle qu'autant que cela lui conviendrait, le droit d'exiger que l'Université fit bâtir à première sommation le mur projeté pour la séparation des deux établissements. Menassier avait formulé ces demandes avec la rigueur d'un offensé qui veut avoir satisfaction : l'Université les accorda dans des termes si honnêtes qu'elle témoigna par là son désir d'un rapprochement*.
i. Nouvelles ecclésiastiques, d9 du 2Ç octobre 1730. 2. Archives de l'Université, Reg. 4i, fol. 183.
Afin d'ef&cer les dernières tracés de Fatteinte por* tée à sa considération ^ notre procureur fit au collège une fondation magnifique, celle d'une bourse de 250 livres, qu'il destina à Tun des membres de sa.famille, ou, en cas d'extinction de sa race, à un enfant de Semur en ÀuxoisS II y nomma tout d'abord un de ses neveux, nommé Jean Menassier. Déjà un second neveu, Edme Menassier, détenait la bourse de la Neuville d'Âumont, que cette paroisse n'avait pas récla* mée en temps utile, et un troisième neveu, François Menassier, qui achevait ses études en Sorbonne, apparaissait sur l'horizon comme successeur de son oncle à la procure, aussitôt que celui-ci serait monté au principalat. Cette tendresse des oncles ecclésiastiques pour leurs neveux est ce qu'on a appelé le népotisme. Elle était enracinée dans les moeurs; toutefois on la trouva excessive chez Simon Menassier. Sainte-Barbe fut appelée par dérision le Collège des Menassier^. Le bon docteur ne s'en inquiéta pas autrement. L'œuvre qu'il avait en pensée demandait du concours. En groupant sa famille autour de lui, il était sûr de n'être pas contrecarré lorsque viendrait le moment d'agir, et ainsi il travaillait pour le bien du collège, tout en faisant celui des siens.
"Le vieux Delaroche mourut enfin (23 décembre
i. Acte du 23 octobre 1711, Archives de l'Empire, M. 189, et S. 635J bis à l'inventaire des titres du collège ; Recaeil des délibérations du Bureau d'administration du collège Louis*le-Grand, p. 653.
2. Salvations de l'Université présentées au parlement le 10 août 1722, dans l'Inventaire des titres du collège, Archives de l'Empire, S. 6351 bis.
1 li 9). H partit de ce» monde sans emporter la clef sous laquelle il avait tenu jusqu'à son dernier moment le ccHitrat de la vente à l'Université. Simon Meoassier, ÎBstitué principaPy s'empressa de chercher la pièce accusatrice. Il la lut, et fut confirmé dans tout ce qu'il avait appris au sujet de cette tortueuse transaction.
A la première réunion du Conseil de surveillanœ, il tira parole des Supérieurs pour être autorisé aux poursuites. 11 fit comme le feu principal, qui, lui aussi, avait tiré parole pour être autorisé à la vente ; et il n-eut pas plus cette autorisation que le feu principal n'avait eu la sienne. Delaroche, pour tout consentement, avait produit un papier qui s'appliquait à la construction de la chapelle; Menassier donna pour l'aveu des Supérieurs le procès-verbal d'une délibération par laquelle ils souscrivaient au rétablissement de l'exercice dans le collège*. C'est ainsi que, par trop de zèle à vouloir réparer les torts des autres, on tombe dans les mêmes fautes qu'ils ont commises, et le pire est qu'mx ne s'aperçoit pas de cela, parce qu'on se dit toujours : « Mon cas est bien différent. » Sans doute^ à juger des choses par l'intention, le cas de Menassier est meilleur que celui de Delarocbe : l'un voulait le bien, tandis que l'autre avait voulu le mal; ma» il ne faut pas oublier cette sentence proverbiale, que l'enfer est pavé de bonnes intentions.
i. Arrêt du parlement du 2 janvier 1720, Archives de l'Empire, X. 12562.
2. ^sseml^es ées Supérieurs des t7 février 1720 et 23 septembre 1723 ; Inventaire des tkrts du eollége, Archives de l'Empire, S. &3S(1 bis; Arrêt da parlement du 12 mars 1725.
Menassier mit donc son affaire en train, plein de confiance et d'allégresse, n'admettant pas même Téventualité d'une défaite, vu son bon droit, vu la force qu'il croyait tirer du suffrage universel institué par lui dans le collège. L'Université, qui n'était pas sans alarmes, manœuvra avec plus de sang-froid. Elle rejeta le conseil de Pourchot, qui voulait qu'elle fît du bruit, qu'eUe dénonçât avec fracas la coalition d'enfants et de parents formée par un suppôt rebelle, qu'elle s'adjoignît JoUain, tout prêt à faire revivre ses exigences au sujet des petits boursiers. Elle préféra se défendre vigoureusement, mais seule et sans sortir des termes d'un procès ordinaire*. Toutefois la proposition de Pourchot eut son effet. Un factum imprimé en ce temps-là au nom de la fabrique et du curé de Saint-Hilaire nous apprend qu'un conlre-procès fut intenté par JoUain, et qu'ainsi Menassier eut l'ennemi sur ses talons, tandis qu'il s'avançait à la rencontre du géant*.
L'illusion de notre principal fut de croire que le parlement lui était acquis, parce qu'il avait de son côté le^ gens du roi. C'est tout le contraire qu'il aurait fallu conclure. Le parlement était janséniste et courroucé au possible de ce qu'on venait de le contraindre à enregistrer la bulle Vnigenitus. Le procureur général, M. Joly de Fleury, était l'objet particulier de sa répulsion. La plupart des conseillers ne demandaient qu'à se venger de lui, pour peu qu'il
d. Archives de PUniversité, Reg. 43, fol. 36.
2. Mémoire pour les curé et marguilliers de Saint-Hilaire à Paris, ayant droit de présenter à deux bourses du collège de Sainte-Barbe deux enfants de leur paroisse. In-4 de 4 pages.
leur fût permis de le faire sans indisposer le gouvernement.
Jacques Menassier, frère du principal et procureur au parlement^ qui avait été autrefois boursier de Sainte-Barbe, se chargea de la conduite de la cause pour le compte du collège*. Le procès dura quatre ans^ et plus il avança, plus Simon Menassier se crut certain de le gagner. Des lettres de rescision, obtenues en chancellerie, achevèrent de tourner la tête du digne homme'. Sa folle confiance éclate dans uti factum qu*il composa après la délivrance de ces lettres, pièce digne d'être distinguée entre beaucoup d'autres du même genre, écrite d'un style négligé, maïs coloré, animé, haletant comme celui d'une improvisation. Nous voudrions l'introduire ici, tant elle est le miroir fidèle des qualités et des défauts de son auteur : elle a trop d'étendue pour cela^ Nous citerons, en place, la traduction d'un autre morceau écrit dans un latin non moins fougueux que le français du factum. C'est l'affiche-prospectus quf devait annon-
i. Inventaire des titres du collège, Archives de TEmpire, S. 6351 bis,