Nécrologe du dix-huitième siècle, t. II, p. iSl
qu'en attendaient leurs auteurs. Les jésuites, artisans de cetle œuvre, crurent disperser par là le troupeau janséniste, et mettre dans leur nasse rarchevêque de Paris, M. de Noailles, toujours accusé d'être du parti, quoiqu'il se fut prêté à la destruction de Port- Royal, Il arriva le contraire de ce que les jésuites avaient clier-^ ché. L'armée la plus compacte sortit comme de dessous terre, et M. de Noailles, ne cherchant qu'à montrer son indépendance en frappant sur ceux qui l'avaieqt poussé plus loin qu'il n'aurait voulu, se donna l'appa- . rence d'être le chef de cette armée. Alors germa- dans le cerveau de P. Tellier l'idée audacieuse d'accabler à la fois l'archevêque et les dissidents. Le moyep fut de faire condamner à Rome, comme hérétique sur cent vingt chefs, le livre des Réflexions morales sur ïancien et le nouveau Testament^ par le jans*éniste Quesnel, ouvrage qui circulait deputs douze ans sans avoir alarmé l'autorité ecclésiastique, dont le pape régi^ant avait fait l'éloge devant plusieurs personnes, et pour lequel M. de Noailles professait une estime particulière. C'est de là qu'est issue la fameuse bulle ou constitution Unigenitus^ brandon de discorde pour le royaume, qu'elle mit en feu pendant vingt-cinq ans.
Au milieu du déchaînement des partis, nos Communautés sortirent de la réserve où on les avait tenues renfermées jusque-là. L'instruction religieuse prit une tournure pleine de dangers par le renouvellement des prédicateurs qui faisaient les conférences. A l'abbé fiazin, homme d'une raison sûre, comme tous ceux qui procédèrent directement du vieux Port -Royal, à l'abbé Pocquet, supérieur des Missions étrangères, re-
venu du royaume de Siam avec le sens rassis que donnent les voyages, succédèrent MM. Boursier et d'Étemare, disciples de Du Guet, tout prêts à exagérer les tendances mystiques de leur maître*. Ces apôtres exaltés jetèrent le trouble dans les esprits par une méthode d'interprétation prophétique qu'ils appliquaient à PÉcriture sainte, pour en faire sortir le triomphe de leurs opinions particuhères. Le sanctuaire âe l'étude cessa d'être fermé aux préoccupations du jour. Les Gilotins devinrent des sujets que l'on formait pour le martyre. Leur attitude à Sainte- Barbe et à Lisieux put être représentée comme un danger pour l'Etat. Le P. Tellier se chargea de procurer leur dispersion.
Le jésuite essaya d'abord de les frapper dans la personne de leur chef. Une lettre de cachet contre M. Durieux fut écrite et signée; mais elle resta sans effet, parce qu'on recula au dernier moment par crainte de l'opinion publique, qui était en admiration devant la vertu de ce saint prêtre*. Alors fut soufflé au roi le projet dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, et qui consistait à confisquer la partie de Sainte- Barbe appartenant à l'Université pour l'annexer à Louis-le-G^and^
La mort de Louis XIV rompit ces trames, sans mettre fin aux troubles que la malheureuse constitution avait suscités. Il sembla un moment qu'pn allait • revenir sur l'acceptation louche et forcée de cet acte ;
4 . Vie de M, de Saint-Ver'guet, Nouvelles ecclésiastiques, du 16 avril 1776.