‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 100 sur 117 · Archives de TUniversité , reg. 21, fol · texte numérisé non relu

Archives de TUniversité , reg. 21, fol

logique et de physique. On ferma les yeux sur cet arrangement, quoiqu'il fût une infraction aux statuts. On savait au dehors la pénurie qui se faisait sentir dans la caisse de Sainte-Barbe, et on y compatissait.

Au milieu de cette gène transpirèrent les bruits les plus alarmants. On sut que Robert Dugast, propriétaire du collège, comme on se le rappelle, se préparait à en évincer le Portugais. Muni d'écrits qui l'autorisaient à faire main basse sur rétablissement, si le payement des termes se faisait attendre, il comptait user de ce moyen au premier retard, avec Tarrièrepensée de mettre à profit le silence d'un acte incomplet pour se prétendre quitte de tout autre compte avec son locataire. Son but, en agissant ainsi, était de faire passer la direction de Sainte-Barbe entre les mains d'une créature à lui. L'état des affaires de la maison ne lui fournissait malheureusement que trop de choses à dire pour son excuse , lorsque viendrait le moment de découvrir ses batteries.

Gouvéa, sentant le sol trembler sous ses pas, alla chercher de l'appui partout où il put. Les amis ne lui firent pas défaut : il en trouva même parmi ceux à qui il avait fait le plus sentir sa sévérité. Calmus, par exemple, vint s'offrir à lui avec un empressement qui le toucha. Il lui en témoigna sa reconnaissance en lui confiant à la fois la régence des rhétoriciens et la charge de sous-principal*. Mais Calmus et ses consorts, tous chevaliers à bourse plate, n'apportaient que leur cœur et leur langue au service d'une cause où il aurait fallu avant tout de l'argent.

i. Archives de TEmpire, X. 8348, fol. 310,

Le mois de juin de Tannée 1548 venait de finir ^ Les élèves des collèges, conduits un jeudi au Pré-aux- Clercs, se prennent de querelle avec des charretiers qui traversaient leurs jeux; qui pis est, ces charretiers étaient ceux qui emportaient les immondices de Paris. Le Pré-aux-Clercs était la propriété de l'Université : ni voiture ni ordures n'y devaient passer. Oui, mais la voirie de la ville était au bout du pré ; on y allait autrefois par le terrain de l'abbaye Saint-Germain ; l'abbaye s'étant débarrassée de cette servitude en barrant l'ancien passage, il fallait bien prendre par le pré. %.

L'altercation s'échauffe; dés paroles on en vient aux coups. Les religieux de Saint-Germain , spectateurs du tumulte, qu'ils regardent de leurs fenêtres, envoient chercher la garde. Un peloton de soldats arrive au pas de course. Les enfants battent en retraite quand ils voient tirer les épées et baisser les piques ; ils se retranchent sur le flanc de l'abbaye, alors murée comme une forteresse. Un ôanon braqué sur la muraille lâche sur eux une décharge de menu plomb. L'attroupement éperdu se disperse ; on les voit s'enfuir vers la Montagne, les uns sanglants, les autres en manches de chemise, sans leurs robes, qu'ils avaient déposées pour jouer, et que la police les avait empêchés de reprendre.

Il n'y avait pas de force humaine en ce temps -là

i . Récit tiré du plaidoyer de Riant, pour TUniversilé, dans Duboiilaj, Hist. Unh.^ t. VI, p. 414 et siiiv., et de l'opuscule du même Duboulay , intitulé : Fondation de TUniversité de Paris , faite par Charlemagne, de la propriété et seigneurie du Pré-aux- Clercs. Paris, 1675.

qui fût capable d'empêcher la vengeance après une pareille agression. Les clercs du palais s'agitent dans • la Cité, les enfants des métiers au delà des ponts; dans l'Université les professeurs sont les premiers à exciter la jeunesse contre les massacreurs de Tabbaye. Des placards sont posés dans la ville , des circulaires jetées par-dessus les murs des collèges pour indiquer l'heure et la marche d'une expédition qui aura lieu le lendemain ; et le lendemain une multitude en état de défier toutes les forces dont l'autorité dispose se répand autour de Saint-Germain, se jette sur les cultures *tles moines et4es dévaste. Les planches sont foulées aux pieds, les treilles tombent, et les beaux pommiers et poiriers, que Ton dépèce après qu'ils ont été arrachés de terre. Chacun veut emporter son trophée, qui une souche, qui une branche chargée de fruits, et l'on vient brûler tout cela en holocauste devant le portail de l'église Sainte-Geneviève.

Plus d'une semaine s'écoula avant qu'on pût rétablir l'ordre , troublé chaque jour par de nouveaux rassemblements. La police faisait des arrestations sans nombre, le parlement délibérait, le tribunal académique se tenait en permanence à Montaigu. Les principaux, mandés de tous les côtés à la fois, ne sachant auquel entendre, allaient, venaient, couraient du Palais chez le recteur, du Pré-aux-Clercs aux prisons. Gouvéa faisait son devoir, comme les autres*. Au milieu de ce trouble inexprimable, il oublia de payer son teraie, ou plutôt ne réussit pas à en réunir les fonds.

i . Archives tie l'Uiiiversité, reg. 21 , fol. 52.

Cependant Robert Dugast n'était pas homme à perdre la tête polir le bruit qui se faisait autour de lui: Dès qu'il vit s'ofTrir l'occasion qu'il épiait^ il se mit en • mouvement. Ses courses furent, non pas du côté de l'abbaye Saint-Germain , mais au Châtelet. Selon ses vœux, il obtint sentence pour rentrer, dans un trèsbref délai , en possession pleine et entière de Sainte- Barbe. Le collège lui était adjugé comme sien, sans nul dédommagement pour le principal qui l'avait si longtemps maintenu en prospérité et qui y avait dépensé une partie de ses bénéfices en améliorations matérielles.

Gouvéa demeura confondu lorsque ce jugement lui fut signifié. Nos lois étaient pour lui lettre close. 11 se refusa à croire qu'une simple signature , donnée à toute autre fin , pût entraîner des conséquences si exorbitantes. Il fallut, pour le tirer de son illusion, qu'on vînt exécuter chez lui une saisie mobilière.

Alors Calmus et lui adressèrent au parlement une requête, qu'aussitôt après ils firent suivre d'un appel. Requête et appel eussent été de nul effet sans le zèle déployé par le célèbre avocat Riant, qui se chargea de cette cause au liioment où il venait de gagner celle de l'Université, poursuivie à raison des désordres du Pré-aux-Clercs. Riant fit déjouer par la cour la tactique de Robert Dugast, qui était de faire traîner les choses en longueur jusqu'à l'expiration du terme prescrit par la sentence du Châtelet pour l'éviction de Sainte-Barbe ; après cela il n'y aurait plus eu de remède, car ce n'était pas sur l'éviction qu'il y avait lieu de revenir, mais seulement sur la manière dont l'éviction serait subie. Par arrêt du 4 septembre 1548,

Jacques de Gouvéa obtint la double satisfaction d'être indemnisé des sommes dépensées par lui pour l'amélioration de rétablissement , et de conserver jusqu'à Noèl le principalat, dont on voulait le dépouiller tout de suite \

C'est ainsi que fut chassé de notre collège Fun des chefs les plus méritants qu'il ait eus à sa tête. Le vieux docteur portugais, accablé de ces chagrins, qui vinrent s'ajouter à celui de la perte de son neveu André, se retira malade dans une maison du cloître Saint-Benoit *. Il resta là plusieurs années^ plus souvent au lit que debout. Les affaires de la Faculté de théologie étant devenues son unique occupation, il acheva de s'épuiser dans les luttes dont fut témoin le règne de Henri IL 11 était encore à Paris au mois de septembre 1555 '. L'espoir de trouver du soulagement ài ses infirmités, ou* le désir de revoir son pays avant de mourir, lui fit accepter dans les derniers temps de sa vie un canonicat à la cathédrale dé Lisbonne. C'est là qu'il rendit l'âme le 8 décembre 1 558.

Ce que son épitaphe fournit d'intéressant sur sa personne, nous l'avons déjà cité*, mais sans pouvoir donner aucune explication sur là carrière diploni^atique que lui prêle ce document. Nous sommes plus heureux maintenant. Grâce à un livre qui vient de

i. Archives de l'Empire, Registres du Parlement, X. 8348, fol. 310, et X. 4934, fol. 224 et 261 .

2. Archives de PUniversitc, reg. 21, fol. 15, ttmor conclusionis D, Burieni,

3. Procès-verbal d'une enquête sur la propriété de la chapelle Saint-Symphorien, aux Archives deTEmpire, S. G515.

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