‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 99 sur 117 · CHAPITRE XXVÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVÏI

Pécroissance de la prospérité de Sainte-Barbe. — Procès. — Insurrection des écoliers de l'Université en 4548. — Jacques de Gouyéa l'ancien expulsé par Robert Dugast.

L*élat de répartition d'une taxe à laquelle l'Université fijt soumise en 1 540 nous montre Sainte-Barbe occupant, par son importance matérielle, le cinqilième rang parmi les collèges de Paris. Elle avait alors devant elle Navarre, Montaigu, Bourgogne et Calvin Comme dans un temps elle avait partagé la seconde place avec Bourgogne et Montaigu , laissant Calvi derrière elle', et que cette fois, au contraire, c'est elle qui marche derrière Calvi, et à une si grande distance que sa cote est de cinq écus d*or, tandis que celle de Calvi est de dix, cela dénote une diminution notable du pensionnat. 11 faut peut-être en attribuer la cause à ce que lés Portugais vinrent en moins grand nombre, depuis que l'Université de leur pays eut été rétablie à Coïmbre : ou la fondation des cinquante bourses fiit abolie à partir de ce moment, ou elle fut considérablement réduite.

J. Archives de l'Université, reg. 19, fol. i 36.

2. C'est l'ordre respectif dans lequel Robert Goullet la place, comme pédagogie, Compendium ele miiltiplici parisiensis Univcrsitatis ma^nificeniia.

Aussi bien Tépoque à laquelle nous sommes arrives est celle où les études commencèrent à être troublées profondément par la sinistre préoccupation du dogme. Des écoliers figurèrent parmi les victimes que dévoraient journellement les bûchers de la Grève^, de sorte que les familles riches y regardèrent à deux fois avant d'exposer leurs enfants à cet épouvantable sort. On ne vit plus guère dans les collèges l'encombrement de portion istes qui presque partout avait force de suspendre des hamacs au-dessus des lits dans les dortoirs *. Il y eut moins de ces élèves qui aidaient les principaux à supporter les charges de leurs établissements ; mais il y eut tout autant^ sinon plus, de ceux qui, pour tout profit, apportaient le désordre là où leur fantaisie leur disait de se rendre '.

A la rentrée de 1 541 , une nuée d'Espagnols s'abattit sur Sainte-Barbe*. Ils venaient, à l'exemple de leur compatriote Ignace de Loyola, réparer sur le tard une instruction dont les commencements avaient été tout à fait manques. Ayant déjà fait une partie de leur philosophie à Salamanque, tous le montacutien Gaspard Lax , ils furent obligés la plupart de suivre les exercices de la troisième, en même temps qu'ils retournaient aux premiers éléments de la logique. Ils

1. Lettre de Knobeldorf à Georges Cassander, principal du collège de Bruges, dans le recueil d'Heinsius, intitulé : lUustrium et clarorum viroram epistolx selectiores^ centur. I, p. 37.

2. Jo, Matth, MagniiSy De prwsenti Parisiensis Academm r<?rum statu oratio, 1588.

3.' Lettre de Jacques Dryander à Georges Cassander, dans le recueil d'Heinsius, cent. I^ p. 60.

4. Le récit qui suit est tiré du registre 20 (fol. 65) des Archives de 1* Université.

se mirent d'abord à la pension de Jacques de Gouvéa, puis, au bout de quelques mois/ s'en allèrent demeurer en ville, les uns sous prétexte de pauvreté, les autres parce qu'ils prétendaient le collège insalubre, pour quelques maladies qu'il y eut au printemps. En réalité ils préférèrent la liberté de l'élève martinet à une contrainte que c'était déjà trop pour eux de subir pendant le temps des leçons. Sur une classe de soixante élèves, Gouvéa se trouva n'avoir plus que quatre pensionnaires et un camériste.

Le bon principal n'eut pas besoin de calculer longuement pour reconnaître qu'à ce compte il se ruinait. La classe fut fermée.

Lamentations de MM. les Espagnols, lorsque, venant à l'ordinaire pour prendre leur leçon, ils trouvèrent porte close. Ils se rendirent auprès du recteur avec leur régent, qui ne perdait pas moins qu'eux à recevoir son congé dans cette forme. Jacques de Gouvéa fut appelé pour donner des explicaiions. Il dit que l'état financier de son collège ne lui permettait pas d'appointer un professeur pour cinq élèves qui lui payaient pension , et il démontra que les statuts académiques l'autorisaient à agir comme il avait fait.

Cependant le professeur évincé était un certain Firmin de Dure, homme de talent, car Nicolas de Grouchy l'employa plus tard pour reviser ses traduc* tions d'Aristote^ ; ilélait surtout considéré à cause de la grande réputation qu'avait laissée dans l'Université son parent Robert de Dure, dit le Fortuné, autrefois

1 . Aristotelis Organum Joachimo Perionio^ Nicoiao Gruchio^ Fir^ mi no Dtirio intcrpretibus. 1563.

principal du Plessis \ Par égard pour lui , le recteur exigea que ceux des plaignants qui jouissaient de quelque aisance reprissent domicile au collège, et par ce moyeu le cours fut continué.

11 fut continué jusqu'à la fm de Tannée scolaire, mais il est douteux qu'il ait été recommencé Tannée suivante. La promotion qui donna lieu à Tincident qu'on vient de lire nous parait avoir été la dernière qui profita du dédoublement des classes de philosophie, conservé à Sainte- Barbe depuis le commencement du seizième .siècle. Si les preuves manquent pour l'affirmer d'une manière péremptoire, elles abondent pour établir que depuis lors l'enseignement philosophique cessa de briller dans notre collège. Il semble que c'est sur lui qu'aient porté toutes les mesures d'économie d'une direction qui se voyait dans Timpossibilité de maintenir les choses sur l'ancien pied. On réserva toutes les ressources pour les études Jittéraires, objet de la préférence du public en ce tempslà. On eut des professeurs chargés de l'interprétation d*Arîstote, parce qu'il en fallait pour préparer les élèves aux examens ; mais loin de chercher à perpétuer par eux la renommée traditionnelle de la maison, on les choisit parmi ceux qui n'avaient point encore fait leurs preuves; bien plus, on parut prendre à lâche de les traiter de telle sorte qu'ils ne conçussent ni de leur profession ni d'eux-mêmes une idée par trop avantageuse.

En cela TUniversité trouva que notre principal allait plus loin que la permission. Elle lui donna tort dans

i. Duboulay, Hist. Unw.yt.Yl, p. 140 et 070.

un différend qu'il eut , en 1 547, avec son régent de logique , pour avoir exigé que cehÛK^i fît ses leçons daps la salle aflectée jusqu'alors aux exercices de la quatrième. Le logicien s'y refusa. Il y avait de ces choses, disait-il, sur lesquelles ne s'étendait pas Vautorité d'un principal, et l'honneur des collèges était du nombre. Les grands souvenirs scolaires, les coutumes sous l'empire desquelles avait fleuri l'enseignement, formaient un dépôt sacré dont la garde appartenait à la Faculté des arts. La gloire du corps ne subsistait que par celle de chacun de ses membres. C'était à la Faculté de dire si elle entendait que la philosophie fût chassée d'un lieu sanctifié en quelque sorte par le passage de ses plus grands maîtres^

Le recteur d'abord, et après le recteur la Faculté des arts, prononça que, pour l'honneur de la corporation et de Sainte-Barbe, l'appropriation des salles aux diverses classes resterait telle qu'elle avait été par le passé \

Nicolas de Cormeilles , le régent qui remporta cet avantage, était un jeune homme incapable de s'en prévaloir au détriment des égards qu'il devait à son supérieur. Loin de là, il s'employa de son mieux à faire oublier sa résistance, et il y réussit. Le professeur de physique étant venu à mourir au milieu de son cours y Cormeilles, à la demande amicale de Jacques de Gouvéa , consentit à être son remplaçant jusqu'à la fin de l'année ^ Il cumula ainsi les deux régences de

i . Archives de TUniversité , reg. 21 . Séances du 25 janvier 1546 (v. st.) à la Sorbonne, et du 1" février suivant à Saint- Julien le Pauvre.

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