Launoy, Regii Navarrx gymnasii historia, p. 652 et
son nom manque dans la curieuse histoire de cette paroisse par l'abbé Vilain.
Major aspirait au grade de docteur en théologie. Un ami l'ayant introduit à Montaigu pour y préparer ses * examens, il se prit pour ce collège d'une afîection qui l'y retint toute sa vie. Il est le véritable chef de l'école philosophique de son temps. Lancé par Bouillàche dans la voie du nominalisme parisien, mais professant pour le scotisme un culte tout patriotique, il mit ses cinq sens de tiature à concilier ensemble Duns Scot et Martin Lemaistre. La subtilité qu'il déploya pour consommer cette alliance lui valut plus tard la réputation d'un sophiste s'il en fut* : elle provoqua au début l'admiration la plus vive. Le renommé Robert Cenalis, qui trouvait Montaigu représenté au vif dans la peinture qu'Ovide a faite du mont Parnasse, Morts sacer aonio^ etc., changeant sacer en acer malgré la faute de quantité, pour que mons acer répondit fidèlement au nom français de Montaigu, Robert Cenalis donc appliquait à la philosophie et à Jean Major ce qui est dit de la fontaine d'Hippocrène :
Fons nitet in medio vitreis argenteus undis, Gorgoneus céleri quem pede fecit equus.
« Le cheval gorgonien, » dit-il en propres termes^ M est Pégase, et Pégase, c'est cet incomparable maître es arts et en philosophie, mon professeur, que je ne saurais louer autant qu'il le mérite, maître Jean Major, qui vole de ses propres ailes plus haut que ne le
1. Dispure entre Eutrapel el tiéopoldus, dans les Contes et discours d'Ëutrapel.
porteraient celles des vents, jusque-là qu'il dépasse tous les esprits en sublimité ^ »
Longtemps à Sainte-Barbe, où ses leçons furent répétées par ses disciples, on ne parla de lui qu'avec respect. Voici des vers qu'écrivait encore à sa louange un certain Bonnet de Laval, élève de i 527 :
Fausto perpetuum Majori concinat euge,
Dentibus hic posiûs, qui monumenta leget.
Doctus Parisia defluxit conditor alvo, Qua magnus Major nobile semen habet.
Tantum geatili vocitaris nomine Major ; Maximus at mérita dote vocandus eris*.
Mais à ce moment la dernière heure avait sonné pour la gloire du philosophe écossais. Une autre génération était en train d'apprendre à se moquer de lui. A l'apparition d'un livre sur lequel il avait accompagné son nom d'une humble qualification qu'il ne désirait pas le moins du monde de voir prendre au sérieux, cette sanglante épigramme sortit de Sainte-Barbe:
Cum scateat nugis solo cognomine Major, Nec sit in immenso pagina saha libro.
Non mirum, titulis quod se veracibus ornât :
Nec semper mendax fingere Creta solel*.
Rabelais n'a pas manqué de lui lancer son lardon.
i . Roberti Cenalis oratio , en tête de la deuxième partie de la résoludnn postérieure, dans l'ouvrage intitulé Liber pAoris posteriorisque resolutionis ^ cum tractatu de futurix contingentibus, Paris, Jean Petit, 1510.