CHAPITRE XÏV
Principalat de Jacques de Gouvéa l'ancien. — Fondation du roi
de Portugal à Sainte- Barbe.
Les rois Jean II, Emmanuel et Jean III, sous qui le Portugal devint si florissant par le commerce de l'Inde, furent des hommes pieux autant qu'amis des lumières. Les conquêtes de leurs navigateurs firent naître en eux moins la satisfaction du gain que l'ambition de convertir à la foi les royaumes et les îles de l'Orient. Manquant de sujets pour une si grande entreprise, ils envoyèrent étudier à leurs frais dans les diverses Universités de l'Europe, et particulièrement à celle de Paris, un grand nombre d'enfants, par le moyen desr quels ils comptaient former des missionnaires, après
i.Nic. Antonius, Bibliotheca hispana, t. I, p. 593; Xinueno, Escritores del reyno de Valencia^ t. I, p. 107.
qu'ils se seraient instruits eux-mêmes. Ces enfants appartenaient presque tous à la petite noblesse, fort appauiprie depuis que toute Tactivitë du pays s'était tournée au négoce. Une famille de Gouvéa, qui avait des branches à Evora, à Béja et à Coïmbre, fournit à elle seule une douzaine de professeurs qui prirent tous leurs grades à Paris.
Le premier que Ton rencontre de ce nom est Diogo ou Jacques, qui fut surnommé l'Ancien dans notre Université pour le distinguer de plusieurs de ses proches qui eurent le même pi'énom. On l'envoya en France du temps de Charles VIII. Son épitaphe, qu'on voyait autrefois dans la cathédrale de Lisbonne \ disait qu'il fut recteur à Paris, quoique son nom ne se trouve pas dans la liste des recteurs dressée par Duboulay ; mais comme il y a dans cette liste une la*cune de 1 500 à 1 507, il est tout naturel de penser qu'il exerça dans cet intervalle de temps la magistrature dont ses compatriotes lui firent un titre d'honneur après sa mort. Il se fit ensuite recevoir docteur en théologie. Comme tel, Robert Eslienne Ta fort maltraité, parce qu'il fut des diverses commissions qui censurèrent ses éditions de la Bible :
(( Je leur présente en leur conclave aux Mathurins, » ce sont les paroles de Robert Estienne, « le Nouveau Testament par moi imprimé; et lors présidoient de Gouvéa et Le Roux, qui meportoient grande inimitié, gens fort ignorants, si non qu'ils sont assez cauteleux ouvriers à mettre embusches aux innocents. Ils voyent que c'est grec qui est imprimé. Ils demandent qu'on