CHAPITRÉ II
Description du territoire de Sainte-Barbe et de ses enyirons.
Une censive était au moyen âge le fonds de terre roturier sur lequel un seigneur exerçait la justice , la police et les autres droits de Tautorité. Le Seigneur jouissant de ces diverses prérogatives à titre de propriétaire du fonds, ceux qui possédaient sur la censive étaient considérés comme d^ simples usufruitiers, ou, si l'on veut, comme des locataires perpétuels, auquel titre ils devaient au seigneur une rétribution annuelle appelée le cens. Le territoire où fut fondée Sainte- Barbe avait été de toute ancienneté dans la censive de l'abbaye de Sainte-Geneviève : sa condition resta la même tant que dura le régime féodal , sauf les changements qui furent amenés par le. progrès des institutions.
Il faut se rappeler l'état des lieux avant 1840 pour se faire une juste idée de l'aspect qu'ils présentaient quatre siècles auparavant*. L'îlot de maisons a l'extrémité duquel Geoffroi Lenormant établit son col-
4 . Le plan que nous donnons en tête du volume facilitera au lecteur l'intelligence de notre description. Nous le devons à Tobligeance de M. A. Berty, qui a bien voulu le détacher en notre faveur d'une restitution complète du vieux *Paris, à laquelle il
lége formait un carré long, parfaitement orienté, limité par quatre rues. Deux de ces rues subsistent encore, celles de Reims et des Sept-Voies. Quoique les deux autres aient été supprimées, leur direction reste encore indiquée par les ruelles qui séparent aujourd'hui les bâtiments de Sainte-Barbe de ceux du lycée Louis-lé-Grand et de la bibliothèque Sainte-Geneviève. L'une était la rue des Cholets , l'autre la rue Jean-Hubert; mais avant de porter ces noms, elles en eurent plusieurs autres. La rue des Cholets s'appelait en 1 A50 la rue devant Saint-Symphorien ; vers 1490 elle devint la rue Jean-Lemaistre (on a dit quelquefois rue Maître-Jean); le nom des Cholets lui fut donné seulement au siècle dernier. La rue Jean-Hubert, après avoir été successivement la rue Saint-Symphorien, la rue des Almandries, la rue Sainfe-Barbe*, la* rue des Chiens, dut son dernier baptême à l'erreur que les historiens avaient accréditée au sujet du fondateur de Sainte- Barbe. M. Victor de Lanneau demanda et obtint pour elle en 1 808 l'honneur de perpétuer le nom de celui qu'il considérait comme le premier de ses prédécesseurs.
L'hôtel de Chalon avait son entrée sur la rue des Chiens, son flanc sur la rue des Cholets et une aile en retour sur la rue de Reims. Nous ne savons rien de l'apparence qu'il offrait, sinon que sa façade était munie au moins d'une tourelle', et que dans le tym-
travaille depuis de longues années, et dont il a puisé les éléments dans les milliers de contrats conservés aux Archives de l'empire.
i . Titres pour Montaigu du 4 décembre 1 500 et du 7 mars 4512, aux Archives de l'empire, S. 6515 et 6516.
2, Voir ci-après, chap. xvi.
DE SAINTE-ËARBE. 43
pan de la grande porte on voyait sculptées les armoiries des princes d'Orange de la dynastie de Chalon. De là la dénomination d'hôtel des Cinq Ëcus, qui lui fut donnée quelquefois \ parce que ces armoiries étaient formées par l'assemblage de cinq écussons. 11 devait être établi avec une certaine magnificence, car sa constrtiction remontait au règne de Charles V, qui est l'époque où l'on commença à avoir à Paris Iç goût des beaux bâtiments. Entre les divers corps de logis il y avait une cour, entamée du côté de la rue de Reims par de petits jardins attenant à trois masures qui ne tardèrent pas d'être incorporées à Sainte-Barbe. Après ces masures venait, sur la même rue de Reims, la façade d'une maison décorée du nom d'hôtel, et ayant pour enseigne les Trois Coulons^ c'est-à-dire les Trois Pigeons. Le numérotage des maisons étant alors inconnu, pour les reconnaître on les désignait généralement par des enseignes.
L'hôtel des Coulons était la propriété qui fut acquise en 1430 par le docteur Jean Hubert*. Par ses dépendances, il traversait de part en part le pâté de maisons de la rue de Reims à la rue des Chiens. Sainte- Barbe en eut l'usage dès 1475, mais elle ne le posséda en propre que depuis 1 556. C'est alors qu'elle reçut le contrat de Jean Hubert dans ses archives, déjà dépouillées des papiers de la primitive administration. H s'y conserva, et comme il était le seul acte du siècle où l'on savait que le collège avait commencé d'exister,
1. Archives de l'empire, S. 6528, acte de 1407 pour Montaigu contre Sainte-Geneviève.