‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 5 sur 117 · Launoy, ibid., p · texte numérisé non relu

Launoy, ibid., p

doute, que Geoffroi acquit Thôtel de Chalon pour y transporter ses élèves à la prochaine rentrée des. classes ; et ainsi Sainte-Barbe fut fondée le 1*' octobre 1460, dans la dernière année du règne de Charles VII, Martin Lemaistre étant recteur de T Université.

Geoffroi Lenormant fonda Sainte-Barbe, non pas comme pédagogie, mais comme collège, en y instituant des classes, en y mettant des professeurs qui devaient, sous sa direction, appliquer les méthodes, répéter les leçons qui avaient fait le succès des deux frères. De dotation, il s'en passa. Il s'en rapporta à la raison, qui lui disait que l'avenir d'un collège a sa garantie, moins dans les richesses qu'il possède, que dans la bonne discipline et Texcellence de l'enseignement. Ce régime fut le premier trait par lequel se distingua une maison dont le destin était de garder toujours un caractère à part entre les autres établissements d^ l'Université. Le nom qu'elle reçut fut encore une singularité.

Il n'était pas d'usaige à Paris que les collèges fussent placés sous l'invocation des saints. Tous portaient le nom de leur fondateur ou celui du pays dont ils recevaient les boursiers. L'asile que Geoffroi Lenormant ouvrit aux études devant abriter la jeunesse de tous les pays , il n'eut pas à lui donner le nom de tel ou tel lieu ; il fqt assez modeste pour ne pas vouloir qu'il portât son propre nom. Il chercha dans le martyrologe un patronage plus relevé, et son choix tomba sur la vierge savante qui passa, dit-on, de la plus tendre jeunesse daiis l'éternité, après être parvenue par la seule force du raisonnement à la connaissance du vrai Dieu, après avoir reçu de la bouche même d'Origène le complément de la foi, après avoir vaincu dans la dis-

cussion les plus habiles défenseurs du paganisme grec. •Tels sont les traits que la légende nous fournit sur la bienheureuse Barbe, martyrisée à Nicomédie du temps de l'empereur Maximien. Une sainte environnée de cette gloire était pour les lettrés du moyen âge ce qu'aurait été Minerve dans l'esprit de l'antiquité. Minerve à laquelle on ne songeait guère en l'an de grâce I/1.6O, et dont cependant le^ souvenir était à la veille d'être restauré ; tellement que la Sainte-Barbe de Geoffroi Lenormant aurait peut-être été TAthénée de Paris, si ce docteur eût formé son établissement cinquante ans plus tard, à l'époque où, par l'elTet des réminiscences classiques, les collèges commencèrent à s'appeler des gymnases, et les universités, des académies. ,

Mais Barbe, c'est-à-dire Barbara daûs' sa forme latine et universitaire, n'était pas seulement le nom d'une sainte : ce fut aussi le terme qui , dans le langage des écoles, signifiait l'argument élémentaire, le syllogisme articulé par majeure , mineure et conséquence sur des généralités positives. L'exposition de la logique commençait par la définition de Barbara ^ et la plupart des grandes vérités morales se résolvaient en barbara. N'y aurait-il pas là, à cause de la^double entente, un motif pour notre fondateur d'avoir préféré le vocable de Sainte-Barbe ? Ces sortes de considérations, que nous'taxerionsde puérilités, étaient fort dans le goût de l'époque. Si GeofTroi Lenormant n'y -songea point, il y a à parier que l'allégorie fut relevée par d'autres, et que plus d'un tireur d'horoscope prédit les hautes destinées de l'enseignement des arts qu'on inaugurait sous l'invocation de Barbara.

Page 1