‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 78 sur 117 · CHAPITRE XXIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIl

Ffincipalat d'André de Gouy«a« •— Barthéleni LaU>iaus.

Lorsque eut lieu la désagréable affaire dont on vient de lire le récit, Jacques de Gouvéa n'avait qu'un odii ouvert sur son collège. Absorbé par les travaux de la faculté de théologie, il avait confié depuis quelque temps la direction de Sainte-Barbe à son neveu Andfé. C'est donc sur ce jeune homme que retomba tout l'ennui de la fuite de Nicolas Kopp. Il était trop considéré dans l'Université pour qu'on l'en rendit respcmsable; toutefois il fallut s'adresser à lui pour faire les constatations officielles, et sans doute il aurait voulu être aussi loin que le fugitif, lorsque vint le moment de cette formalité.

Le 16 décembre 1533, en vertu d'une délibération de la faculté des arts, un commissaire de cette faculté, assisté du greffier de l'iipiversité et de trois bedeaux, se présenta à Sainte-Barbe pour verbaliser. Il demanda au chef de la maison des nouvelles du recteur : la réponse fut que le recteur s'était absenté il y avait plus de quinze jours, et que depuis lors il n'avait pas reparu. Il s'enquit ensuite de ce qu'étaient devenus les

objets appartenant à TUniversité, que le rçcteur gardait cbe^ lui en dépôt. André de Gouvéa déclara que . Kopp avait emporté le sceau, mais qu'on avait trouvé dans sa chambre le registre d'inscriptions des maîtres es arts et un trousseau de clefs. Il ajouta que quelqu'un rélait venu trouver Tavant-veille, et avait déposé entre ses mains, de la part du même Kopp, trois cents livres et trente deniers, représentant l'état de la caisse académique au moment de sa disparition. Argent, clefs et registre furent remis au commissaire, qui en donna quittance , et d'après le rapport consigné sur le registre de l'Université*, tout se borna à ce peu de paroles, tant on s'étudia à exclure d'une rédaction officielle les développements qui auraient pu caaser du déplaisir à l'honnête Gouvéa.

Cet incident n'atteignit pas plus la réputation de Sainte-Barbe que celle de son directeur. Comme l'hérésie était déjà dans les familles^ il y avait bien peu de collèges où elle n'eût secrètement pénétré, et la faculté des arts ne s'en alarmait pas outre mesure, malgré les cris incessants que cela faisait jeter aux théologiens. La Sorbonne aurait voulu qu^on épuisât les moyens de rigueur; le corps enseignant éludait le plus qu'il pouvait les propositions de ce genre. Le plus pressé, selon lui, était de favoriser le progrès des bonnes études, dans lequel il voyait le salut de l'avenir. Or, par ce côté, notre collège attirait à lui tous les suffrages.

Il est certain que Sainte-Barbe primait alors sans

1. Archives de l'Université, registre 13, à la date du 16 décembre 1 533.

conteste tout le groupe d'établissements au milieu duquel elle était placée. La médiocrité dans laquelle végétaient les Cholels, Reims et Fortet nous dispense de les compter. Le Mans ne faisait que de naître; Coqueret, livré aux dissensions intestines, avait perdu par décret de l'Université le chef auquel il avait dû ses succès * ; un désastre encore plus grand venait d'affliger Lisieux. Un cerveau brûlé de principal, qui voulait faire de celte maison l'école modèle des langues, en concurrence avec le collège royal ; qui avait déjà établi plusieurs chaires de grec et d'hébreu; qui se proposait d'en établir d'autres pour l'enseignement du clialdéen et de l'arabe*, uniquement occupé de cette visée, avait laissé aller l'adnâinistration à la dérive, s'était permis de vendre plusieurs des propriétés de son collège pour le remettre à flot, et finalement avait dû prendre la fuite'.

Montaigu, modèle de bon gouvernement et regorgeant toujours d'élèves, avait baissé néanmoins dans l'opinion, à cause de son attachement aux vieilleries. C'est par là qu'il s'était laissé distancer de nouveau par sa rivale^ Pour la jeunesse, qui détestait les capettes, ce fut une joie de le publier , surtout lorsque le gouvernement de Sainte-Barbe fut remis aux mains d'André de Gouvéa , plus rapproché d'elle par son

i . Ci-après, ch. xxix.

2. Épilogue des Medltationes grœcanicae in artem grammaticam mitore Nie, Clenardo, Paris, 4531.

3. Voulté, Epigrammata, 1. I, p. 71 et 87, a in Tartesiiim; » Épître préliminaire d'Hubert Sussanaîus à Georges de Combes, en tète de l'ouvrage intitulé : Alexnndri qnontitates cmendatx a Sussanx:)^ qui h us tam pauca sunt de tracta ut autoris vécus facics agnosci possit, Paris, 1539.

âge, imbu de toutes les idées généreuses de son sièclet et dans lequel on ne savait quoi préférer, du caractère ou du talent. Plus, d'une fois, sans doute, la poésie des classes fut employée à peindre le contraste des deux empires que séparait la largeur d'une rue : ici, tournée au midi et inondée de lumière, une Athènes qui florissait sous les lois d'un nobl^g fils de famille, pourvu de tous les genres d'humanité; là, battue incessamment par l'aquilon, une Sparte malsaine et rétrogade, dont les deux souverains n'excitaient au dehors que la répulsion ou le rire : Noél Baide , le docteur bossu et morose , toujours prêt à se fâcher et à crier anathème ; Pierre Tempête, « le grand fouetteur d'écoliers *, » qui prenait à tâche de justifier son nom par le retentissement de sa férule. ^

La sympathie du plus grand nombre des professeurs pour Sainte-Barbe se montre par l'honneur si rare qui lui échut en 1 533, de fournir deux recteurs consécutifs à l'Université. Lorsque Nicolas Kopp fut élu, il reçut les insignes des mains d'André de Gouvéa, qui venait de les porter avant lui '.

Le vent de la faveur continua de souffler en 1534. Quatre mois après l'escapade de Nicolas Kopp, ce fut encore un régent de notre collège que les intranls proclamèrent dans l'église de Saint-Julien-le-Pauvre.

Ce dernier était Antoine de Mery, étudiant en médecine, déjà parvenu au grade de licencié. Il s'est fait connaître par un abrégé de la Thérapeutique de Galien, qu'il livra aux presses de Simon de Colines

i. Rabelais,!. IV, ch. xxi.

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