‹ Histoire de Sainte-BarbeChapitre 87 sur 117 · Diogo Barbosa, Bibliotheca lusitana^ t. I, p · texte numérisé non relu

Diogo Barbosa, Bibliotheca lusitana^ t. I, p

DE SAINTÊ-BARBE. Î43

nés y et les chaires de plusieurs classes furent occupées par des hommes de premier mérite. L'enseignement d'Antoine Pin est de ce temps-là. Les noms de Laberius et de Turnèbe forment avec celui de ce Portugais une trinité qui suffirait à la gloire de Tadministration sous laquelle ils régentèrent.

Henri Laberius , Lorrain , originaire de Noncourt, fut un disciple affectionné de Ravisius Textor : ce qui semble indiquer qu'il fit ses études à Navarre *. Les doctes du temps le réputèrent l'un de leurs meilleurs humanistes. Talent plein de douceur et de grâce, il fut de ceux dont la renommée s'étendit jusque dans le monde qui ne parlait pas latin : Lutetisa ornamen-tum et dulce decus^ a dit de lui Léger Duchesne. A ce titre il fixa l'attention du duc de Longueville , qui le relira de l'Université pour l'attacher à sa maison '. Ce changement de condition eut lieu lorsqu'il était à Sainte-Barbe, vers 1540. Il ne nous reste de lui que quelques pièces d'excellents vers, disséminées dans les recueils contemporains, une, entre autres, qu'il ajouta aux inscriptions de Youlté, dans l'édition donnée par Simon de Colines \ C'est un éloge de Voulté luimême , d'où il résulte que ce jeune homme , cher à

i . Henrici Laberii Noncuriani quxrimonia de morte sui Ravisii TextoriSy ad LudovicumMiletum^ i>irum scientia et probitate spec-^ tabilem, hjrpodidascalum "Nmarrensem ^ entête de \Opus epithetO" rum de Ravisius Textor.

2. Leodegarii a Quercu oratiuncula habita ParisiiSy in Athermo barbarano^ 1557.

3. Joann, Vulteii Ekemi inStriptionum libri duo^ 1538. Il y a à la fin Ae^Xenia^ qui terminent lemême recueil, une autre pièce de Laberius, sur la mort de Voulté, ad Joannem Venellum^ Metensem archidiacohum .

tous les grands écrivains de la Renaissance , avait fait ses études à Sainte-Barbe :

Nostrœ Vulteius decus palsesirse^ Qui in lanugine et utlli juventa Jam sibi cumulavit hoc honoris Ëmblema , ut studio senes adaequet , Scribendi in ratione punis , uber ; Nulla anipulla, labor laboris insons ; Pro nutu varius , facetus , asper, Doctis mçntibus auribusque adhaerens Ut saxîs hedera arborique bacca, etc.

Laberius adresse ces hendécasyllabes à l'un de ses élèves, Honoré Veracius, pour lequel il forme le vœu de le voir se placer au premier rang après Voullé :

Tantum hoc te volo, si sequaris ausus,

Ante te ambulet hic poeta rarus^

Sed post te immodicum ordinem relinquas.

En s'exprimant ainsi sur le compte du célèbre poète , Laberius ne faisait que lui rendre en admiration le tribut qu'il recevait de lui en affection et en respect ; témoin une autre pièce de Voulté lui-même; dont voici la traduction :

« Il a paru un pamphlet acerbe dont tu soupçonnes qu'un passage est dirigé contre toi , Laberius , et tu m'en fais l'auteur. C*est à tort. Serais-je donc si dénué de sens et si pressé du besoin de nuire que de vouloir troubler par mes agressions, poursuivre de risées et déchirer à belles dents celui qui ne m'a donné aucun sujet de plainte , qui ne fait* de mal à personne , qui est la bonté même à l'égard de tous? Si tu le crois, Laberius, tu te trompes. C'est à peine si je remarque

les attaques des méchautSy et pour que je me venge, il faut qu'on m'ait longtemps provoqué : tant s'en faut que je songe à commencer la guerre contre toi. Que tu le veuilles ou non, je suis ton ami ^ »

L'un et l'autre ils furent enlevés aux lettres par une mort prématurée.

Le nom d'Adrien Turnèbe est impérissable. Ses contemporains admirèrent tout en lui, le savoir, l'éloquence, le style, le caractère, et jusqu'à la distinction des manières ; car tandis que la vie de collège marquait alors les hommes d'une empreinte ineffaçable, lui n'eut jamais du pédant que la robe et le bonnet. C'est le mot que Ronsard se plaisait à dire de Bûchanfin, d'Antoine de Gouvéa et de Turnèbe *.

Son patriotisme est quelque chose d'étonnant pour l'époque où il vécut. Aux offres magnifiques qu'il reçut de presque tous les gouvernements étrangers, il préféra le séjour de la France, où cependant il ne sortit jamais d'une médiocrité voisine de la gène , et où son âme tendre eut si fort à souffrir des déchirements dont il fut témoin,, que cela contribua à abréger ses jours.

Pour le talent, il eut plus que personne celui de rétablir dans son éclat la pensée mutilée des auteurs. Ce qu'il a fait en ce genre n'a pas encore lassé l'admiration des critiques.

Il entra à Sainte-Barbe en 1 538, afin de remplacer Antoine Pin, lorsque celui-ci déserta les lettres pour

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