Ibid.^ p
la logique enseignée d'après VOrganon d'Aristote *, et cette exagération y dont l'audace souleva l'Université tout entière^ devint iin épouvantail entre les mains de la coterie rétrograde, qui représenta le mépris scandaleux de Ramus à l'endroit d'Âristote prêt à devenir ro^inion générale, si Ton persistait à vouloir écourter l'enseignement de la philosophie. Par là le décret déjà promulgué resta sans force, et la réforme > de Martimbos fut reléguée pour un demi-siècle encore au nombre des utopies dangereuses.
Mais ce qui fit rentrer dans l'ombre le régent des dialecticiens de Sainte-Barbe amena sur la scène celui des rhétoriciens, qui était alors Antoine de Gouvéa«
Suivant l'expression d'un auteur du temps, le soleil aurait été 6té du firmament qu'il n'y aurait point eu de clameurs plus formidables que celles qui accueillirent les livres de Ramus *. Tous les partis se rapprochèrent pour frapper d'anathème ces dangereux écrits. Les fanatiques ne parlaient de rien moins que de rouer, de pendre, de brûler l'infâme : il y eut même des requêtes présentées en ce sens au parlement et au roi. Heureusement de puissants personnages pensèrent, avec plus de sagesse, que le raisonnement était la seule arme qu'il convint d'employer contre le paradoxe, et que pour l'honneur de la philosophie, il valait mieux confondre Ramus que l'envoyer dans l'autre monde. Cette opinion fut celle de Tévêque Duchastel, qui se trouvait auprès de François ï" dans la position d'un
1 . Institutiones dialecticœ , et Jnimadversiones in dialccticam jé ris Cote lis,
2. Judomari Talœi epistola adCarolum^ cardinalem Lotharingiœ^ en tête des Academica,
DE SAINTE-BARBK. 273
ministre de Tinstruclion publique. Il conseilla au roi d'ordonner un champ clos où le calomniateur d*Âristote serait mis aux prises avec Fun des vaillants suppôts de l'Université*. Antoine de Gouvéa s'était déjà oflert pour ce combat, dont, selon toute apparence, ridée était venue de lui. Les choses devaient se passer suivant le cérémonial usité pour ces duels à outrance, .qui étaient encore autorisés quelquefois lorsque des gentilshommes avaient à démêler entre eux de graves questions d'honneur.
François l" vit là dedans quelque chose qui souriait à son humeur chevaleresque. Par lettres royales la bataille fut décernée entre Ramus et Gouvéa, assistés chacun de deux tenants de leur choix. Le commissaire désigné comme juge du combat fut un docteur nommé Jean de Salignac*. Gouvéa prit pour Tassister Pierre Danès et François de Vimercato; Ramus, un médecin nommé Jean de Bomont et notre Jean Quintin, son intime ami, qu'il avait éloigné de mille lieues du célaîsme, puisqu'il Tavait subjugué à ses opinions philosophiques. En retour Quintin exerçait sur le caractère de Ramus la plus salutaire influence. Ce mentor le corrigea, par ses conseils, de beaucoup de défauts; quelqu'un a remarqué cependant qu^il ne parvint pas à réprimer une disposition à rire qui était si forte chez Ramus , que même en chaire il s'y laissait aller pour là Cause la plus futile'.
Tous les auteurs qui ont raconté le duel sur Âris-
i. P.GaAhtïd.Fita Pétri Castel/ani,